Une modification du portrait de Donald Trump suscite la polémique dans un musée américain
À la National Portrait Gallery de Washington, le portrait de Donald Trump est toujours exposé, mais la mention de ses deux procédures de destitution a disparu.

- Publié le 11-01-2026 à 15h51
- Mis à jour le 11-01-2026 à 20h26

Un portrait en noir et blanc, un regard fixe, les poings posés sur le Bureau ovale, pris par Daniel Torok, photographe officiel de la Maison-Blanche. À première vue, rien d'inhabituel. Pourtant, le remplacement récent du portrait de Donald Trump à la Galerie nationale des portraits du Smithsonian s'accompagne d'un changement beaucoup plus significatif : la disparition de toute mention de ses deux procédures de destitution.
Jusqu'ici, le cartel (NdlR : le petit texte explicatif placé à côté d'une œuvre) qui accompagnait le portrait du président rappelait un fait central de son parcours politique : Donald Trump a fait l'objet de deux procédures de destitution "pour abus de pouvoir et incitation à l'insurrection après que des partisans ont attaqué le Capitole des États-Unis le 6 janvier 2021. Il a été acquitté par le Sénat lors des deux procès."
Cette phrase a désormais disparu. À sa place, un texte minimaliste : Donald Trump est présenté comme le 45ème et le 47ème président des États-Unis, né en 1946. Rien de plus.
Une phrase qui dérangeait la Maison-Blanche
Selon le New York Times, la mention des procédures de destitution de Donald Trump agaçait la Maison-Blanche depuis longtemps. Elle faisait partie des reproches adressés à Kim Sajet, alors directrice de la Galerie nationale des portraits. L'an dernier, Donald Trump avait même annoncé publiquement vouloir la renvoyer, l'accusant de parti pris.
La Maison-Blanche avait alors dressé une liste de griefs, transmise au média américain en citant cette même phrase. Le Smithsonian, qui se présente comme indépendant du pouvoir exécutif, n'avait pas validé ce renvoi. Kim Sajet a finalement démissionné dans "l'intérêt de l'institution".
Une mise à jour… sous pression
Le musée affirme de son côté qu'il s'agit d'une mise à jour prévue de longue date de l'exposition America's Presidents. Dans un communiqué, la Galerie nationale des portraits explique : "Pour certaines nouvelles expositions et présentations, le musée explore l'utilisation de citations ou de cartels simplifiés, qui ne fournissent que des informations générales, comme le nom de l'artiste. L'histoire des procédures de destitution présidentielle continue d'être représentée dans nos musées."
Un argument qui peine à convaincre certains observateurs. D'autant que, sur le site même du musée, le cartel qui accompagne le portrait officiel de Bill Clinton mentionne explicitement sa procédure de destitution pour avoir "menti sous serment au sujet d'une relation sexuelle avec une stagiaire de la Maison-Blanche".
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis un an, le Smithsonian fait face à des pressions de l'administration Trump, qui souhaite que les musées fédéraux présentent une vision "positive" de l'histoire américaine. En mars, Donald Trump a signé un décret qui demandait un examen des expositions pour repérer toute "idéologie inappropriée".
Le Smithsonian dans le viseur
Le Smithsonian, dont le budget annuel avoisine le milliard de dollars et dépend en grande partie de fonds fédéraux, n'a transmis qu'une partie des documents demandés par la Maison-Blanche. Il fait désormais face à un ultimatum : fournir l'ensemble des documents sous peine de coupes budgétaires.
Ce n'est pas la première fois que la présentation des procédures de destitution de Donald Trump est modifiée. L'an dernier, le Musée national d'histoire américaine, une autre institution du Smithsonian, avait déjà adapté les textes d'une exposition sur la présidence américaine. Des passages parlant des "déclarations fausses répétées" sur l'élection de 2020 ou d'un discours ayant "encouragé, et conduit de manière prévisible, à une action illégale imminente au Capitole" avaient été retirés, et le mot "alleged" ("présumé") ajouté pour qualifier la première affaire judiciaire.
À l'époque, le Smithsonian avait assuré rester fidèle à "un engagement indéfectible envers la recherche universitaire, la rigueur scientifique et la présentation exacte et factuelle de l'histoire".
