La droite française singe l'extrême droite sur les réseaux sociaux pour tenter d'enrayer la chute électorale annoncée
Une communication xénophobe des Républicains a provoqué la colère de la gauche, et le malaise dans les rangs du parti.
- Publié le 31-05-2024 à 14h46

Pris en tenaille entre la macronie d'un côté et le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen et Reconquête d'Éric Zemmour de l'autre, le parti Les Républicains (LR) s'est inscrit dans une logique d'imitation de l'extrême droite pour desserrer l'étau et récupérer des électeurs. Ce jeudi, l'élève a tenté de dépasser son maître.
Le parti a partagé sur les réseaux sociaux un article du magazine Valeurs actuelles, étiqueté à l'extrême droite, avec ce titre : L'Algérie transmet officiellement une liste de biens à restituer par la France. Le community manager des LR écrit : "Un message de service à l'Algérie, il faut tout reprendre, les biens et le mal : criminels, délinquants, clandestins, OQTF [NdlR : Obligation de quitter le territoire français]". Il ajoute le hashtag "OneTwoThree" – une référence sarcastique au slogan chanté par les supporters de l'équipe d'Algérie de football "One, two, three, viva l'Algérie" –, ainsi que l'émoji d'un avion. Sur le visuel, il est écrit en lettres capitales : "il faut tout reprendre".
Quant au président des LR, Éric Ciotti, il a relayé une information similaire avec un message plus sobre : "Transmettons également à l'Algérie la liste des délinquants qu'ils doivent reprendre chez eux".
Cette communication des LR a scandalisé la gauche. La patronne des écologistes Marine Tondelier les a invités à reprendre leur dignité. "Voilà comment un sujet sérieux, celui de la restitution des biens issus de la colonisation, se transforme en message destiné à attiser les haines avec de jolis amalgames", a pour sa part commenté le chef des socialistes Olivier Faure, estimant aussi que le tweet était "digne de l'extrême droite".
"Indigne", selon Xavier Bertrand
Même des élus LR n'ont pas caché leur malaise. "La droite républicaine ne devrait pas essayer d'imiter les populistes en espérant gratter quelques voix", a écrit le député Ian Boucard. "Je condamne avec force ce tweet qui ne reflète ni les valeurs ni l'histoire des Républicains", a réagi le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand. "Aucun calcul électoral n'autorise à insulter un pays et son peuple, quelles que soient les divergences qui nous opposent. Je demande le retrait de ce tweet indigne."
"Les codes de ce tweet et l'image utilisée ne correspondent pas à un parti de gouvernement ; on brouille tout", confie un cadre LR à Franceinfo.
Ce tweet, qu'Éric Ciotti ne retirera pas, ne surprend pas Vincent Martigny, professeur de sciences politiques à l'université Nice-Côte d'Azur et à l'École polytechnique, également chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). "Il correspond à la ligne dure des LR portée par Éric Ciotti, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. On constate d'ailleurs depuis une dizaine d'années que, sur des questions comme l'immigration et le respect de l'autorité, les électeurs LR sont presque alignés sur ceux du RN. C'est Nicolas Sarkozy qui avait acté la droitisation de la droite en 2007. Comme les personnalités de droite qui n'étaient pas en phase avec cette nouvelle ligne sont quasiment toutes parties chez Macron en 2017, il ne reste plus aujourd'hui quasiment que la ligne dure. Des cadres LR comme Aurélien Pradié et Xavier Bertrand sont encore attachés à une forme de gaullisme social et à une ligne plus modérée, mais ils sont minoritaires."
La droite dans le mur
Cette ligne dure semble pourtant être une impasse pour la droite, qui n'en finit pas de dégringoler. Valérie Pécresse, qui avait axé sa campagne sur l'identité, l'immigration et la sécurité, n'avait recueilli que 4,8 % au premier tour de l'élection présidentielle de 2022. Selon un sondage commandé secrètement par la droite et réalisé par Ipsos en décembre dernier, les LR perdraient une dizaine de sièges en cas de législatives anticipées, passant de 62 à 53 élus. La même enquête donnait une majorité absolue au RN, avec 278 députés, contre 89 en 2022. Quant aux prochaines élections européennes, les enquêtes d'opinion donnent les LR à 7 % (moins encore que le déjà maigrichon 8,5 % de 2019).
Pour Vincent Martigny, les LR ont trois options devant eux : "Tenter une grande recomposition avec le centre-droit, rester dans leur coin et mourir à petit feu ou être le marchepied du RN – l'option deux n'étant pas incompatible avec l'option trois. La droite est dans une situation où elle peut apporter les 5 ou 6 % d'électeurs qui manqueront à la victoire de Marine Le Pen en 2027".
