L'opposition à Viktor Orban dénonce un "Watergate hongrois"
Nouvelle secousse dans une campagne électorale délétère. La semaine dernière, les médias favorables au Fidesz, le parti du chef du gouvernement Viktor Orbán, ont diffusé un enregistrement compromettant pour Gergely Karácsony, le jeune maire écologiste du 14e arrondissement de la capitale hongroise, candidat à la mairie de Budapest lors des élections le 13 octobre.
- Publié le 04-10-2019 à 13h56
- Mis à jour le 04-10-2019 à 13h58

Le candidat à la mairie de Budapest a-t-il été placé sur écoute ? Nouvelle secousse dans une campagne électorale délétère. La semaine dernière, les médias favorables au Fidesz, le parti du chef du gouvernement Viktor Orbán, ont diffusé un enregistrement compromettant pour Gergely Karácsony, le jeune maire écologiste du 14e arrondissement de la capitale hongroise, candidat à la mairie de Budapest lors des élections le 13 octobre. On y entend cet opposant au Fidesz pester contre les pratiques plus que douteuses du Parti socialiste (MSZP), ses propres partenaires de coalition. "Ils sont capables de tout voler dès qu'on a le dos tourné", dit-il, ajoutant que le représentant socialiste local, Csaba Horváth, "l'a plusieurs fois menacé, ainsi que [sa] famille". Une bombe pour l'opposition qui, selon les sondages, a une sérieuse chance de reprendre "sa" ville, le bastion libéral tombé dans l'escarcelle du Fidesz en 2010.
Qui a effectué ces enregistrements ? Trahison interne ou "barbouzerie" des services secrets ? Gergely Karácsony penche naturellement pour la seconde option, mais sans en détenir la preuve, et a déposé une plainte pour "obtention illicite de données confidentielles", un délit passible de trois à cinq années d'emprisonnement. Tímea Szabó, la coprésidente de la petite formation politique dont il est issu, le parti vert "Dialogue", assure que les phrases embarrassantes livrées à la presse ont été enregistrées au cours de plusieurs réunions de la direction du parti, dans ses locaux de la Maison des députés, située à proximité du parlement. Elle accuse directement le pouvoir d'avoir mis sur écoute son rival politique pour saborder sa campagne et "d'imiter les méthodes de Poutine et d'Erdogan". Si cela est avéré, ce serait, selon elle, "le plus grand scandale politique de ce XXIe siècle en Hongrie" et un "Watergate hongrois", en référence au scandale d'espionnage politique qui avait conduit à la démission du président états-unien Richard Nixon en 1974.
Des coups sous la ceinture
Une chose est certaine, c'est au Fidesz que profitent ces révélations qui, sans atteindre la probité de son adversaire, le présentent comme un faible et la victime de ses propres alliés. "Je vais bientôt commencer à avoir pitié de lui, car il se met vraiment dans une situation impossible", commentait Viktor Orbán lors de son émission radiophonique hebdomadaire. Dans une campagne où tous les coups semblent permis, son parti mène la vie dure à l'opposition qui s'est unie dans un grand nombre de localités pour espérer renverser l'hégémonie des conservateurs. Diffamation et calomnie des concurrents par voie de presse, candidatures bidon pour diluer les votes adverses, distribution de pommes de terre gratuites et de cadeaux en tous genres aux retraités dans chaque municipalité Fidesz du pays émaillent la campagne.
Et parfois les coups sont vraiment très bas. Les habitants de Budaörs, une ville de la banlieue aisée de Budapest, ont eu la surprise de recevoir samedi dernier dans leur boîte à lettres des courriers les invitant à consulter un lien sur internet : une vidéo pornographique de douze minutes de leur maire, Tamás Wittinghoff, en compagnie d'une personne présentée comme une prostituée. Le maire de la ville depuis 1990, seul opposant au Fidesz pour ce scrutin, a expliqué être tombé dans ce piège il y a quatre ans et avoir fait l'objet de chantage avant sa diffusion. C'est, selon lui, "la manœuvre la plus sordide depuis le changement de régime". Mais peut-être pas la dernière, puisqu'il reste encore une longue semaine de campagne à endurer.