"Avec ses récentes menaces, Donald Trump a rendu service à la Belgique"
Les déclaration de l'ancien président américain, qui a menacé de ne plus défendre les pays de l'Otan en retard de paiement, ont suscité un tollé. Pour David Criekemans, les propos de Donald Trump ont toutefois permis de rouvrir un important débat.

- Publié le 12-02-2024 à 16h16
- Mis à jour le 12-02-2024 à 17h26

"Non, je ne vous protégerais pas. En fait j'encouragerais les Russes à vous faire ce qu'ils veulent. Vous devez payer vos dettes." Le discours tenu par Donald Trump à l'égard de ses alliés de l'Otan a eu l'effet escompté: il a fait couler beaucoup d'encre. En effet, il n'aura pas fallu attendre très longtemps avant que les réactions se multiplient et que les propos du milliardaire américain fassent le tour de la Toile et des médias. Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, le ton est clair: le candidat à la primaire républicaine a été trop loin. Mais la prise de parole de Donald Trump n'a pas uniquement soulevé une vague de critiques, elle a également suscité un vent de panique.
À raison, selon le professeur David Criekemans (KULeuven/UAntwerp). "Si Trump est réélu après ces déclarations, il y aura une énorme incertitude concernant l'effet de dissuasion de l'Otan", souligne l'expert en politique internationale, à nos confrères du Morgen. "Les États-Unis soutiendront-ils encore leurs alliés, comme les États baltes, en cas d'attaque ? Trump dit en fait qu'il ne sait pas encore ce qu'il fera. En ce sens, les dégâts sont déjà faits et ils sont irréparables."
Le silence assourdissant de la Belgique
Pour M. Criekemans, il est plus que temps de prendre au sérieux la menace russe, d'autant plus si les Américains venaient à nous tourner le dos. "Dans les pays nordiques et les Etats baltes, des scénarios sont envisagés pour se préparer, sans tomber dans l'alarmisme", raconte-t-il dans De Morgen, s'étonnant que ce ne soit pas le cas dans le reste de l'Europe.
Il regrette d'ailleurs que la Belgique soit si peu bavarde sur le sujet, estimant que le silence des politiques de notre pays était "assourdissant". Il l'explique par un manque de connaissance au sein des partis politiques belges en termes de défense et de planification à long terme. Il invite donc nos responsables à s'activer, à prendre leurs responsabilités et à investir dans la protection de nos infrastructures critiques en mer du Nord notamment. "Si nous ne le faisons pas, il y aura à terme des chocs géopolitiques externes qui obligeront la Belgique à s'adapter. Nous pouvons encore accompagner ce processus d'une manière ou d'une autre maintenant. Mais si ces investissements ne se concrétisent pas, des surprises désagréables pourraient nous attendre. (...) En fait, Trump a rendu service à la Belgique en relançant ce débat."
