Au Groenland, une idée "absurde" de Macron et "deux dates mystère" qui interrogent
Les milieux politiques groenlandais et danois appréhendent un coup de sang d'un président américain imprévisible.
- Publié le 07-01-2026 à 06h31
- Mis à jour le 07-01-2026 à 10h00

"Nous avons besoin du Groenland, absolument, pour la sécurité des États-Unis." Donald Trump n'a cessé, depuis plus d'un an, et notamment ces derniers jours au lendemain de l'intervention armée au Venezuela, de marteler dans les médias américains cette phrase qui revient comme un leitmotiv. Et à chacune de ses interventions médiatiques, la réponse est toujours la même : "naamik" (non) à Nuuk, capitale de ce territoire autonome danois de l'Arctique, et "nej" à Copenhague, la métropole.
"Non, le Groenland n'est pas à vendre. Il appartient aux Groenlandais", répètent depuis des mois à l'unisson le Premier ministre inuit Jens-Frederik Nielsen et la cheffe du gouvernement danois Mette Frederiksen. Face aux annonces pressantes de l'occupant de la Maison-Blanche, les sentiments de nervosité et de crainte ont gagné les milieux politiques groenlandais et danois, qui appréhendent un coup de sang d'un président imprévisible.
Et si Donald Trump allait jusqu'au bout de sa menace d'annexer le Groenland, passant outre les protestations de l'Union européenne, de nombre de pays européens et du Canada ? La question hante le Danemark et sa province arctique, d'autant que le président américain avait confié, lundi 5 janvier, à bord d'Air Force One, qu'il allait se "préoccuper du Groenland dans environ deux mois" et qu'il allait "en parler dans 20 jours".
La classe politique, les analystes et l'opinion publique à Nuuk et Copenhague s'interrogent sur "ces deux dates mystère". Vont-elles sonner le glas pour le Groenland ?
"Impopulaire"
"J'ai du mal à imaginer une initiative concrète de prise de contrôle à ces dates, car cela ne pourrait se faire que par la force militaire", déclare à La Libre Peter Viggo Jakobsen, professeur associé à l'institut d'études stratégiques et de guerre de l'Académie danoise de défense.
Sceptique, il "ne pense pas que les États-Unis iront jusque-là. Ce serait extrêmement impopulaire, tant sur le plan intérieur qu'international, d'autant que le Groenland est une démocratie qui n'a rien à voir avec le Venezuela". Jugeant "la probabilité d'une intervention au Groenland très faible", il n'exclut toutefois "rien avec cette administration américaine"…
Certes, la Première ministre danoise a rappelé que "le Royaume du Danemark – et donc du Groenland – est membre de l'Otan et bénéficie à ce titre de la garantie de sécurité de l'Alliance" contre toute agression à son intégrité territoriale. Mais une garantie qui ne pèse pas lourd dans ce cas, selon cet analyste. "L'Otan ne peut pas intervenir face aux États-Unis en tant qu'organisation, car ces derniers disposent d'un droit de veto. En outre, les Américains possèdent une grande partie des capacités militaires qui permettent à l'Alliance de combattre."
Cette force (européenne) n'aura aucune valeur militaire et ne fera que provoquer les États-Unis.
L'idée avancée en janvier dernier par la France de déploiement d'une petite force européenne au Groenland pour témoigner de sa solidarité avec le royaume du Danemark est "absurde", estime également M. Jakobsen. "Cette force n'aura aucune valeur militaire et ne fera que provoquer les États-Unis si elle est déployée à cette fin", pense-t-il. Il serait en revanche "plus judicieux", ajoute-t-il, "de prendre ses distances politiquement avec Washington et de menacer les États-Unis de sanctions économiques en cas d'annexion du Groenland". "L'UE est une puissance économique considérable, mais une puissance militaire dérisoire, et il est donc insensé de menacer les États-Unis d'une action que l'on ne peut soutenir par la force."
Impuissants
D'autres analystes envisagent le pire, à l'instar du professeur en sciences politiques de l'université d'Aarhus Rasmus Bruun Pedersen. "Les États-Unis vont probablement bientôt faire ce qu'on appellerait, dans le jargon mafieux, une 'offre qu'on ne peut refuser'. La pression sur l'autonomie du Groenland sera énorme, et les États-Unis exigeront soit un référendum sur l'indépendance, soit l'accès aux matières premières et aux ressources naturelles", prévoit-il, cité par le quotidien Kristelig Dagbladet.
Plus prudent, Jeppe Strandsbjerg, professeur associé au Centre d'études sur la sécurité arctique à l'Académie danoise de défense, explique, dans les colonnes du même journal, qu'il "a du mal à imaginer un recours à la force de Donald Trump". Mais "il se pourrait qu'à un moment donné, Trump trouve une raison concrète pour justifier une présence américaine accrue au Groenland afin d'y renforcer la sécurité, prétextant la présence de ces navires russes et chinois qu'il prétend voir naviguer au large des côtes groenlandaises".
Deux scénarios redoutés par les dirigeants groenlandais et danois, impuissants face à l'obsession tenace de Donald Trump de s'emparer du Groenland depuis son premier mandat en 2017.