En Hongrie, un nouvel adversaire de Viktor Orban lève les foules à Budapest : "Un changement est à venir"
Samedi, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour propulser Peter Magyar dans l'arène politique. Ce novice en politique appelle à la démission du gouvernement de Viktor Orban.
- Publié le 07-04-2024 à 15h17

Dimanche matin, sur le site internet du Magyar Nemzet, le journal historique de la droite hongroise, l'on apprenait qu'aux Etats-Unis, le candidat à la présidentielle Donald Trump a levé un montant record de donations ; que le candidat populiste et allié du Premier ministre hongrois Viktor Orban, Peter Pellegrini, a remporté la présidentielle en Slovaquie ; ou encore que le président ukrainien Volodymyr Zelensky conduit l'Ukraine à la faillite… Mais de la manifestation qui a rassemblé la veille des dizaines de milliers de personnes, et peut-être plus de cent mille, devant le Parlement à Budapest, il n'était pas fait mention. "Démission, démission !", a pourtant scandé une immense foule débordant de la place Kossuth qui jouxte le Parlement, à l'appel de Peter Magyar.
Cet avocat de 43 ans, nouveau venu en politique, ambitionne de faire tomber le gouvernement qu'il juge corrompu. Haut-fonctionnaire dans le système Fidesz, il a brutalement rompu avec ce parti de Viktor Orban il y a quelques semaines à peine, à la suite d'un scandale provoqué par la grâce présidentielle accordée à un homme coupable d'avoir couvert les actes d'un pédocriminel. La présidente de la République Katalin Novak a dû remettre sa démission. L'ex-épouse de M. Magyar, Judit Varga, qui avait contresigné la grâce en tant que ministre de la Justice, a dû se retirer de la vie politique.
"Nous savons tous que ce pouvoir est tout sauf chrétien, conservateur et bourgeois [comme il le prétend]. Nous assistons à une tentative désespérée de la classe dirigeante de conserver les richesses et le pouvoir volés", a déclaré Peter Magyar sur la scène dressée devant le Parlement. Issu d'un milieu très conservateur, il propose une troisième voie et veut rallier à lui les déçus du Fidesz, ainsi que tous ceux qui ont perdu tout espoir d'alternance politique et qui ne font plus confiance aux partis traditionnels de l'opposition pour battre un jour Viktor Orban, qui gouverne sans partage depuis quatorze ans. "J'ai toujours voté pour l'opposition, mais je ne suis pas vraiment militant. Je suis venu plus par curiosité et voir ce qu'il propose", témoigne Maté, violoniste professionnel.
En route pour les européennes
Le novice en politique propose un alliage de conservatisme social, qui ne brusquera pas l'électorat traditionnel de la droite, et de protection sociale qui peut séduire à gauche. Dans un discours d'une heure sous un soleil estival, il a mis l'accent sur la lutte contre la pauvreté et l'intégration de la minorité rom, et a opportunément rendu hommage à une grande figure de la gauche hongroise, la sociologue Zsuzsa Ferge, compagne de route du Français Pierre Bourdieu, dont l'on venait d'apprendre le décès. Sur la question européenne, il souhaite solder les conflits liés à l'état de droit par "un dialogue constructif mais critique" avec l'UE.
Visé à plusieurs reprises dans le discours de Peter Magyar, Ferenc Gyurcsany, ex-Premier ministre socialiste et chef de file de l'opposition de gauche, l'a renvoyé à son passé d'homme du Fidesz. Mais c'est du camp gouvernemental que les attaques les plus brutales arrivent, avec le concours de son ex-épouse, restée loyale au gouvernement. Judit Varga a en effet tenté de tuer dans l'œuf son envol politique en le dépeignant comme un mari violent et manipulateur, au cours d'une longue interview vidéo abondamment partagée par le camp du pouvoir.
Malgré cela, en quelques semaines, le renégat a véritablement fait irruption sur la scène politique. La prochaine étape : participer aux élections européennes du 9 juin, en investissant un parti déjà enregistré mais resté coquille vide, en attendant la création de sa propre formation. Un sondage de l'institut Republikon le crédite de 15 % de soutien, ce qui en fait d'ores et déjà la troisième force politique dans l'opinion publique, après le Fidesz et talonnant les sociaux-démocrates de la Coalition démocratique.
"L'émergence de Peter Magyar met fin à des décennies d'hégémonie discordante du Fidesz et de Viktor Orban en Hongrie", écrit sur X (ex-Twitter) l'historien Stefano Bottoni. Selon ce spécialiste de la Hongrie, "le rassemblement d'aujourd'hui était la plus grande manifestation politique depuis 2010 et la plus grande manifestation non parrainée par un parti au pouvoir depuis 1989. Un changement est à venir".
