L'extrême-droite triomphe aux européennes, Macron dissout l'Assemblée nationale
Raphaël Glucksmann, troisième, a accusé Emmanuel Macron de mener "un jeu extrêmement dangereux avec la démocratie et les institutions".

- Publié le 09-06-2024 à 22h48
- Mis à jour le 10-06-2024 à 10h30

La soirée électorale a été riche en émotions en France. D'abord au moment de l'annonce des résultats à 20h : l'extrême-droite emmenée par le jeune Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement National, a franchi triomphalement la barre des 30 % (à 31,5 % soit 30 sièges au Parlement européen, +8 points par rapport à 2019) comme annoncé depuis des semaines par les sondages. Si l'on ajoute les voix obtenues par Marion Maréchal, égérie de Reconquête (5,5 %) et celles de plus petits candidats pro-Frexit, le bloc d'extrême-droite anti-européen frôle les 40 % en France. Et le camp présidentiel porté par l'inconnue Valérie Hayer, tête de liste Renaissance, s'est pris une claque monumentale, là aussi comme prévu, obtenant moitié moins de suffrages (15,2 %, -7 points par rapport à 2019) après une campagne laborieuse. Le tout sur fond d'une participation de bonne tenue (à 52,5 %).
"Vous redonnez le choix de notre avenir parlementaire"
Puis coup de tonnerre une heure plus tard, à 21h02 précisément : Emmanuel Macron prend la parole depuis l'Elysée pour annoncer qu'il dissout l'Assemblée nationale (comme Jordan Bardella l'avait demandé "solennellement" quelques minutes plus tôt). "J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote". Les Français sont donc conviés aux urnes le 30 juin pour le premier tour des élections législatives et le 7 juillet pour le second tour. "Une décision grave, lourde" a déclaré le chef de l'État. Une décision surprise et risquée, serait-on tenté d'ajouter tant son pari paraît fou. Selon le président de la République, "les partis d'extrême droite, qui, ces dernières années, se sont opposés à tant d'avancées permises par notre Europe, […] progressent partout sur le continent". "Je ne saurai donc, à l'issue de cette journée, faire comme si de rien n'était" a-t-il déclaré. Vient selon lui "un temps de clarification indispensable". "La France a besoin d'une majorité claire" assure-t-il.
La dissolution permet à l'exécutif de sortir d'une situation de crise ou de blocage institutionnel, comme ce fut le cas à plusieurs reprises au cours de la Ve République (en 1962, 1968, 1981 et 1988). Mais cette arme peut se retourner contre celui qui la brandit : c'est ce qui est arrivé en 1997 à Jacques Chirac. Il voulait conforter sa majorité à l'Assemblée mais la victoire de la gauche l'a contraint à une cohabitation avec le gouvernement du socialiste Lionel Jospin. Cette fois, le risque de voir le Rassemblement National rafler la mise dans trois semaines et le camp présidentiel subir une nouvelle déconfiture, est élevé. Emmanuel Macron, on le sait, aime "prendre son risque" et s'imposer comme "le maître des horloges". Pas question pour lui de terminer son mandat dans l'impossibilité de gouverner, l'immobilisme forcé et l'incapacité à porter la moindre réforme. L'animal politique, blessé, veut-il montrer qu'il rugit encore et qu'il peut s'imposer à nouveau au centre du jeu ? Prend-il Jordan Bardella au mot dans le seul espoir de le voir échouer, une fois nommé à Matignon, et donc abîmer les chances de son parti nationaliste en vue de 2027 ? Il est trop tôt pour le dire.
Cette décision lourde de conséquences a provoqué un flot de réactions au sein de la classe politique. Sans surprise, Marine Le Pen (RN) s'en est réjouie, elle qui considère son parti comme la "grande force d'alternance". Quelques minutes plus tôt, son poulain Jordan Bardella avait pris la parole pour expliquer que les Français souhaitent "voir l'Union européenne changer d'orientation pour aller vers davantage de démocratie, de protection, de considération pour les peuples d'Europe". Au passage, il s'était félicité de "la déroute sans précédent du camp présidentiel", lui qui espérait faire de cette élection un "référendum anti-Macron".
"Un jeu extrêmement dangereux"
Raphaël Glucksmann a quant à lui accusé Emmanuel Macron de mener "un jeu extrêmement dangereux avec la démocratie et les institutions". La tête de liste du Parti Socialiste-Place Publique a réalisé une percée que personne n'aurait pu envisager au début de la campagne (à 14 %, le double d'il y a cinq ans). Pour autant, "je n'ai pas l'âme à la fête" a-t-il précisé, compte tenu de la victoire cinglante du RN. Avant de faire une promesse : "Nous allons travailler pour faire émerger une alternative cohérente, puissante, ferme et enthousiasmante au repli nationaliste".
De leur côté, les Insoumis (8,7 %) ont réalisé un score légèrement meilleur qu'en 2019 mais bien inférieur à celui de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022 ; les Ecologistes (5,2 %, -8 points par rapport à 2019) s'effondrent et les Républicains (7,2 %) subissent un nouveau revers électoral. Si leur président Éric Ciotti estime que la dissolution est "la seule solution", l'ex-candidate du parti à la présidentielle Valérie Pécresse craint sur X (ex-Twitter) que cela revienne "à jouer à la roulette russe avec le destin du pays".
Gérard Larcher, le président du Sénat, craignait une "gueule de bois démocratique" à l'issue des résultats des élections européennes en France. Il ne croyait pas si bien dire…
