La Commission incite les États membres à booster leur industrie de défense
La Commission européenne a proposé mardi une stratégie et un programme pour aider les États membres de l'UE qui le souhaitent à s'équiper plus rapidement en capacités de défense industrielle adéquate, afin de rendre l'Union moins dépendante des États-Unis face à la menace russe.

- Publié le 05-03-2024 à 13h49
- Mis à jour le 05-03-2024 à 13h53

Alors que l'invasion russe en Ukraine a évolué d'une "guerre des stocks" à une "guerre de la capacité industrielle", l'objectif est de produire plus, plus vite et plus européen, comme l'avait affirmé la semaine dernière la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, à Strasbourg. Sans toutefois que la Commission ne fournisse elle-même des armes à partir du budget de l'UE, ni ne se substitue aux décisions des États membres en matière de défense.
La Commission propose que d'ici 2030, la moitié du budget que les États membres consacrent aux marchés publics de défense soient constitués d'achats intra-UE, alors qu'actuellement, 68% des achats d'armement réalisés dans l'Union au profit de l'Ukraine se font auprès de fabricants américains, selon le commissaire européen Thierry Breton, en charge des industries de défense.
Le Français souligne toutefois que ces nouvelles politiques se développent "en étroite coopération avec l'OTAN" et que les standards déployés "sont des standards OTAN". Et de prendre l'exemple du Pentagone, qui dispose d'un mécanisme de commande permettant une réserve supplémentaire à stocker au cas où le besoin s'en fait sentir. "On va faire la même chose."
L'exécutif propose aussi d'étendre les incitants financiers pour les achats conjoints par les États membres, qui ne seront plus disponibles que pour les seules munitions d'artillerie, mais aussi par exemple pour des blindés et autres équipements militaires. D'ici 2030, les États membres sont ainsi invités à acquérir au moins 40% de leurs équipements de défense de manière conjointe. Pour assurer la cohérence entre des industries nationales encore trop peu compatibles, une structure de gouvernance serait créée au niveau UE, sorte de "comité de préparation industrielle dans le domaine de la défense".
L'idée est aussi d'étendre la logique du mécanisme "ASAP", permettant d'utiliser le budget de l'UE pour accroître les capacités de production, ou réorienter plus aisément des lignes de production civile. On cite le soutien à la production de drones au sein de l'UE ou avec l'Ukraine. Un bureau UE d'innovation en matière de défense serait d'ailleurs créé à Kiev.
Un "catalogue" d'armes et d'équipements européens serait constitué pour les États membres, de même que des réserves stratégiques, tandis qu'un mécanisme d'alerte précoce permettrait d'identifier les goulets d'étranglements et les lacunes de la chaîne d'approvisionnement.
Au niveau budgétaire, ce programme européen de défense industrielle resterait largement tributaire des efforts de chaque État membre, mais 1,5 milliard d'euros pourraient être mobilisés dans le budget de l'UE sur la période 2025-2027, selon la Commission.
Le commissaire Breton souligne en outre le potentiel européen par rapport à la Russie. Selon lui, les investissements des États membres en matière de défense représentent actuellement 240 milliards d'euros par an, auxquels il faudra ajouter 143 milliards dès lors que les pays UE membres de l'OTAN se sont engagés à atteindre les 2% du PIB. Il compare ces plus de 380 milliards aux 84 milliards de Moscou, même si cette dernière a dit pouvoir passer à 100 milliards.
Pour autant, il plaide pour mettre à disposition de l'industrie européenne de défense à destination de l'Ukraine les recettes tirées des actifs russes gelés, un dossier non encore réglé entre États membres et sur lequel la Belgique garde un poids prépondérant.
