"En privé, son jugement suscite beaucoup d'inquiétudes" : le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth sur la sellette après le "Signalgate" ?
Au cœur du "Signalgate", ce scandale découlant de "l'une des failles de sécurité les plus retentissantes de l'histoire militaire récente", le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth serait-il sur un siège éjectable ? Rien n'est moins sûr, même si l'accumulation de ses erreurs en à peine trois mois de mandat suscite l'inquiétude dans les rangs républicains.
- Publié le 28-03-2025 à 17h09

Le 15 mars dernier, le rédacteur en chef du magazine The Atlantic Jeffrey Goldberg était ajouté par mégarde à un canal Signal détaillant le plan d'attaque confidentiel de l'armée américaine sur des cibles houthies au Yémen. Si c'est bien le chef du Pentagone Pete Hegseth qui a envoyé les informations classifiées depuis son téléphone portable, c'est le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Mike Waltz, qui est tenu responsable d'avoir ajouté le journaliste au fil de conversation.
Défendre Hegseth à tout prix
Un scénario qui semble arranger Donald Trump, fervent protecteur de son secrétaire à la Défense Hegseth, … du moins en apparence. "Vous n'entendrez pas de tollé général. Mais, en privé, son jugement suscite beaucoup d'inquiétudes, plus que celui de Waltz", souffle-t-on ainsi du côté d'un haut responsable du Capitole, cité par Politico. Le magazine américain se base également sur les déclarations de "quatre responsables" haut placés et de "deux personnes en contact avec l'administration" Trump pour affirmer que les erreurs à répétition commises par Pete Hegseth sont de plus en plus sources d'inquiétude au sein des cercles proches de la Maison Blanche. "Le problème, c'est qu'il s'agit d'un nouvel exemple d'inexpérience. Que se passera-t-il lorsque Hegseth devra gérer une véritable crise ?", s'est d'ailleurs inquiété l'un d'eux, sous couvert d'anonymat.
En surface, la maison Blanche semble pourtant prête à tout pour protéger Hegseth, quitte à minimiser les révélations de Jeffrey Goldberg, le rédacteur en chef de The Atlantic. "Ces messages supplémentaires sur Signal confirment qu'aucun document classifié ni plan de guerre n'a été partagé. Le secrétaire d'État a simplement informé le groupe d'un plan en cours d'élaboration et déjà communiqué par les canaux officiels", a insisté le porte-parole du Pentagone Sean Parnell, en référence à la publication de certains extraits de cet échange d'informations confidentielles par le magazine.
Une erreur… de plus
Mais si l'administration tente à tout prix de minimiser les répercussions de cet incident, il s'ajoute cependant à la liste des erreurs déjà commises par Hegseth en à peine trois mois de mandat en tant que 29e secrétaire américain à la Défense. En février, il avait fait un pas en arrière étonnant en revenant sur les conditions strictes qu'il avait imposées à l'Ukraine dans le cadre de négociations d'une trêve avec la Russie. Alors que le chef du Pentagone exigeait la non-adhésion de Kiev à l'OTAN, il indiquait que les États-Unis n'enverraient pas de troupes de maintien de la paix sur place, et maintenait qu'il serait impensable pour l'Ukraine de retrouver sa ligne de frontières d'avant 2014, il a finalement opéré une volte-face 24 heures plus tard. "Lors de ses échanges avec Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, ce qu'il décide d'autoriser ou non relève de la compétence du président Trump", s'est-il ainsi assagi lors d'une conférence de presse.
Un mois plus tard, l'administration Trump – Hegseth en tête – a dû faire face à l'échec de la tentative de l'envoi de quelque 30 000 migrants à Guantanamo. En plus de représenter une débâcle du point de vue humanitaire, ce projet tué dans l'œuf a coûté très cher à l'administration américaine. Jusqu'à présent, 16 millions de dollars auraient ainsi été nécessaires pour financer l'opération anti-immigration, sans compter le prix des déportations en avion et des ravitaillements, ni la rétribution des troupes militaires, selon L'Express.
"Cela fait partie de l'éthique de l'administration Trump"
Si du côté démocrate, bon nombre de législateurs appellent à sa démission, pas de quoi inquiéter donc – du moins en surface – les membres du parti républicain, à l'instar du sénateur Kevin Cramer, qui soutient que "personne ne doit perdre son emploi à cause de cela". Cramer concède toutefois qu'il est nécessaire d'" aller au fond des choses et être assurés que cela ne se reproduira plus". "Cela fait partie de l'éthique de l'administration Trump", commente Adam Smith, représentant démocrate de Washington. "Il n'y a ni règles, ni normes, ni vérité, ni responsabilité. Ce que dit Trump est la vérité".
