"Une occasion manquée", "une erreur catastrophique": du côté républicain, quelques rares critiques contre le président Trump après la controverse
Les voix discordantes sont rares, sur les bancs républicains de la Chambre et du Sénat, après l'altercation entre les présidents américain et ukrainien dans le Bureau ovale vendredi.

- Publié le 03-03-2025 à 06h56
- Mis à jour le 03-03-2025 à 09h58

Quelques heures avant sa fatidique rencontre dans le Bureau ovale, Volodymyr Zelensky avait été reçu, dans un hôtel de Washington, par une douzaine de sénateurs. Une réunion destinée à réaffirmer le soutien des élus américains à la cause ukrainienne, a expliqué l'un des participants, le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham. Ce dernier assure avoir mis le visiteur en garde. "Ne mordez pas à l'hameçon !", a-t-il prévenu, en invitant le président ukrainien à ne pas se laisser entraîner dans une querelle à propos des modalités d'un éventuel plan de paix et notamment des garanties de sécurité que Kiev veut obtenir des États-Unis.
De ce "show of support", il ne reste que des miettes dans le camp républicain au Congrès qui, à de rares exceptions près, fait bloc derrière la Maison-Blanche. "Ce que j'ai vu dans le Bureau ovale était irrespectueux", devait déclarer le même Lindsey Graham, avant de s'envoler vendredi avec Donald Trump pour la Floride à bord d'Air Force One, "et je ne sais pas si nous pourrons encore traiter un jour avec Zelensky. Soit il doit démissionner et nous envoyer quelqu'un avec qui nous pourrons traiter, soit il doit changer."
Un concert de louanges
Sur les réseaux sociaux ou dans les médias, les élus républicains, à la Chambre des représentants comme au Sénat, ont adressé un concert de louanges à Donald Trump pour avoir dit à Volodymyr Zelensky ses quatre vérités, et opposé à son "insolence" une fermeté dont l'Amérique devrait être fière. "Le soutien des États-Unis ne peut plus être tenu pour acquis. Le contraste avec ces quatre dernières années ne saurait être plus clair. Merci, Monsieur le Président", a ainsi déclaré le sénateur Bill Hagerty, qui fut l'ambassadeur de Trump au Japon durant son premier mandat.
Nul n'a mieux révélé le changement de ton, à Washington, que le speaker de la Chambre, Mike Johnson. Il était l'un des plus fervents défenseurs de l'Ukraine au Congrès et s'était battu pour obtenir la poursuite de l'aide américaine, s'exposant à une motion de censure introduite par la députée radicale de Géorgie Marjorie Taylor Greene (c'est son compagnon, Brian Glenn, journaliste sur la chaîne d'extrême droite "Real America's Voice", qui a admonesté Zelensky à propos de sa tenue vestimentaire…). Vendredi, Johnson n'a pu que rentrer dans le rang. "Merci au président Trump – les jours où l'on pouvait profiter de l'Amérique et lui manquer de respect sont révolus", a-t-il tweeté.
Occasion manquée ou journée noire
Alors que députés et sénateurs républicains proclamaient d'une même voix que seul Donald Trump pouvait mettre fin à une guerre qui a assez duré, seuls quelques francs-tireurs osaient exprimer des opinions discordantes ou formuler des nuances. Le député new-yorkais Mike Lawler a regretté "une occasion manquée" pour les deux pays de parvenir à "un accord qui aurait, sans aucun doute, débouché sur une coopération plus forte dans les domaines de l'économie et de la sécurité"
Plus tranchant, son collègue du Nebraska Don Bacon, un Républicain modéré, épingle "une journée noire pour la politique étrangère de l'Amérique", notant que "l'Ukraine veut appartenir à l'Ouest" et que "nous devons être clairs sur le fait que nous défendons la liberté".
Si d'autres élus ont fait part de leur désarroi, à l'image du député de Pennsylvanie Brian Fitzpatrick, "navré" par "la tournure des événements", ce sont des personnalités n'ayant plus à craindre les représailles de Donald Trump aux prochaines élections qui ont condamné sans réserve le lynchage du président ukrainien dans le Bureau ovale. "Des générations de patriotes américains ont combattu pour les principes que Zelensky défend au péril de sa vie", a ainsi rappelé Liz Cheney, fille de l'ancien vice-président de George W. Bush. "L'Histoire retiendra ce jour où un président américain et un vice-président ont abandonné ce à quoi nous tenons."
L'ex-conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, a pareillement dénoncé "une erreur catastrophique" en voyant la Maison-Blanche s'aligner sur la Russie dans le conflit ukrainien. "Mais soyons clairs", a-t-il averti : "C'est la politique personnelle de Trump et Vance. Ce n'est pas la vision d'une majorité d'Américains, quelle que soit leur affiliation politique." Volodymyr Zelensky devra, pour l'heure, se satisfaire de cette consolation.
