Donald Trump met la main au portefeuille pour Javier Milei
Washington se dit prêt à débourser 40 milliards de dollars pour soutenir l'économie argentine, mais menace de retirer son soutien si le président argentin perd les élections législatives de mi-mandat, le 26 octobre. Un chantage électoral aux conséquences incertaines.
- Publié le 17-10-2025 à 10h40
- Mis à jour le 17-10-2025 à 11h38

L'adage dit que quand on aime, on ne compte pas. Mais combien Donald Trump sera-t-il prêt à débourser pour aider son homologue argentin ? Après l'annonce d'un "swap" de monnaie de 20 milliards de dollars, le secrétaire au trésor américain Scott Bessent a doublé la mise le 15 octobre avec une "ligne de crédit" du même montant destiné à sauver l'économie argentine. L'ambassadeur argentin à Washington a annoncé le 16 octobre la signature d'un "accord commercial très important".
Ces annonces interviennent dans la foulée d'une rencontre retentissante entre Javier Milei et Donald Trump à la Maison Blanche. Celle-ci avait pour objectif de confirmer un plan de sauvetage annoncé il y a déjà plusieurs semaines par Washington, et de calmer les marchés. Mais le président américain a accompagné son soutien d'une menace : "S'il (Javier Milei) perd, nous n'allons pas être généreux avec l'Argentine".
Le soldat Milei aux abois
À l'approche d'élections cruciales pour poursuivre ses réformes ultra-libérales, Javier Milei est aux abois. Pour contenir le taux de change et empêcher un rebond de l'inflation, le gouvernement a dilapidé les réserves de billets verts de la banque centrale à un rythme effréné. L'économie argentine souffre à nouveau de son mal chronique : le manque de dollars.
Ce conditionnement de l'aide américaine a immédiatement provoqué l'affolement des marchés obligataires et boursiers, lesquels ont retrouvé une certaine accalmie suite aux dernières déclarations de Scott Bessent.
De retour à Buenos Aires, Javier Milei a tenté de nier ce chantage électoral, assurant que le soutien "absolu et total" de Donald Trump se poursuivrait jusqu'à la fin de son mandat, en 2027.
Aux États-Unis, actuellement en plein "shutdown" budgétaire, l'annonce a suscité l'indignation du camp démocrate mais aussi des "farmers" Pro-Trump, concurrents direct de l'Argentine en matière agricole.
Critiques aux États-Unis
La générosité de Donald Trump, partisan de la doctrine "America First" a en effet de quoi surprendre, mais elle peut s'expliquer par des intérêts géopolitiques. "Nous ne souhaitons pas [d'un État] dirigé par la Chine en Amérique latine" a en effet déclaré Scott Bessent, interrogé par Fox News la semaine dernière. L'influence de la Chine en Argentine, en particulier sa prédominance dans l'extraction du Lithium irrite Washington. Le 11 octobre, l'ambassade de Chine en Argentine a dénoncé "la confrontation et l'interventionnisme" américain : "Scott Bessent et les États-Unis doivent comprendre que l'Amérique latine et les Caraïbes ne sont l'arrière-cour de personne".
La contrepartie du sauvetage américain n'a pour l'heure pas été expliquée par le gouvernement argentin, mais lors de son intervention sur Fox News, Scott Bessent a fait part de l'intérêt du gouvernement Trump pour les "Terres rares" et l'uranium de l'Argentine.
Critiques en Argentine
En Argentine, l'opposition accuse le gouvernement de se soumettre au gouvernement américain. La députée péroniste Julia Strada a dénoncé une "ingérence inédite qui représente une très grave atteinte à la souveraineté argentine" et des négociations menées à Washington, en secret, "dos au Congrès". Selon la Constitution argentine, l'exécutif doit passer par le parlement pour contracter un prêt.
À en croire une enquête du The New York Times publié le 11 octobre, le secrétaire au trésor américain Scott Bessent (que Milei compare au footballeur argentin Lionel Messi) ne serait pas uniquement motivé par les intérêts stratégiques des États-Unis. Selon le quotidien, "d'importants hedge funds [fonds spéculatifs], y compris ceux dirigés par des amis de Bessent, obtiendront un bénéfice financier d'une aide économique à l'Argentine". Bessent et ses "amis" miseraient sur une appréciation du peso.
La grande inconnue est l'impact qu'aura le "sauvetage américain" sur l'élection du 23 octobre, à l'issue de laquelle Javier Milei espère étendre son influence au parlement, où son parti est minoritaire.
Pour le politologue argentin Pablo Touzon, "c'est un pile ou face, et la pièce est toujours en l'air" : "Dans n'importe quel autre contexte, cette extorsion de Trump au peuple argentin, historiquement réfractaire aux États-Unis, serait un cadeau à l'opposition. Mais dans la situation actuelle, marquée par la crainte d'une super-dévaluation, cette dose de peur injectée sur la fin de la campagne peut peser dans la balance".