L'ancien procureur de la Cour pénale internationale dénonce le "génocide" au Haut-Karabakh et presse "le monde à agir"

Un génocide est en cours contre 120 000 Arméniens vivant dans le Haut-Karabakh", avait alerté sans ambages Luis Moreno Ocampo, ancien premier procureur de la Cour pénale internationale, dans un rapport retentissant publié le 7 août dernier.

"C'est absolument inacceptable d'assister à cela en 2023 et le monde doit agir", a réitéré cet expert reconnu du droit international lors d'une conférence de presse ce jeudi, dénonçant à nouveau le blocage par l'Azerbaïdjan du corridor de Latchine, seul axe routier liant le Haut-Karabakh à l'Arménie. La population, majoritairement arménienne, de cette région que les deux pays se disputent depuis des décennies, se retrouve ainsi privée d'accès à la nourriture, aux médicaments et à d'autres produits de première nécessité.

Au Haut-Karabakh, la famine s'installe et la situation humanitaire se dégrade, au point de faire craindre un "génocide"

Or selon M. Ocampo, cela correspond exactement à la définition du génocide, qui inclut le fait "d'imposer délibérément à un groupe des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique". Et de noter que l'intention de l'Azerbaïdjan de perpétrer ce crime est claire. Ne serait-ce que par son refus obstiné de se plier aux ordonnances "contraignantes" de la Cour pénale internationale, qui a exigé le rétablissement de la circulation sur le corridor de Latchine, pointant "le risque réel et imminent" pour "la santé et la vie" des "Arméniens vivant dans le Haut-Karabakh". De son côté, Bakou a déjà dénoncé l'analyse de M. Ocampo comme étant "politiquement biaisée".

Si le blocage de cet axe et la famine qui en découle consistent déjà en soi en "un génocide", il s'agit désormais "d'en empêcher un nouveau : à savoir la mort des personnes", a mis en garde l'expert argentin jeudi. Car sans changement radical immédiat, "ce groupe d'Arméniens sera détruit dans quelques semaines", indiquait-il dans son rapport. À ce titre, M. Ocampo appelle la communauté internationale à ne pas répéter les erreurs du passé et donc à ne plus négliger "la famine comme arme invisible du génocide", comme ce fut le cas pour le sort des Arméniens en 1915, des juifs et des Polonais en 1939, des Russes à Leningrad en 1941 ou encore des Cambodgiens en 1993 et 1994. "La famine a également été négligée lorsqu'elle a été utilisée à Srebrenica pendant l'hiver de 1993/1994", ajoute cet expert, en référence au préambule du terrible massacre de juillet 1995 en Bosnie.

M. Ocampo a appelé en particulier la Russie, les États-Unis et l'Union européenne à l'action. "S'ils parvenaient à un accord" notamment pour renforcer les capacités des Russes présents sur le terrain pour rouvrir le corridor, la nourriture parviendrait aux Arméniens en un jour", a-t-il estimé, insistant ce jeudi sur le fait que "la confrontation intense" de ces puissances "due au conflit ukrainien ne doit pas transformer les Arméniens en victimes collatérales".

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