Kaja Kallas, une Estonienne qui ne mâche pas ses mots face à Vladimir Poutine, à la tête de la diplomatie européenne
En perte de vitesse dans son pays, la Première ministère estonienne Kaja Kallas a été choisie par les leaders des Vingt-sept comme prochaine Haute représentante de la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE.
- Publié le 26-06-2024 à 22h13
- Mis à jour le 27-06-2024 à 23h54

Comme attendu, la Première ministre estonienne Kaja Kallas accède au poste de Haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères. Elle a reçu l'aval des dirigeants des Vingt-sept (à l'exception de celui du Hongrois Viktor Orban), lors du Conseil européen qui a lieu à Bruxelles ces 27 et 28 juin. Dans ce cas, cette libérale de 46 ans, qui ne mâche pas ses mots sur la Russie de Vladimir Poutine, deviendra la première représentante de la région d'Europe centrale et orientale à accéder à une telle position. "Kaja Kallas est une très bonne candidate, elle connaît très bien les problèmes de notre région et comprend les réalités ukrainiennes et russes […] Je serais très heureux qu'elle soit nominée", s'est ainsi réjoui Donald Tusk, le Premier ministre polonais. Ancien président du Conseil européen, ce dernier a joué les négociateurs dans le dossier.
Kaja Kallas, qui a été eurodéputée de 2014 à 2018 (trois ans après son entrée en politique en Estonie en tant que parlementaire), connaît bien les arcanes européens. La politique, c'est même une affaire de famille chez les Kallas : son père Siim fut commissaire européen des Transports entre 2010 et 2014 (et Premier ministre en Estonie entre 2002 et 2003, après avoir navigué à la tête de plusieurs ministères dans son pays).
Fille et petite-fille de déportés au goulag
En tant que fille et petite-fille de déportés au goulag en Sibérie (sa mère n'avait que six mois quand sa propre mère a été embarquée dans un wagon à bestiaux en 1940, comme des milliers d'autres Estoniens), Kaja Kallas n'hésite pas à plaider la cause de l'Ukraine au sein d'une Union parfois timide, sur la question de l'aide militaire ou de l'adhésion de Kiev, au tout début de l'invasion russe le 24 février 2022. Une posture qui lui a permis d'atteindre le pic de sa popularité au printemps 2022, commente Bartosz Chmielewski, analyste au sein du "Centre d'études orientales", OSW, un groupe de réflexion polonais : "Le public a apprécié l'image d'une Première ministre s'exprimant dans les salons européens, soutenant les efforts des Ukrainiens, souvent au mépris du courant européen dominant, et déplaçant le centre de gravité du débat pour aider l'Ukraine".
Sa nomination européenne tombe à pic, alors que sa cote a pâli en Estonie. La faute à une série de réformes impopulaires impliquant de nouvelles taxes, et un récent scandale qui a touché son mari, une figure connue dans le pays. Le média de service public ERR a en effet révélé à l'été 2023 qu'Arvo Hallik possédait 25 % de parts dans une entreprise qui continuait indirectement de commercer avec la Russie. Une information qui cadre mal avec les plaidoiries de sa conjointe évoquant un "Etat sponsor du terrorisme" quand elle parle du voisin russe. "Pour une grande partie des Estoniens, c'était inacceptable qu'en privé elle puisse tolérer ce qu'elle critiquait publiquement", souligne Bartosz Chmielewski. Pour Kaja Kallas, qui avait été reconduite à la tête de l'exécutif en mars 2023, et dont 71 % de sondés jugeaient huit mois plus tard qu'elle ferait bien de démissionner, une échappée bruxelloise s'avère salvatrice.

