"Vous ne retirez pas tous les généraux de leurs commandements pour les rassembler sans dire pourquoi" : l'initiative de Pete Hegseth qui inquiète
Pete Hegseth convoque près de 1000 hauts responsables militaires en Virginie, un rassemblement exceptionnel et non expliqué qui inquiète le Pentagone et alimente l'hypothèse de possibles réorganisations.
- Publié le 26-09-2025 à 15h44

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a ordonné à presque tous les plus hauts responsables militaires américains de se rassembler mardi prochain sur la base des Marines de Quantico, en Virginie, selon une information du Washington Post. Une directive transmise à court préavis, sans explication, et qui suscite un mélange de confusion, d'inquiétude et de critiques au sein du Pentagone comme au gouvernement.
Une convocation massive et inédite
L'ordre de déplacement, transmis plus tôt cette semaine, concerne tous les officiers du rang de brigadier général ou plus, ainsi que leurs principaux conseillers sous-officiers. Cela représente près de 800 généraux et amiraux répartis dans le monde, auxquels s'ajoutent leurs aides militaires. Au total, plus de mille haut gradés pourraient être réunis.
Aucune personne interrogée par le Washington post ne pouvait se rappeler d'une autre fois ou un tel événement était arrivé. Habituellement, des technologies de vidéoconférence sécurisées permettent de discuter de dossiers sensibles sans déplacer autant de commandants d'un seul coup. "Vous ne retirez pas tous les généraux de leurs commandements pour les rassembler dans un auditorium sans dire pourquoi", explique une personne citée anonymement par le quotidien.
Silence au Pentagone
Le porte-parole du département de la Défense, Sean Parnell, s'est contenté d'indiquer que Hegseth "s'adressera à ses hauts dirigeants militaires au début de la semaine prochaine". Aucun détail n'a été communiqué sur le contenu ou les objectifs. Ni l'agenda, ni la présence du président Donald Trump n'ont été confirmés. Interrogé dans le Bureau ovale, Trump a répondu qu'il irait "s'ils veulent de moi". Le vice-président JD Vance a minimisé l'événement, le jugeant ""pas particulièrement inhabituel". "Je pense que c'est étrange que vous en ayez fait une si grosse histoire", a-t-il ajouté. À l'inverse, plusieurs responsables militaires confient être "très préoccupés" par l'absence d'explications. Certains pointent aussi le risque sécuritaire de voir autant de commandants rassemblés loin de leurs postes, notamment dans des zones de conflit.
Un contexte politique tendu
La réunion survient alors que l'Administration Trump a déjà bouleversé la hiérarchie militaire en renvoyant plusieurs hauts dirigeants ces derniers mois. Le général Charles Q. Brown Jr., la cheffe des opérations navales Lisa Franchetti, la commandante de la Garde côtière Linda Fagan ou encore le vice-chef d'état-major de l'Air Force James Slife figurent parmi les évincés. La liste inclut un nombre important de femmes, notamment. En mai, Hegseth avait déjà ordonné une réduction de 20 % du nombre d'officiers quatre étoiles, accompagnée d'une consolidation des commandements supérieurs. Plus récemment, il a renvoyé le directeur de la Defense Intelligence Agency, Jeffrey Kruse, et deux autres responsables de haut rang, sans fournir de raisons officielles.
Des inquiétudes croissantes
Plusieurs officiers craignent que cette convocation serve à annoncer de nouveaux renvois ou des réorganisations. D'autres redoutent qu'elle soit liée à l'arrêt des activités gouvernementales (le fameux government shutdown) qui survient en règle générale lorsque le président et une, voire les deux chambres du Congrès, n'arrivent pas à trouver un accord concernant les allocations budgétaires avant la fin du cycle budgétaire en cours.
Dans ce cas-ci, un tel shutdown est prévu la semaine prochaine si les législateurs du Congrès restent en désaccord sur le financement du gouvernement au-delà du 30 septembre. Celui-ci pourrait donc compliquer le retour de certains commandants vers leurs affectations. Au Capitole, l'initiative de Pete Hegseth a pris de court les parlementaires, y compris au sein des commissions des forces armées. Aucun des responsables républicains ou démocrates n'a encore commenté officiellement, mais l'agacement face aux méthodes jugées "peu orthodoxes" du ministre de la Défense est déjà palpable.
Un changement de stratégie ?
Certains responsables estiment que la réunion pourrait être utilisée pour dévoiler la nouvelle stratégie de défense nationale, qui mettrait davantage l'accent sur la protection du territoire américain, après plusieurs années où la Chine était considérée comme le risque principal pour la sécurité nationale. L'équipe de Pete Hegseth scrute désormais les relations et les opinions des officiers candidats à une promotion, une pratique qui inquiète quant à l'influence toxique de la politique actuelle sur l'armée, jusqu'aujourd'hui indépendante.
Une rupture avec la tradition
Le département de la Défense s'est toujours efforcé de préserver son image d'institution non partisane. Les initiatives de Pete Hegseth, de la réduction drastique du corps des officiers généraux à son projet de rebaptiser le Pentagone en "département de la Guerre", accentuent l'impression d'une rupture. À mesure que l'échéance du 30 septembre approche, date où le gouvernement pourrait se retrouver sans financement, l'incertitude sur l'avenir immédiat du commandement militaire américain continue de s'accroitre. Pour l'instant, ni les militaires convoqués ni leurs états-majors ne savent ce qui les attend, mardi, en Virginie.