Mensonge ou malentendu ? Des propos de Tim Walz sèment le doute: "Je n'ai pas été parfait, je suis parfois un imbécile"
Le colistier de Kamala Harris, Tim Walz, l'a affirmé à plusieurs reprises par le passé : il se trouvait à Hong Kong au printemps 1989, lors du massacre de la place Tiananmen. Problème : des articles contredisant cette version ont ensuite été découverts, remettant en cause sa version.

- Publié le 02-10-2024 à 11h17
- Mis à jour le 02-10-2024 à 14h11

Mardi soir, les regards de millions d'Américains étaient rivés sur leurs écrans. Au programme, le premier et unique débat télévisé vice-présidentiel, qui opposait le Démocrate Tim Walz au Républicain J.D. Vance. Alors que l'échange est resté cordial entre les deux colistiers, Walz est toutefois apparu visiblement embarrassé en s'emmêlant les pinceaux après une question de la présentatrice sur ses voyages en Chine.
À l'époque, en 2014, Walz avait participé à une audition de la Commission exécutive du Congrès sur la Chine, commémorant le 25e anniversaire des manifestations de la Place Tiananmen, qui s'étaient terminées par des affrontements entre les autorités chinoises et les manifestants, entraînant la mort de centaines d'entre eux. Il avait alors déclaré avoir visité Hong Kong en mai 1989, soit quelques semaines avant le massacre de Pékin. Selon ses dires, il s'y trouvait pour se préparer à un poste d'enseignant. "Quand j'étais jeune, j'allais enseigner dans un lycée de Foshan, dans le Guangdong. Et alors que les événements se déroulaient, plusieurs d'entre nous y sont allés. Et je me souviens encore de la gare de Hong Kong", avait-il déclaré. Cinq ans plus tard, lors d'une interview radiophonique, Tim Walz réitère ses propos, en y ajoutant cette fois même plus de précisions : "J'étais à Hong Kong le 4 juin 1989, lorsque, bien sûr, les événements de la place Tiananmen se sont produits. Et j'étais en Chine après cela. C'était très étrange parce que, bien sûr, toutes les transmissions extérieures étaient bloquées et, bien sûr, il n'y avait pas de téléphone, ni d'e-mail, ni rien. J'étais donc un peu déconnecté. Il m'a fallu un mois pour savoir que le mur de Berlin était tombé alors que je vivais là-bas", expliquait-il à l'époque.
Trahi par des photos…
Ces déclarations, en apparence anodines, auraient pu appartenir au passé. Mais c'était sans compter sur le média conservateur Washington Free Beacon, qui s'est replongé dans les archives des articles de journaux datant du printemps 1989. Il y a alors découvert un numéro de l'Alliance Times-Herald du 16 mai, sur lequel figure une photo de Tim Walz, alors en visite dans un entrepôt de la Garde nationale du Nebraska. S'agirait-il d'une erreur de la part du journal ? Rien n'est moins sûr, puisqu'un autre article datant d'avril de la même année, cette fois issu d'un média basé au Nebraska, rapporte que Walz prévoyait de se rendre en Chine au début du mois d'août 1989. À moins de posséder le don d'ubiquité, Tim Walz était donc bel et bien chez lui, dans le Nebraska, à cette période.
Interrogé sur ce point par les modérateurs de CBS News durant le débat, le colistier de Kamala Harris a d'abord tenté de se justifier en déclarant qu'il s'était "mal exprimé", insistant sur le fait qu'il "était à Hong Kong et en Chine" lors de ces évènements. "Tout ce que j'ai dit à ce sujet, c'est que je suis arrivé là-bas cet été-là – je me suis mal exprimé à ce sujet – c'est ce que j'ai dit. J'étais à Hong Kong et en Chine pendant les manifestations pour la démocratie. Et de là, j'ai appris beaucoup de choses sur ce qui doit être en matière de gouvernance", a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "Ma communauté sait qui je suis. Ils ont vu où j'étais. Je serai le premier à vous dire que j'ai mis tout mon cœur dans ma communauté. J'ai essayé de faire de mon mieux, mais je n'ai pas été parfait, et je suis parfois un imbécile, mais c'est toujours comme ça que ça s'est passé. Ce sont ces mêmes personnes qui m'ont élu au Congrès pendant 12 ans."
…et un porte-parole
Si l'affaire aurait pu s'arrêter là, une incohérence supplémentaire a pourtant attiré l'attention de CNN. Le média américain affirme ainsi que "Walz semble également avoir exagéré le nombre de fois où il s'est rendu en Chine". Dans une interview accordée à Agri-Pulse Communications en septembre 2016, il déclare avoir visité le pays "environ trente fois", une affirmation qu'il réitère en décembre de la même année, évoquant cette fois "des dizaines et des dizaines et des dizaines de fois". Mais voilà, sommé de clarifier ce nombre, un porte-parole de la campagne de Kamala Harris aurait déclaré à CNN que "le nombre de voyages de Walz en Chine était 'probablement plus proche de 15'."
S'agit-il d'un mensonge ou d'un simple malentendu ? Si la réponse à cette question ne sera peut-être jamais connue, ce n'est pas pour autant la première fois que des déclarations de Walz se révèlent fausses a posteriori. Comme le rappelle CNN, le dernier exemple en date remonte au mois d'août dernier, lorsqu'un porte-parole de la campagne avait déjà déclaré que le colistier de Kamala Harris s'était "mal exprimé" dans une vidéo de 2018, où il assurait avoir "manipulé des armes d'assaut 'en temps de guerre'."
