Qui est Mette Frederiksen, la "Dame de fer scandinave" classée personnalité la plus influente sur la politique européenne derrière Trump
Le site Politico estime que la Première ministre impose durablement sa vision pragmatique, notamment sur l'immigration, à ses partenaires européens.
- Publié le 10-12-2025 à 18h52

A 48 ans, la Première ministre danoise Mette Frederiksen savoure son dernier succès depuis son arrivée au pouvoir en 2019 après avoir persuadé ses partenaires européens de rallier sa politique migratoire ultra-restrictive destinée à freiner l'immigration illégale en Europe. Son poids dans l'Union européenne est devenu tel que le site d'information Politico l'a classée cette semaine deuxième personnalité la plus influente sur la politique européenne derrière Donald Trump. "Nous vivons tous dans l'Europe de Mette Frederiksen. Nous ne le savons tout simplement pas encore" commente le site spécialisé dans l'actualité européenne et internationale. Elle est directement suivie dans ce classement, qui recense 28 personnalités (dont aucun Belge), par Friedrich Merz, Marine Le Pen et Vladimir Poutine
Lundi dernier, le Danemark, qui assure la présidence tournante de l'UE, a réussi à faire adopter le projet-phare de sa présidence : créer des centres de traitement des demandes d'asile en dehors des pays européens et mettre en œuvre des procédures plus efficaces de renvoi des réfugiés déboutés chez eux.
"L'immigration qui est la plus grande menace pour les pays nordiques", selon elle, menaçant "la cohésion de notre société", constituera l'une de ses cartes maîtresses, permettant à son parti social-démocrate, qu'elle préside depuis 2015, de reconquérir le pouvoir aux élections de 2019.
Pragmatique, elle n'a aucun scrupule à copier les méthodes musclées de l'extrême droite, prônant "l'immigration zéro" pour ramener une frange de son électorat tenté par le vote populiste, et gagne son pari. Elle entre dans l'histoire du Danemark en devenant, à 41 ans, la plus jeune cheffe de gouvernement mêlant, sans complexes, politique sociale de gauche et mesures migratoires de droite radicale.
Avec son franc-parler, celle qu'on surnomme la "Dame de fer scandinave", déroute jusqu'aux instances européennes, affirmant son droit d'être "critique vis-à-vis des priorités politiques de la coopération européenne, sans être cataloguée d'eurosceptique", refusant entre autres l'élargissement de l'UE, estimant que les nouveaux candidats des Balkans "n'étaient pas prêts".
Quitte à faire cavalier seul, en entraînant son pays à défendre bec et ongles l'Ukraine dès le début de l'invasion russe en 2022, lui octroyant la plus grande aide militaire et civile, per capita, en Europe. Face à la menace de la Russie, elle engage un réarmement massif historique du royaume et ouvre le service militaire aux femmes.
Avec son langage direct, elle ne prend pas de gants et n'hésite à fustiger le président américain Donald Trump qui avait proposé pour la première fois en décembre 2019, durant son premier mandat, d'acquérir le Groenland, qualifiant cette proposition d' "absurde" et continuera à lui tenir tête face à ses tentatives répétées depuis janvier dernier de prendre le contrôle de ce territoire danois de l'Arctique.
Mais la popularité de Mette à l'étranger, notamment sur la scène migratoire, a peu d'effet sur son électorat devenu critique face à ses priorités internationales, entre autres en Ukraine, au détriment des préoccupations intérieures comme la hausse du coût de la vie et les pensions.
Plébiscitée à 79 % son apogée en avril 2020 pour sa gestion du Covid, Mette Frederiksen, l'intouchable, a rétrogradé à 33 % d'avis favorables aujourd'hui selon un sondage Epinion et son parti a régressé à 18 % contre 27,5 % au scrutin de 2022.
