La réaction timorée des Européens après l'opération américaine au Venezuela témoigne de leur embarras
Ils ne reconnaissaient pas Nicolas Maduro comme le président légitime du Venezuela mais insistent sur le respect du droit international, sans condamner ouvertement l'action de Washington.
- Publié le 04-01-2026 à 21h07
- Mis à jour le 05-01-2026 à 12h24

L'intervention unilatérale menée par les États-Unis au Venezuela pour capturer le président Nicolas Maduro a pris l'Union européenne (UE) et ses États membres par surprise et les place dans une position inconfortable. Ils ne déplorent pas le départ du Nicolas Maduro, qu'ils ne considéraient pas comme un leader démocratiquement élu, et se gardent de condamner explicitement l'opération américaine, menée en dehors des clous du droit international. Mais ils n'en expriment pas moins leur préoccupation, à mots couverts, vis-à-vis de cette façon de procéder.
Pas de regret de Maduro
L'éviction du pouvoir de celui qui avait succédé en 2013 à feu le leader bolivarien Hugo Chavez ne suscite aucun regret de ce côté-ci de l'Atlantique. Bien au contraire. "Le peuple vénézuélien est aujourd'hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s'en réjouir", s'était tôt félicité le président français Emmanuel Macron, via les réseaux sociaux. "Nicolás Maduro a conduit son pays à la ruine. Les dernières élections étaient truquées […] Maduro a joué un rôle problématique dans la région", avait enchéri le chancelier allemand Friedrich Merz, via les mêmes canaux.
Les Européens ne considéraient plus Nicolas Maduro comme le président légitime du Venezuela, depuis sa victoire au scrutin de fin juillet 2024, entachée de très lourds soupçons de fraude massive, et suite à la politique de répression de l'opposition. Cette position a été rappelée par la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, après que Nicolás Maduro a été capturé par les forces américaines et exfiltré aux États-Unis. Elle a été répétée dans une déclaration de l'Estonienne, soutenue par les ministres des Affaires étrangères de vingt-six des vingt-sept États membres – la Hongrie manque à l'appel – publiée dimanche soir.
Mais d'autre part, les Européens qui n'ont de cesse d'insister sur le respect du droit international – et en particulier dans celui de la guerre d'agression menée par la Russie en Ukraine, doivent constater qu'il a été bafoué par leur allié. Les États-Unis conservent ce statut, quand bien même les relations transatlantiques n'ont jamais été aussi compliquées et tendues que depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Les Européens marchent sur des œufs avec Washington, et veillent à ne pas s'attirer les foudres de l'Administration Trump. Celle-ci n'est pas très bien disposée à leur endroit, comme en témoignent les passages acerbes de la récente stratégie nationale de sécurité portant sur l'Europe. Les Européens restent dépendants des États-Unis pour assurer leur sécurité, appuyer l'Ukraine et négocier la fin du conflit avec la Russie. L'Union cherche également à éviter de donner à Washington la moindre raison de rouvrir les hostilités commerciales, éteintes (?) après l'accord conclu durant l'été.
Réactions prudentes
C'est à l'aune de cette réalité géopolitique qu'il faut comprendre la prudence des positions publiques des dirigeants européens vis-à-vis de l'opération "Absolute resolve" menée par les Américains. Kaja Kallas et les vingt-six ministres des Affaires étrangères ont appelé "tous les acteurs au calme et à la retenue", sans citer nommément les États-Unis, aqui menacent pourtant d'employer à nouveau le Venezuela, si la présidente par interim Delcy Rodriguez ne se plie pas à la volonté de Washington. L'usage de la force par Washington pour déloger Nicolás Maduro de Caracas n'a pas été explicitement condamné par les leaders européens. "L'évaluation juridique de l'intervention américaine est complexe et nécessite un examen attentif", a reconnu le chancelier Merz, soulignant que "le droit international reste le cadre de référence".
Proche de Donald Trump, Giorgia Meloni est allée un pas plus loin… dans la direction de Washington. "Conformément à la position historique de l'Italie, le gouvernement estime que l'action militaire extérieure n'est pas la voie à suivre pour mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère en même temps comme légitime une intervention de nature défensive contre les attaques hybrides contre sa propre sécurité, comme dans le cas d'entités étatiques qui alimentent et favorisent le trafic de drogue", a jugé la dirigeante post-fasciste, reprenant en partie le récit américain.
La déclaration des Vingt-six montre cependant que l'Union n'est pas convaincue, pour ne pas dire "pas dupe", des raisons avancées par l'Administration Trump pour agir. Oui, les Européens considèrent également comme une priorité la lutte contre le crime transnational et le trafic de drogues, mais soulignent "en même temps que ces défis doivent être relevés grâce à une coopération soutenue, dans le plein respect du droit international et des principes d'intégrité territoriale et de souveraineté". La critique de l'intervention américaine est voilée, en tout cas certainement, moins directe que celle énoncée plus tôt dans la journée par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. "L'Espagne n'a pas reconnu le régime de Maduro. Mais elle ne reconnaîtra pas non plus une intervention qui viole le droit international et plonge la région dans l'incertitude et le bellicisme", a déclaré M. Sanchez, via le réseau X.
Appel au respect du droit international
L'annonce du président Trump que les États-Unis allaient temporairement diriger le Venezuela, sans préciser pendant combien de temps, est accueillie avec embarras du côté européen. L'opposition à ce projet s'exprime à demi-mot. "Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024 (et réfugié en Espagne, NdlR), puisse assurer au plus vite cette transition", a indiqué Emmanuel Macron. "Respecter la volonté de la population vénézuélienne reste la seule façon pour le Venezuela de restaurer la démocratie et de résoudre la crise actuelle", estiment les ministres européens.
"Nous tenons aux côtés de la population du Venezuela et nous soutenons une transition pacifique et démocratique. La solution, quelle qu'elle soit, doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies", a plaidé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. C'est également la position relayée dans la déclaration des Vingt-six. Qui mettent en avant le fait "que les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont une responsabilité particulière pour maintenir ses principes, en tant que pilier de l'architecture de sécurité internationale". L'allusion aux États-Unis qui en sont des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu est claire. Sans, toutefois, que le doigt soit directement pointé vers Washington.
Donald Trump ne fait de toute façon pas grand cas de l'avis des Européens, et le droit international ne semble en rien être un frein à son appétit territorial. Enhardi par son "succès" vénézuélien, le président américain a de nouveau exprimé, durant la nuit de dimanche à lundi, son intention de prendre, de gré ou de force, le contrôle du Groenland, territoire autonome sur lequel le Danemark, membre de l'UE, de l'Otan et allié des États-Unis, exerce sa souveraineté.

