Birmanie: les arguments d'Aung San Suu Kyi n'ont pas convaincu, Rangoon doit protéger les Rohingyas
Les arguments d'Aung San Suu Kyi n'ont pas convaincu les juges. La prix Nobel de la paix avait fait le déplacement à La Haye, le mois dernier, pour défendre son pays contre les accusations de génocide portées par la Gambie.

- Publié le 23-01-2020 à 18h16
- Mis à jour le 24-01-2020 à 09h59

Selon la Cour internationale de justice, la minorité reste vulnérable.
Les arguments d'Aung San Suu Kyi n'ont pas convaincu les juges. La prix Nobel de la paix avait fait le déplacement à La Haye, le mois dernier, pour défendre son pays contre les accusations de génocide portées par la Gambie. Ce jeudi, la Cour internationale de justice a enjoint au Myanmar (nom officiel de la Birmanie) de "prendre toutes les mesures en son pouvoir" afin de protéger les membres de la minorité musulmane des Rohingyas contre de potentielles exactions - meurtres, atteintes graves à leur intégrité physique ou mentale, mesures visant à entraver les naissances, etc. Elle pointe aussi bien les militaires birmans que des unités armées irrégulières, organisations ou personnes qui pourraient se trouver sous le contrôle, l'autorité ou l'influence de l'État.
Les juges, dans leur ordonnance, ont repris les faits établis par la mission internationale indépendante, mandatée par le Conseil des droits de l'homme de l'Onu. De ses rapports, il ressort que, "depuis le mois d'octobre 2016, les Rohingyas au Myanmar subissent des actes susceptibles de porter atteinte à leur droit à l'existence en tant que groupe protégé au titre de la convention sur le génocide, tels que des massacres, des viols et d'autres formes de violence sexuelle généralisés ainsi que des passages à tabac, des destructions de villages et de maisons, et des privations de nourriture, d'abris et d'autres moyens d'existence élémentaires". La Gambie, estimant que la Birmanie avait ainsi violé la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, s'est alors tournée vers la Cour de La Haye, avec l'appui des États membres de l'Organisation de la coopération islamique.
Aung San Suu Kyi, très critiquée sur la scène internationale par ceux qui avaient placé en elle tous leurs espoirs de démocratisation du régime, a fermement rejeté les accusations. La commission, mandatée par le gouvernement birman pour enquêter sur les violences, a conclu tout récemment que quelques militaires avaient commis des crimes de guerre, mais que l'armée ne nourrissait aucune intention génocidaire. Selon Aung San Suu Kyi, qui l'a écrit dans le Financial Times, "le système de justice international n'est peut-être pas encore équipé pour filtrer les informations trompeuses avant que des ombres d'incrimination ne soient projetées sur des nations et des gouvernements entiers".
Condamner son pays risque en outre de mettre à mal ses efforts de réconciliation, pense-t-elle. La Cour de La Haye a pris "note" de la volonté officiellement affichée de la Birmanie de "faciliter le retour des réfugiés rohingyas" du Bangladesh, de "promouvoir la réconciliation interethnique, la paix et la stabilité dans l'État rakhine" et de "faire en sorte que son armée réponde des violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme qui ont été commises".
Toutefois, elle est "d'avis que ces mesures ne paraissent pas suffisantes en elles-mêmes". "Il existe un risque réel et imminent qu'un préjudice irréparable soit causé aux droits invoqués par la Gambie." Les Rohingyas "demeurent extrêmement vulnérables" et continuent à "courir un risque sérieux de génocide".