Un faux pas inaugural puis "une faute politique majeure": comment le rêve de François Bayrou s'est fracassé sur la réalité
Renversé par l'Assemblée nationale, François Bayrou a démissionné de ses fonctions. Décryptage.

- Publié le 10-09-2025 à 06h38

Alors qu'il avait joué le rapport de force pour obtenir d'être nommé par Emmanuel Macron, François Bayrou a commis une maladresse dès le troisième jour de son mandat en gagnant Pau, en Falcon, pour présider son conseil municipal. "J'aurais préféré qu'il prenne l'avion pour Mayotte", victime d'un terrible cyclone, cingle alors la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.
Ce faux pas inaugural annonçait une gouvernance marquée par l'hésitation, l'entêtement et l'immobilisme. L'agenda parlementaire s'est vite révélé famélique, l'Assemblée "en bore-out", selon Libération. Les grands chantiers annoncés – proportionnelle, Algérie, retraites – ont été ajournés, édulcorés ou jetés aux oubliettes.
Le conclave sur les retraites fut enterré un beau matin, après que François Bayrou a édicté comme ligne rouge : "Pas de retour à 62 ans". Résultat : négociations gelées et syndicalistes échaudés. À la sortie de l'hiver, il est rattrapé par l'"affaire Bétharram", l'établissement scolaire catholique privé de la région de Pau avec lequel il entretient des liens. Ses explications suscitent le doute sur ses possibles responsabilités.
Lui qui appelait depuis quarante ans au dépassement des clivages droite-gauche et au dialogue n'a pas noué de liens précieux avec ses ministres ou les députés de tous bords, n'a pas opéré en équipe ni joué collectif. Même à gauche, où il aurait pu tendre des perches, il a laissé filer les occasions. Ni discussion avec Olivier Faure ni rencontre régulière avec François Hollande. Une carrière entière à théoriser l'ouverture, pour finalement gouverner seul.
Le déficit comme sujet inévitable
Ses erreurs ne s'arrêtent pas là. "La faute politique majeure de François Bayrou est de ne pas avoir avancé sur la proportionnelle dans l'élection des députés", analyse Olivier Costa. Une réforme attendue, susceptible de séduire l'opposition, mais qu'il n'a pas menée à son terme.
La sanction populaire fut sévère. Un sondage Ifop publié à la veille de sa sortie révélait un taux d'approbation de 19 %, record d'impopularité pour un Premier ministre en exercice.
Pour tenter de sauver son mandat, Bayrou s'est rabattu sur la question budgétaire, un sujet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. À la mi-juillet, il dressait devant le pays un plan d'austérité de 44 milliards d'euros, avec la suppression de deux jours fériés.
Un mois plus tard, il dézingue sur le plateau de TF1 "le confort de certains partis politiques et des boomers". "On peut quand même mettre à son crédit le fait d'avoir sensibilisé l'opinion publique sur l'endettement", tempère le politologue Olivier Rouquan. S'il n'a mené aucune réforme structurante, il a imposé le déficit comme sujet inévitable. "Désormais, aucun parti ne peut ignorer cette question-là", note encore Olivier Costa. Mais est-ce vraiment suffisant pour marquer l'histoire de Matignon ?
Au bout du compte, le rêve de François Bayrou – ce poste de Premier ministre qu'il convoitait depuis une décennie, après avoir échoué trois fois à l'Élysée – s'est fracassé sur la réalité.
Lui qui se voulait héritier d'Henri IV est resté figure de l'immobilisme. Et son passage à Matignon ne laissera sans doute qu'un drôle de souvenir : celui d'un homme célèbre pour avoir enfin touché son Graal… et n'avoir rien su en faire.
