En Pologne, le parti national-conservateur PiS, évincé du pouvoir, se maintient dans ses fiefs
À la veille du deuxième tour des élections municipales, le parti Droit et Justice (PiS), qui avait été à la tête du gouvernement entre 2015 et 2023 se maintient dans nombreuses communes et régions de l'est et du sud-est du pays. Un avertissement pour les pro européens au pouvoir en vue du scrutin européen du 9 juin.
- Publié le 20-04-2024 à 07h15

Plusieurs millions de Polonais sont appelés à se rendre aux urnes une nouvelle fois ce dimanche 21 avril dans les 748 communes et 60 villes qui n'ont pas réussi à élire leur bourgmestre, lors du premier tour avec plus de 50 % des voix, le 7 avril dernier. La bataille sera féroce à Cracovie, Poznan ou encore Rzeszow. Les résultats des scrutins locaux du 7 avril montrent clairement que les conservateurs du PiS (Droit et Justice), qui avaient perdu les élections législatives du 15 octobre face à une coalition pro-européenne, se maintiennent dans l'est et le sud-est du pays. Le parti arrive en tête, en chiffre absolu, aux élections régionales avec 34,27 % des voix contre 30,59 % pour les libéraux de la coalition civique (KO, le parti du Premier ministre Donald Tusk). Les agrariens et les centristes de la Troisième voie arrivent troisièmes avec 14,21 %, suivis de l'extrême droite de Konfederacja (7,23 %) et de la gauche (6,23 %).
Les scores de chacun sont assez fidèles à ceux des législatives d'octobre et délimitent une division très marquée entre l'est (plutôt acquis au PiS) et l'ouest (votant majoritairement pour les partis de la coalition au pouvoir). Les grandes villes restent, elles, favorables aux libéraux, qui l'emportent au premier tour et ce depuis des années, à Varsovie comme à Gdansk.
Moindre mobilisation des jeunes et des femmes
Comme à l'automne, si on additionne les résultats des trois grandes formations constitutives de la coalition au pouvoir, le PiS perd. Pis, sur les seize régions de Pologne, le parti de Jaroslaw Kaczynski n'en dirigera pour sûr que cinq et la majorité à l'assemblée régionale dépendra d'alliances dans deux autres régions. Soit une perte d'au moins deux régions par rapport aux élections locales de 2018.
La participation est, elle, indubitablement à la baisse avec 52 % (contre 74 % le 15 octobre). Certains y voient le signe d'une démotivation chez les jeunes et les femmes, qui s'était fortement mobilisés le 15 octobre en faveur des démocrates. Il est vrai qu'à cause de ces scrutins locaux, l'examen au Parlement de projets de loi libéralisant l'avortement n'a cessé d'être ajourné, causant des dissensions en interne au sein du pouvoir.
"Le PiS a un électorat stable et la victoire est loin d'être spectaculaire pour la formation de Donald Tusk, alors que le Premier ministre avait mis la barre très haut", analyse la politologue, enseignant à l'Université de Varsovie, Renata Mienkowska, qui estime que "ces résultats risquent d'augmenter les tensions au sein de la coalition au pouvoir" en vue des européennes. Les trois formations, qui commencent à peine leur campagne pour le scrutin qui doit renouveler le Parlement européen ont déjà décrété qu'elles feraient bande à part. Ses eurodéputés pourraient, comme jusqu'à présent, siéger en rangs dispersés entre les bancs du Parti populaire européen (PPE, la famille politique de Donald Tusk) ou encore des libéraux de Renew Europe.
Les médias polonais ne cessent d'ailleurs d'annoncer un remaniement ministériel après les européennes de juin, au sein du gouvernement de Donald Tusk. Celui-ci continue son travail de "nettoyage des écuries d'Augias", après huit ans de national-conservatisme, qui avait à dessein affaibli les contre-pouvoirs notamment au sein de la magistrature. Les commissions d'enquêtes parlementaires sur le scandale de visas distribués contre des pots-de-vin ou les écoutes illégitimes avec le logiciel espion Pegasus révèlent petit à petit l'échelle des abus de l'ancien pouvoir. Le ministre de la justice Adam Bodnar a ainsi récemment révélé que 578 personnes avaient fait l'objet d'une surveillance par le logiciel Pegasus entre 2017 et 2022, un chiffre particulièrement élevé.
L'obstacle du président Duda
Un veto que les forces au pouvoir ne sont pas en mesure de défaire. Ainsi Andrzej Duda a déjà averti qu'il ne serait pas question pour lui d'approuver une loi visant à rétablir l'indépendance du conseil de la magistrature, qui avait été placé sous l'influence du pouvoir politique en 2017. Le texte a pourtant été voté en Chambre basse et n'attend plus que le feu vert du Sénat. "Le président Duda a activement participé à ces changements catastrophiques dans la magistrature sous le PiS, et il s'affiche comme son digne héritier. Cette loi est pourtant modérée, elle permet simplement à des juges de sélectionner d'autres juges comme avant 2017 pour siéger à la tête de cette institution qui nomme les magistrats", souligne la juriste Anna Wojcik.
Alors que le président s'est illustré le mois dernier en bloquant l'accès aux 15 ans et plus à la pilule du lendemain sans ordonnance, les forces pro européennes vont devoir se frotter une nouvelle fois à son veto dans quelques semaines. Elles ont pourtant réussi l'exploit, le 12 avril, de faire passer en commission spéciale quatre textes de loi libéralisant l'avortement à des degrés divers. Une première en presque trente ans. Les formations au pouvoir sont encore divisées sur une légalisation jusqu'à la douzième semaine de grossesse alors que le droit à l'IVG est depuis 2021 limité aux simples cas de viol et de danger pour la santé de la femme enceinte.

