Suite aux déclarations de Donald Trump sur l'Otan, les Européens doivent se remettre en question
L'ex-Président américain, qui tente de revenir à la Maison-Blanche, affirme que les États-Unis ne viendraient pas en aide aux Européens s'ils étaient attaqués par la Russie, parce que ces derniers n'investissent pas assez dans leur défense.
- Publié le 12-02-2024 à 19h07
- Mis à jour le 13-02-2024 à 15h06

Retour vers le futur. Alors que Donald Trump sera, selon toute vraisemblance, le candidat du Parti républicain pour l'élection présidentielle de novembre prochaine, les Européens se retrouvent dans l'inconfortable situation qui était la leur quand l'intéressé était à la Maison-Blanche. Les pays européens membres de l'Otan sont à nouveau dans l'expectative et le doute quant à la solidarité que leur témoigneraient les États-Unis, en cas de conflit militaire, si le milliardaire populiste devait redevenir Président.
Lors d'un meeting électoral, organisé samedi dernier en Caroline du Sud, le discours du candidat Trump a fait écho aux propos du président Trump (2017-2021). Celui-ci morigénait les pays européens membres de l'Otan, parce que la plupart d'entre eux ne respectent pas l'engagement pris en 2014 de consacrer au moins 2 % de leur produit intérieur brut aux dépenses pour la défense, et se reposent sur la protection qu'offre le parapluie américain. Non sans raison : selon l'Alliance, seuls onze de ses trente et un membres ont atteint ce seuil de 2 % en 2023. Ils seront une vingtaine cette année, assure l'Otan.

Les Européens piqués au vif
La critique émise par Donald Trump est en soi un message répété par tous les présidents des États-Unis. Mais Donald Trump va plus loin, menaçant à nouveau de délier son pays des obligations d'assistance mutuelle en cas d'attaque, qui incombent aux membres de l'Otan, en vertu de l'article 5 du traité de l'Alliance atlantique. Il a ainsi fait état samedi à ses partisans d'une discussion qu'il aurait eue avec "un des présidents" (non nommé) d'un pays européen de l'Otan : "'Monsieur, si on ne paie pas et qu'on est attaqué par la Russie, est-ce que vous nous protégerez ?'. Non, je ne vous protégerais pas. En fait, je les encouragerais à faire ce qu'ils veulent. Vous devez payer vos factures."
Ces commentaires ont suscité des répliques au ton inhabituellement vif sur le Vieux continent, secoué par la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine. "Suggérer que des alliés ne se défendraient pas les uns et autres mine notre sécurité à tous, y compris celle des États-Unis et met la vie de soldats américains et européens en danger", a déploré lundi le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, dans un communiqué adressé aux médias. "Je m'attends à ce que, qui que soit le vainqueur de l'élection présidentielle, les États-Unis restent un allié fort et engagé de l'Otan", a complété le Norvégien.
À l'époque où nous vivons, une alliance militaire ne peut fonctionner au gré de l'humeur du président des États-Unis. Ce n'est pas : 'oui, non, demain, non, ça dépend'. Allons ! L'Otan existe ou bien n'existe pas"
"Soyons sérieux ! L'Otan ne peut être une alliance à la carte", a pesté de son côté à Bruxelles le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell avant la réunion informelle des ministres européens du Développement, organisée par la présidence belge du Conseil de l'UE, lundi, à Bruxelles. "À l'époque où nous vivons, une alliance militaire ne peut fonctionner au gré de l'humeur du président des États-Unis. Ce n'est pas : 'oui, non, demain, non, ça dépend'. Allons ! L'Otan existe ou bien n'existe pas", a cinglé l'Espagnol.
"Les déclarations imprudentes ne servent que l'intérêt [du président russe] Vladimir Poutine", a estimé le président du Conseil européen Charles Michel, sur le réseau social X. Et d'insister sur le fait que ces déclarations "réaffirment la nécessité pour l'Union européenne de développer davantage son autonomie stratégique et d'investir plus dans sa défense", tout en conservant "une Alliance forte".
L'Europe doit redoubler d'efforts
L'air de "l'autonomie stratégique européenne" est connu, mais les actes ne suivent pas les mots rapidement. Les pays d'Europe centrale et orientale, Pologne, en tête, ont bien augmenté leurs dépenses militaires – parfois de manière très significative – ces dernières années, mais quatorze des États membres de l'Union européenne faisant partie de l'Otan n'atteignent pas, ou pas encore, le seuil des 2 %. Parmi ceux-ci : la France, l'Allemagne, l'Italie et le très mauvais élève belge (1,13 %).
Par ailleurs, la guerre en Ukraine a confronté les Européens à leurs manquements et à leurs insuffisances. Ils ont certes livré pour des milliards d'euros d'armes à Kiev depuis le début de la guerre, mais ont dû prendre conscience du fait que leur force de frappe militaro-industrielle est insuffisante pour fournir à l'Ukraine l'aide dont elle a besoin, mais aussi pour reconstituer leurs propres stocks. Que Donald Trump soit ou non réélu ne change rien à la situation initiale : les Européens ne sont pas capables d'assurer, seuls, la défense de leur continent.
En visite ce lundi à Untelüss, dans le nord de l'Allemagne, sur le site d'une nouvelle usine de production d'artillerie, le chancelier allemand Olaf Scholz a d'ailleurs appelé les Européens à mettre les bouchées doubles dans ce domaine. "Une défense forte nécessite une base industrielle solide. Celle-ci verra le jour si nous, Européens, regroupons nos commandes, si nous mettons en commun nos moyens et donnons ainsi à l'industrie des perspectives pour les 10, 20 ou 30 prochaines années", a-t-il plaidé.
