La Russie et la Chine défendent leur alliance comme un facteur de "paix" dans le monde
Vladimir Poutine, en visite diplomatique à Pékin, espère convaincre son homologue Xi Jinping de continuer à soutenir son industrie de guerre, malgré la menace de sanctions américaines contre tout pays qui participe à l'effort de guerre du Kremlin.


- Publié le 16-05-2024 à 19h13

Vladimir Poutine a entamé ce jeudi sa visite diplomatique de deux jours à Pékin. Alors que la Russie et la Chine ont fêté leur 75e anniversaire de relations diplomatiques fin avril, les deux pays cherchent désormais à trouver leur compte au sein de cette alliance, les intérêts économiques étant prioritaires.
Les échanges commerciaux sino-russes ont explosé depuis l'invasion de l'Ukraine, dépassant les 220 milliards d'euros en 2023, selon les douanes chinoises. "La part du rouble et du yuan dans les transactions commerciales entre la Russie et la Chine dépasse déjà 90 %", se félicite Vladimir Poutine, au moment où l'économie russe doit se dédollariser pour surmonter la récession qu'elle subit depuis une dizaine d'années et diminuer sa dépendance vis-à-vis des puissances occidentales.
Bien qu'elles taclent la croissance économique russe, les sanctions occidentales visent surtout à mettre en difficulté la capacité de Moscou à poursuivre son invasion de l'Ukraine : réduire les revenus issus des exportations d'hydrocarbures (charbon et pétrole), geler des avoirs de la Banque centrale russe, limiter l'accès à certaines technologies qui pourraient être utilisées à des fins militaires… Leurs effets sur l'économie russe seront donc graduels et se révéleront à plus long terme. Le Kremlin ne se laisse d'ailleurs pas démonter par de telles mesures – pour l'instant – et se montre prêt à continuer la guerre coûte que coûte.
C'est dans cette optique que Moscou se tourne vers Pékin qui ne l'a jamais condamné. La Chine délivre une interprétation curieuse du conflit, confondant cause et conséquence : il s'agirait d'une énième tentative américaine de l'encercler (en plus de la Russie), le fameux "containment" de jadis.
Terrain d'entente
Tout en affirmant prendre en considération les préoccupations "sécuritaires" de son allié russe, la Chine rappelle néanmoins un principe qui lui est cher : le respect de l'intégrité territoriale de tous les pays… sous-entendu Ukraine comprise. Pékin réaffirme sa position traditionnelle de "non-alignement, non-confrontation et non-ingérence".
Les deux pays ont réussi à s'accorder sur la nécessité d'une "solution politique" au conflit en Ukraine, a déclaré ce jeudi le président chinois Xi Jinping. Vladimir Poutine, lui, s'est dit "reconnaissant" pour les "initiatives" chinoises de paix. Il a également déclaré que les deux pays "approfondissent la coopération nucléaire pacifique", sans donner plus d'informations.
En réalité, la Chine s'adonne à un véritable jeu de subtilités et d'astuces pour préserver sa relation avec la Russie, sans provoquer les États-Unis qui se sont engagés à sanctionner tout pays qui participe à l'effort de guerre russe. Un risque que Pékin ne peut pas se permettre, son économie s'essoufflant depuis quelques mois. Si le soutien économique chinois permet potentiellement à la Russie de renforcer sa production de missiles, de drones et de chars, aucune arme n'est en tout cas directement vendue. La ligne rouge n'est donc techniquement pas franchie pour le moment.
Pourquoi Pékin poursuit cette alliance qui engendre tant de complications potentielles pour lui ? "La relation Chine-Russe aujourd'hui a été durement acquise et les deux parties doivent la chérir et la nourrir", a affirmé Xi Jinping. L'enjeu est également diplomatique : faire bloc face aux forces occidentales. Face à la presse au côté de Xi Jinping, Vladimir Poutine a d'ailleurs jugé "nuisible" toute alliance politique et militaire "fermée" dans la région Asie-Pacifique. Le premier visé est le rival américain, qui coopère avec l'Australie et le Royaume-Uni pour contrer l'influence de Pékin. Le chef du Kremlin a néanmoins précisé que leur alliance "n'est dirigée contre personne". Les deux présidents défendent l'axe Pékin-Moscou comme un facteur de "stabilité" et de "paix" dans le monde.