Aux États-Unis, un "shutdown" qui laissera des traces
Le "shutdown" le plus long de l'histoire des Etats-Unis pourrait se terminer cette semaine. Mais ses effets pratiques et politiques continueront à se faire sentir.
- Publié le 11-11-2025 à 08h39
- Mis à jour le 11-11-2025 à 13h58

Correspondant à New York
Par précaution, Richard Valdez est arrivé avec quatre heures d'avance à l'aéroport Newark-Liberty (New Jersey), ce vendredi 8 novembre, pour effectuer un simple vol domestique. "Mieux vaut assurer ses arrières !", confie-t-il, en attendant de passer la sécurité. "On ne sait pas ce qui peut arriver ces jours-ci".
Ce citoyen américain fait référence à l'incertitude liée au "shutdown", la paralysie des services publics découlant du refus des Démocrates au Congrès d'adopter les crédits budgétaires nécessaires au fonctionnement de l'État fédéral. Un bras de fer entamé par ces derniers pour forcer la majorité républicaine à reconduire des subventions pour le programme d'assurance santé "Obamacare", à destination principalement des ménages à bas revenus
Des exigences non rencontrées
Ce gel, qui se prolonge depuis plus de 40 jours, un record, pourrait se terminer cette semaine. Dimanche, un petit groupe de sénateurs démocrates centristes a en effet annoncé rejoindre la majorité républicaine pour voter les financements nécessaires et sortir de la paralysie. Le compromis prévoit notamment de rembourser les fonctionnaires non payés pendant "shutdown" et de réembaucher ceux qui ont été licenciés pendant cette période. Un accord provisoire qui ne prévoit toutefois aucune prolongation des aides d'"Obamacare", au grand dam de nombreux élus et militants démocrates surpris et déçus par ce deal négocié en coulisses.
Il faut dire que la pression à trouver une solution était de plus en plus forte. Privés de salaire, de nombreux aiguilleurs du ciel et autres agents de la sécurité des transports (TSA), professions qui relèvent de l'État fédéral et qui connaissaient déjà des carences avant le "shutdown", sont restés à la maison, entraînant des retards en cascade dans les airs. Ceux qui sont allés au travail ont dû enchaîner les heures, quitte à s'épuiser.
Inédit depuis le 11-Septembre
Pour éviter tout drame, le gouvernement Trump a ordonné aux quarante principaux aéroports du pays, dont Newark, de réduire le volume des vols de 10 %. "Il faut remonter au 11-Septembre pour voir l'espace aérien ainsi réduit. Il y a eu des situations où des compagnies aériennes ou des aéroports ont connu des interruptions, mais jamais en raison d'un shutdown", explique Paul Hudson, président de FlyersRights.org, une association de défense des droits des passagers aériens.
Pour l'expert, la situation laissera des traces. "Même si un accord est trouvé demain, il faudra attendre des semaines pour que le système revienne à la normale, poursuit-il. Par ailleurs, les shutdowns affectent la formation des futurs aiguilleurs du ciel car les écoles sont fermées et les enseignants, congédiés. Certains élèves ne reviendront pas. Dans le même temps, il faudra composer avec des centaines de départs à la retraite. La pénurie de personnel sera donc aggravée par cette situation".
Presque tous les services publics fédéraux touchés
Les retards et les annulations dans les aéroports sont l'une des manifestations les plus visibles du blocage. En réalité, presque tous les services publics fédéraux ont été suspendus ou tournent au ralenti : les programmes éducatifs "Head Start" pour les enfants de milieux défavorisés, l'octroi de prêts pour les petites et moyennes entreprises, les centres d'appels de services dédiés aux anciens combattants et à d'autres populations vulnérables…
Autres victimes : les 42 millions d'Américains qui bénéficient du "Programme d'aide supplémentaire à la nutrition" (SNAP), qui fournit des bons alimentaires aux ménages dans le besoin. Face à la décision du gouvernement Trump de ne le financer que partiellement, plusieurs États ont décidé de débloquer des fonds pour épauler les bénéficiaires et les banques alimentaires, confrontées à une augmentation de la demande. Hôpitaux, restaurants et autres acteurs privés s'activent également pour distribuer des repas.
À New York, Ava Amiti, une artiste qui touche 280 dollars de bons SNAP tous les mois, juge la situation "très chaotique". "Malgré le soutien des gens autour de moi, je passe des journées sans prendre trois repas entiers, explique-t-elle. Même avant le shutdown, les montants alloués pour s'alimenter n'étaient pas soutenables. Avec les coupes, on est encore plus vulnérables."
Le Parti démocrate à nouveau fracturé
Adopté par le Sénat lundi soir, l'accord entre les huit Démocrates et les Républicains doit être entériné par la Chambre des représentants et Donald Trump. Une chose est sûre : le deal fracture le Parti démocrate. En effet, ses leaders espéraient sortir de cette crise en obtenant le prolongement des subventions pour Obamacare, mais ils devront vraisemblablement faire une croix dessus. Malgré la promesse d'un vote séparé sur ces aides en décembre prochain, rien ne laisse penser que la majorité républicaine (et Donald Trump) soutiendra cette extension.
Le compromis intervient au plus mauvais moment pour les Démocrates. Alors que le parti commençait à retrouver du poil de la bête à la suite de victoires remarquées lors d'une série de scrutins étatiques et locaux mardi 4 novembre, et que l'opinion le soutenait dans sa stratégie de blocage du gouvernement, le voilà qu'il s'incline face à Donald Trump en renonçant à sa principale revendication.
Dans un communiqué, Ezra Levin, président d'Indivisible, l'un des principaux groupes d'opposition citoyenne au président républicain, a regretté que sa formation politique n'ait pas fait bloc. Il a menacé de soutenir d'éventuels opposants aux huit élus rebelles lors des prochaines primaires pour leurs sièges. "On a le parti que l'on mérite, a-t-il dit, nous en voulons un qui se bat".

