Alors que l'angoisse grandit pour des milliers d'Afghans pressés de fuir le pays, les talibans se montrent rassurants
Joe Biden a confirmé la fin de la présence américaine au 31 août.
- Publié le 25-08-2021 à 15h13
- Mis à jour le 25-08-2021 à 16h16

L'angoisse montait encore mercredi chez les milliers d'Afghans prêts à tout pour fuir leur pays aux mains des talibans, après la confirmation par le président américain Joe Biden de la fin des évacuations la semaine prochaine.
Des milliers d'Afghans sont massés depuis des jours devant l'aéroport de la capitale, sécurisé par plus de 6.000 soldats américains, dans une atmosphère tendue. Certains y campent avec leur famille entière. Tous espèrent arriver à entrer dans le complexe et prendre au plus vite un avion pour l'Occident.
Malgré une situation particulièrement chaotique, 82.300 personnes ont été évacuées sur des vols américains ou occidentaux, depuis la mise en place du pont aérien le 14 août, à la veille de l'entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir, a indiqué mercredi la Maison Blanche.
Les opérations se sont encore intensifiées ces dernières heures: près de 19.000 personnes, au total, ont été exfiltrées en 24 heures entre mardi et mercredi.
Parmi ces dizaines de milliers de personnes, beaucoup ont fui parce qu'elles craignaient pour leur vie pour avoir travaillé pour le gouvernement déchu, des forces ou des civils occidentaux au cours des 20 ans de guerre.
Lors d'un sommet virtuel mardi avec ses homologues du G7, M. Biden a écarté l'idée de prolonger au-delà du 31 août la présence militaire américaine à Kaboul, un temps envisagée pour laisser plus de temps aux évacuations.
Peur pour l'économie
Les talibans savent qu'ils doivent s'appuyer sur les structures administratives existantes, n'ayant pas dans leurs rangs l'expertise nécessaire pour gouverner seuls le pays, et notamment relancer une économie dévastée par la guerre et très dépendante de l'aide internationale.
Hors de Kaboul, dans les campagnes et certaines villes, les gens sont soulagés de voir des décennies de guerre prendre fin. Mais les femmes et les minorités ethniques s'inquiètent pour leur sort.
En certains endroits, les islamistes ont mis en place une forme de ségrégation entre hommes et femmes au travail ou à l'école. Mais sous leur précédent régime, les femmes ne pouvaient ni travailler, ni étudier.
Un humanitaire de Khost, dans le sud-est du pays, une région acquise aux talibans, les décrit comme plus accommodants que par le passé. Jusqu'ici, "l'attitude des talibans est bien plus souple que ce à quoi les gens s'attendaient", confie-t-il, mais les gens ont "peur pour l'économie".
Les talibans n'ont pas formé de gouvernement, disant vouloir pour cela attendre que le dernier soldat étranger ait quitté le pays. Sans lois valables sur tout le territoire, les règles diffèrent d'une région à l'autre, au bon vouloir des nouvelles autorités locales.
Les islamistes s'efforcent de se présenter sous un jour plus modéré à la population et à la communauté internationale, souvent sans convaincre, en tout cas à Kaboul.
Au poste-frontière de Chaman au Pakistan, au contraire, des Afghans réfugiés depuis des années sur le sol pakistanais font tout pour rentrer dans leur pays, estimant que les talibans ont ramené ce qu'ils recherchaient avant tout: la paix.
Originaire de Ghazni, une province située plus au nord, sur la route de Kaboul, Wali Ur Rahman se dit "heureux" d'y retourner. "Nous serons bien mieux là-bas", affirme-t-il. Un avis bien éloigné de celui de ses compatriotes bloqués à l'aéroport de la capitale.
Les Afghans pourront toujours quitter le pays, même plus tard
Les Afghans qui veulent quitter leur pays pourront toujours le faire plus tard sans aucun problème, a déclaré un chef taliban Mullah Jakub dans une interview diffusée par les canaux officiels talibans mardi. Si un jour "ils veulent aller à l'étranger pour trouver un emploi ou améliorer leur niveau de vie, ils pourront demander un passeport, obtenir un visa et quitter le pays légalement", a-t-il ajouté, précisant que personne n'empêcherait ces personnes-là de partir. Depuis que les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan, des milliers de personnes se massent chaque jour aux abords de l'aéroport de Kaboul pour tenter de fuir le pays, dans une tension et un chaos indescriptibles qui compliquent les opérations d'évacuation.
La grande majorité des personnes présentes à l'aéroport veulent quitter le pays "en raison d'un fantasme", a lancé Mullah Jakub. D'après lui, elles ne sont pas là pour fuir les dirigeants talibans. Des représentants de haut rang du gouvernement précédent vont même continuer à vivre au pays, argumente-t-il, rappelant qu'une amnistie générale a été annoncée pour tout le pays. Cependant, différentes attaques contre d'anciennes forces de sécurité ont été rapportées ces derniers jours.
Le chef des talibans affirme encore que des négociations sont en cours pour former un gouvernement. Les pourparlers prennent du temps car la situation doit être examinée en profondeur. "Le gouvernement doit représenter tous les citoyens du pays, afin d'éviter des problèmes à l'avenir," conclut-il
