Trois mois après la capture de Maduro, rien n'a changé pour les Vénézuéliens : "L'Administration Trump se contente de cette situation politique"
Le régime reste en place et la situation sociale est toujours aussi précaire.

- Publié le 02-04-2026 à 06h38

Le 3 janvier dernier, un commando militaire américain capturait de façon spectaculaire le président Nicolas Maduro et son épouse en plein cœur de Caracas, la capitale du Venezuela.
Trois mois plus tard, quelques caciques du gouvernement ont été remerciés mais le régime hérité d'Hugo Chavez (1999-2013) est toujours en place. Delcy Rodriguez, l'ex-vice-présidente de Maduro, est devenue présidente par intérim… Tout ça pour ça ?
"L'Administration Trump, qui a mis la main sur le pétrole vénézuélien, se contente de cette situation politique. On est clairement dans le flou, notamment dans le flou juridique. Mais le président Trump en profite pour perturber un peu plus l'hégémonie économique de la Chine sur le continent sud-américain", commente Sébastian Santander, politologue à l'Université de Liège et spécialiste de l'Amérique latine.
L'opposition déchante
Pour les opposants vénézuéliens, qui espéraient un changement de régime, c'est la soupe à la grimace. Corina Machado, prix Nobel de la paix et trumpiste convaincue, a compris qu'elle n'entrait pas dans les plans du locataire de la Maison-Blanche. Elle a – momentanément ? – enterré ses espoirs présidentiels et endossé un rôle de "commis voyageur" de luxe pour le secteur pétrolier, tentant de convaincre les entreprises américaines d'investir au Venezuela. Un vrai défi.
En dehors de Chevron, présent dans le pays, sans discontinuer, depuis 1923, les autres entreprises du secteur ne se précipitent pas. "Il faut consentir d'énormes investissements pour pouvoir exploiter le pétrole lourd vénézuélien", remarque Sebastian Santander. Et de poursuivre : "Quand Trump, qui avait réuni les patrons du secteur, a constaté leurs réticences, il a fait du Trump en expliquant que les premiers à investir dans ce pays tireront un maximum de bénéfices. Les autres auront raté le coche."
Donald Trump a aussi menacé d'empêcher le retour d'ExxonMobil dans le pays suite à des déclarations jugées trop pessimistes de son PDG, Darren Woods. Celui-ci avait eu la faiblesse d'expliquer qu'" une transition démocratique et des protections durables pour l'investissement sont nécessaires", qualifiant le pays "d'ininvestissable" dans l'immédiat. Depuis quelques semaines, sous cette pression du président américain, Exxon a finalement dépêché des équipes pour analyser les opportunités.
"On a le sentiment que la machine est quand même lancée, analyse M. Santander. Il y a une explosion de l'importation du pétrole brut vénézuélien aux États-Unis. Mais aussi une vente à des opérateurs européens, comme l'espagnol Repsol, ou à des Indiens, qui restent des alliés des États-Unis. Par contre, la Chine, qui importait 70 à 80 % du pétrole vénézuélien ne reçoit plus rien. Or Caracas est très endetté vis-à-vis de Pékin et la Chine commence à s'impatienter en constatant que le régime de Delcy Rodriguez ne rembourse plus rien. Ce qui se passe ici s'inscrit dans la compétition entre les États-Unis et la Chine en Amérique latine. Il n'y a pas si longtemps, deux ports du canal du Panama sont passés aux mains des Panaméens, sous pression américaine, alors qu'ils étaient détenus par un consortium hongkongais. En réaction, des bateaux battant pavillon panaméen sont bloqués du côté de Shanghai. Une manière pour la Chine de manifester son mécontentement face à cette situation qui s'est détériorée dans plusieurs pays, du Panama, au Chili, en passant par l'Argentine et même au Mexique poussé dans le dos par la Maison-Blanche pour imposer de nouvelles taxes de 50 % sur de nombreuses importations chinoises."
Grogne sociale
Le Venezuela est aujourd'hui un pays économiquement sous tutelle américaine, sans aucune avancée démocratique ou sociale. "Les Vénézuéliens qui s'étaient réjouis d'une intervention américaine et qui espéraient le début d'une transition démocratique déchantent, observe Sebastian Santander. Il y a pas mal de tensions politiques mais aussi économiques et sociales." L'insécurité alimentaire qui touche un Vénézuélien sur trois reste une réalité, les services de base peinent à fonctionner.
Cette grogne populaire peut-elle ébranler le régime de Delcy Rodriguez ? Sebastian Santander se montre sceptique, sans exclure tout risque d'instabilité. "Il faut être attentif à l'armée vénézuélienne, choyée par Maduro. Les officiers supérieurs sont anxieux. L'enjeu de leur amnistie est crucial. Sans elle, une majorité de hauts gradés risque de gros ennuis et ils n'ont pas envie de passer devant les juges, ni éventuellement par la case prison. C'est une situation très préoccupante, cela fait partie du flou juridique actuel." Le Venezuela post-Maduro est donc loin d'être apaisé.
