Trump faiseur de roi en Amérique latine
Son favori, Nasr Asfura, est arrivé de toute justesse en tête de la présidentielle au Honduras.

- Publié le 02-12-2025 à 19h16
- Mis à jour le 04-12-2025 à 10h54

Selon le Conseil national électoral (CNE), Nasry Asfura, 67 ans, soutenu à bout de bras par Donald Trump, ne devance que de 515 voix son rival de droite, Salvador Nasralla, 72 ans, après le décompte numérique de 57 % des procès-verbaux.
Cet écart constitue, compte tenu de la marge d'erreur, une "égalité technique", selon la patronne du CNE qui a demandé "de la patience" aux électeurs, sans préciser quand le dépouillement manuel prendrait fin. Il pourrait durer plusieurs jours.
"On dirait que le Honduras est en train d'essayer de changer le résultat de son élection présidentielle. S'ils le font, ils le paieront cher !", a écrit Donald Trump, accusant la CNE d'avoir "abruptement cessé de compter" les voix, sans étayer cette affirmation.
L'exemple argentin
Le président américain ne désarme pas et entend bien voir son favori s'installer à la présidence. Il a martelé son soutien à Nasry Asfura dans la dernière ligne droite de la campagne. Il a aussi annoncé qu'il n'avait aucune confiance dans les autres candidats et qu'il ne voyait pas pourquoi les États-Unis continueraient à aider ce pays (un des plus pauvres d'Amérique centrale) en cas de défaite de son favori.
Des promesses de lendemain radieux qui ne sont pas sans rappeler celles faites en faveur de La Libertad Avanza, la formation très néolibérale du président Javier Milei à la veille les législatives de mi-mandat en Argentine. Là, malgré des sondages qui donnaient l'avantage à l'opposition, La Libertad Avanza a triomphé et décroché près de 40 % des suffrages.
"il est clair que ce discours a eu une influence sur l'électorat argentin", explique Sebastian Santander, professeur et directeur du Center for International Relations Studies (CEFIR) de l'Université de Liège. "J'ai pu parler avec de nombreux électeurs argentins et la plupart se sont dit que Donald Trump, qui a promis des investissements, pouvait donner un boost à l'économie, une garantie de stabilité économique et financière alors que le pays traverse des moments difficiles sur le plan économique."
"Des liens étroits"
Au Honduras, les deux candidats de droite pour la présidentielle à un tour de ce dimanche 30 novembre étaient donnés favoris et le protégé de Trump, qui avait échoué de justesse il y a quatre ans, partait avec l'étiquette de léger favori face à son principal adversaire, un ancien présentateur de la télévision hondurienne. Si la droite l'a emporté, le candidat du président américain est toujours en ballottage.
"Le pays reste très pauvre et il y a toujours beaucoup d'insécurité malgré les avancées réalisées par la présidente sortante de gauche", explique M. Santander. "On est ici en Amérique centrale, une région et des pays tournés vers le marché américain. Le fait que Trump fasse planer le risque de sanctions en cas de défaite de son candidat de centre-droit peut avoir un effet bénéfique. Dans cette région, Trump veut pousser ses pions qui pourraient aller dans le sens de la libéralisation de l'économie. Il veut créer un axe avec un certain nombre de gouvernements d'Amérique latine pour déloger la Chine, très présente ici".
Pour soutenir son favori, Trump a aussi annoncé la libération de l'ancien président de la république hondurienne Juan Orlando Hernandez, issu du même parti. Cet ex-chef d'État purgeait une peine de 45 ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue. Une clémence étonnante pour Donald Trump qui a fait de la lutte contre les narcotrafiquants un de ses chevaux de bataille. "Il n'est pas à une contradiction près", constate M. Santander. "S'il le libère, c'est qu'il juge certainement qu'il peut encore avoir un poids dans le parti qui sera au pouvoir demain. Trump est obsédé par une logique de guerre froide. Il faut cerner ce qu'il juge comme le nouveau communisme qui serait le socialisme en Amérique latine".
