La presse britannique s'indigne face à certaines critiques émises par Harry et Meghan à l'encontre des Windsor dans leur documentaire
La presse britannique s'est montrée très critique vis-à-vis des trois premiers épisodes du documentaire Harry&Meghan diffusé sur Netflix, où le duc et la duchesse de Sussex n'ont pas mâché leurs critiques contre les Windsor.

- Publié le 08-12-2022 à 18h01
- Mis à jour le 09-12-2022 à 19h28

Il fut un temps où le couple Harry et Meghan était loué par l'intégralité des médias outre-Manche, parce qu'il représentait l'avenir moderne de la monarchie britannique. Ce temps est aujourd'hui révolu. Sans doute irrémédiablement.
Alors que la plateforme Netflix a diffusé jeudi matin trois des six épisodes de son documentaire Harry&Meghan, les tabloïds britanniques se sont montrés très critiques, voire même dévastateurs. Ce qui n'est guère étonnant tant ils ont été pris pour cible par le jeune couple. Le Daily Mail titre ainsi sur "la colère du palais (de Buckingham) vis-à-vis du Megflix", contraction de Meghan et Netflix, après leurs accusations à peine voilées contre certains membres de la famille royale. Un angle repris par la plupart des quotidiens britanniques. De son côté, dans The Sun, le journaliste Piers Morgan dénonce les nombreux "mensonges d'un documentaire qualifié de 'marathon de pleurnichage'".
"Aucun membre de la famille royale n'a été approché pour donner un commentaire", affirment le Daily Mail, ainsi que la BBC, alors que Netflix assure dès le début du documentaire que la famille royale a refusé d'y participer.
Le biais raciste "inconscient" de la famille royale
Mais les journaux s'indignent surtout des critiques du duc et de la duchesse de Sussex envers les Windsor. Sur la question du racisme, qui occupe une place prépondérante dans le documentaire. "Dans cette famille, tu fais parfois partie du problème, plus que de la solution", affirme Harry, fils cadet du roi Charles III. "Il y a un niveau énorme de biais inconscient." Il raconte ainsi que s'être déguisé, à l'âge de vingt ans, en soldat nazi demeure "l'une des plus grandes erreurs de [sa] vie […] Mais j'ai appris de cela, plutôt que de répéter cette erreur."
Harry se positionne ainsi en contrepoint du reste de sa famille, qui continuerait inconsciemment à glorifier l'esclavage, à travers l'accent placé par la reine Elizabeth II sur le Commonwealth, une organisation qui regroupe principalement les anciennes colonies britanniques, et les œuvres d'art représentant des esclaves présentes dans les collections royales.
Le prince Harry s'est imposé comme "devoir de défendre [sa] famille", pour éviter qu'elle subisse le même sort que sa mère Diana, décédée en 1997 dans un accident de voiture à Paris après avoir tenté d'échapper à des paparazzis. Il s'indigne donc du refus de "la direction du Palais" et de "certains membres de la famille" de protéger sa fiancée alors qu'un élément fondamental change la donne : "L'élément racial." A ses yeux, Meghan a été poursuivie par les tabloïds et les paparazzis par racisme.
Un couple qui se met en scène depuis le début
Pour Arndt Striegler, journaliste allemand installé depuis 1986 à Londres et spécialiste des questions royale, Harry et Meghan "ont utilisé la carte du racisme pour se mettre en lumière, ce qui n'est pas étonnant vu que cette série vise avant tout le marché américain. Pourtant, jusqu'à leur décision de quitter la famille royale, les journaux étaient très positifs car elle était pressentie comme capable de secouer cette poussiéreuse maison des Windsor".
Le spécialiste s'étonne aussi, et il n'est pas le seul sur les réseaux sociaux, du fait que les Sussex "ont commencé à se filmer eux-mêmes, dès le début de leur relation. Cela me fait dire qu'il y avait un plan à long terme, qu'ils voulaient faire ce documentaire depuis le début. Sinon, quel jeune couple follement amoureux aurait comme priorité de se filmer en permanence ?"
A ce propos, l'éditorialiste du Sun Piers Morgan s'est moqué sur Twitter d'une remarque de Harry prononcée à propos du père de Meghan : "C'est incroyable ce que les gens sont prêts à faire lorsqu'on leur offre une énorme somme d'argent : remettre des photos pour créer une histoire." Signé le prince Harry, qui a été payé 90 millions de livres sterling (103 millions d'euros, NdlR) par Netflix pour donner des photos et créer une histoire. C'est hilarant".
Les Windsor ont fait savoir qu'ils ne répondront pas aux affirmations du film. Le moment est délicat pour Charles III, en pleine période de construction de sa légitimité, après le décès de sa très populaire mère, qui a représenté pendant septante la monarchie. En visite jeudi dans la ville de Luton, il a d'ailleurs refusé de dire s'il avait regardé les trois épisodes. Une chose semble certaine : "Je sais par quelqu'un qui travaille depuis trente ans au palais de Buckingham que la confiance entre Charles et Harry a complètement disparu", poursuit Arndt Striegler. "Il faudra du temps pour la reconstruire."