Les Républicains désespèrent de sauver la présidence de Donald Trump : "Il s'agit d'une élection de mi-mandat pas comme les autres"
Ils préparent une convention du parti pour galvaniser leurs troupes, alors que les signes alarmants se multiplient. L'élection d'une Démocrate là où le Président a sa résidence en Floride est le dernier en date

- Publié le 30-03-2026 à 11h33
- Mis à jour le 30-03-2026 à 11h47

Une convention du Parti républicain, probablement au Texas, en septembre : ce serait la dernière trouvaille de Donald Trump pour galvaniser les électeurs du parti présidentiel et conjurer le risque d'une déroute aux législatives de la mi-mandat en novembre. Rien n'a encore été arrêté, précise le Comité national républicain, mais l'idée fait visiblement son chemin avec un consensus qui se forme sur le lieu – Dallas – et le moment : au lendemain du Labor Day qui ouvre traditionnellement la dernière ligne droite des campagnes électorales, soit, cette année, le 7 septembre.
Les conventions ne sont ordinairement organisées que dans le cadre des élections présidentielles. Programmées en juillet-août, dans un État jugé tantôt crucial pour l'issue du scrutin, tantôt capable de booster la campagne électorale, elles sont l'occasion d'investir formellement le candidat des deux grands partis, de présenter solennellement son programme et sa vision pour l'Amérique, de rallier massivement les soutiens politiques et financiers. Hypermédiatisées, elles tiennent de la grand-messe et de la kermesse, soulevant pendant quatre jours l'enthousiasme des milliers d'invités et, par médias ou réseaux sociaux interposés, des millions de partisans dans tout le pays.
Un défilé de stars sur la scène
C'est précisément ce genre de mobilisation que les Républicains aimeraient stimuler en proposant cette convention exceptionnelle. "Nous ferons défiler toutes nos stars sur la scène et nous parlerons de toutes les grandes choses que nous avons faites pour le peuple américain", avait récemment expliqué le speaker de la Chambre des représentants, Mike Johnson, alors que s'esquissait le projet. Parce que, avait-il justifié, "il s'agit d'une mi-mandat pas comme les autres".
En fait, ces "mid-terms" ressemblent assez bien aux autres : le scrutin de mi-mandat traduit généralement un vote sanction contre le parti au pouvoir, à plus forte raison, comme c'est le cas aujourd'hui, quand il contrôle tous les leviers de pouvoir : Maison-Blanche, Chambre et Sénat. La probabilité de voir les Républicains perdre leur majorité au Congrès est d'autant plus forte que leur majorité dans chacune des deux chambres ne tient qu'à un fil : trois sièges sur 435 à la Chambre et trois sur 100 au Sénat.
Des signes alarmants depuis un an
Les perspectives sont d'autant plus sombres que les Républicains accumulent les mauvaises performances. Depuis l'élection de Donald Trump en novembre 2024, ils ont perdu plus d'une vingtaine de sièges dans des scrutins partiels, à l'échelon national ou local, dans des États qui leur étaient acquis ou qui sont historiquement indécis (les fameux "swing states"). Ils n'en ont, en revanche, gagné aucun aux dépens des Démocrates. Du New Jersey à l'Arkansas, les signes alarmants se sont multipliés.
La guerre contre l'Iran ne fait qu'accroître l'inquiétude. Certes, un dénouement rapide et heureux aurait certainement servi le Président et son parti. On imagine l'impact d'un changement de régime à Téhéran, l'installation d'un gouvernement favorable à Washington, l'humiliation de la prise d'otages de 1979 enfin lavée, et la promesse d'une manne pétrolière qui profiterait aux États-Unis, à ses entreprises et ses consommateurs. Au lieu de quoi, l'impasse actuelle fait craindre le pire. La sanction dans les urnes pourrait être d'autant plus lourde que Donald Trump s'était fait élire en désavouant "les guerres des Démocrates", en promettant d'y mettre fin et, surtout, en s'engageant à ne pas entreprendre de nouvelles aventures militaires.
Incompréhension chez les Maga
Certes, la situation peut évoluer considérablement dans les mois qui viennent, mais il faut tenir compte du vote anticipé (des millions d'Américains voteront bien avant novembre) et de l'impact à long terme, quoi qu'il arrive, d'un conflit dont une majorité de citoyens ne comprend ni les raisons ni la logique. Le Parti républicain est traditionnellement isolationniste et sa frange Maga (le mouvement Make America Great Again du Président) l'est plus encore. La population, par ailleurs, appréciera d'autant moins les conséquences économiques de la guerre, alors que Donald Trump n'a pas tenu son engagement de réduire significativement le coût de la vie pour l'Américain moyen.
Sans même l'imbroglio iranien dont la Maison-Blanche ne semble visiblement pas savoir comment s'extraire, les prochaines législatives s'annonçaient extrêmement serrées. Dans les calculs du Parti républicain, le Texas revêt une importance cruciale et ce n'est donc pas un hasard si c'est à Dallas qu'il voudrait tenir sa fameuse convention – aussi pressentie, Las Vegas, dans le Nevada, aurait été prestement écartée.
Menace démocrate au Texas
Avec 38 députés envoyés à Washington, le Lone Star State est le plus gros lot des élections à la Chambre après la Californie (52), et devant la Floride (28) et New York (26). Mais l'enjeu est aussi capital pour le Sénat. Alors que deux Républicains, le sénateur sortant John Cornyn et le procureur général Ken Paxton, se disputent l'investiture du parti, leur adversaire désigné, James Talarico, un Démocrate conservateur, pourrait très bien damer le pion à l'un ou à l'autre en novembre.
Et il n'y a pas que le Texas. Le vent semble tourner en Floride également. En décembre dernier, après un second tour de scrutin, Eileen Higgins est devenue, à 61 ans, la première femme à conquérir la mairie de Miami. Elle est surtout la première Démocrate à occuper le fauteuil depuis presque trente ans, et encore Xavier Suarez n'avait-il que brièvement exercé la fonction, en 1996-97. Un franc succès que cette ancienne diplomate, ingénieure de formation, doit notamment à sa dénonciation des dérives de l'Administration actuelle en matière d'immigration.
Vainqueur à cinq voix près
Trois décennies d'hégémonie républicaine ont pareillement pris fin à Boca Raton. Professeur de science politique à la Florida Atlantic University et jusque-là conseiller municipal, Andy Thompson a été déclaré maire de cette station balnéaire de cent mille habitants, le 16 mars, au terme d'un recomptage manuel des bulletins. Il ne l'a, en effet, emporté que de… cinq voix (un premier dépouillement lui en avait attribué six de plus…). Victoire d'extrême justesse, certes, mais qui achève de convaincre les états-majors des deux partis que chaque vote compte.
Ce n'est sans doute pas Donald Trump qui osera prétendre le contraire. Le souffle démocrate s'est fait sentir jusqu'aux portes de sa résidence de Mar-a-Lago, à Palm Beach. Un siège à la Chambre des représentants de Floride, tenu jusque-là par le Républicain Mike Caruso, y a été enlevé, mardi dernier, par une Démocrate, nouvelle venue en politique. Se flattant d'être à la fois mère de trois enfants, épouse de militaire et femme d'affaires, Emily Gregory, 40 ans, l'a emporté avec 51 % des suffrages, là où Caruso avait si facilement gagné en 2024 avec un avantage de 19 % sur la candidate démocrate.
Cette victoire ne changera rien à la majorité écrasante dont les Républicains jouissent à l'Assemblée de l'État, mais elle revêt une portée symbolique qui pourrait aisément faire figure de mauvais présage. D'aucuns redoutent, au demeurant, que l'éventuelle convention de Dallas ne desserve finalement les candidats républicains en les associant trop manifestement à un Président dont le bilan est, pour le moment au moins, davantage un boulet qu'un atout.
