Les Européens se présentent en ordre dispersé au Conseil de la paix de Donald Trump. Ou pas du tout
Membre de la nouvelle structure, la Hongrie était présente à la première réunion. La Commission était là, en observatrice, comme certains États membres. D'autres, brillaient par leur absence.
- Publié le 19-02-2026 à 19h16
- Mis à jour le 19-02-2026 à 19h17

Y aller, ou pas ? Quelque 45 pays étaient représentés, jeudi, à la première réunion du "Conseil de la paix pour Gaza", créé et dirigé par le président américain Donald Trump. Le chef de la diplomatie israélienne Gideon Sar ainsi que le Palestinien Ali Shaath, chef de l'administration à Gaza ont fait le déplacement à Washington. Le président argentin Javier Milei, ainsi que son homologue albanais Edi Rama ont honoré l'invitation, tandis que plusieurs pays arabes, d'Asie centrale, la Turquie, l'Indonésie, le Cambodge, le Pakistan étaient aussi représentés, parfois au plus haut niveau. On notait aussi la présence du... président du patron du football mondial, Gianni Infantino - celui-là même qui a décerné à Donald Trump le prix de la paix de la Fifa. La Russie, la Chine, le Brésil et le Mexique ont snobé l'événement ; le Canada a été "désinvité" par Donald Trump. Le Japon et la Corée du Sud y ont envoyé un observateur, comme la Suisse et le Royaume-Uni. Le Vatican, a refusé l'invitation, exprimant sa préoccupation "qu'au niveau international, ce soit surtout l'Onu qui gère ces situations de crise".
L'Union européenne et plusieurs de ses États membres ont fait acte de présence, malgré les doutes et les réticences exprimées vis-à-vis de la nouvelle structure. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui a fait de son pays un membre de l'organisation, était du nombre. La commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Suica, participait aussi à cette réunion inaugurale, en tant qu'observatrice. Une présence qui a fait froncer des sourcils, dans l'Union européenne.
Interrogations et inquiétudes européennes
A la suite de la France, plusieurs États membres – la Belgique, l'Espagne, l'Irlande… – ont émis, mercredi, de nettes réserves à la présence de la commissaire Suica dans la capitale américaine. "Nous sommes surpris car elle n'a pas de mandat du Conseil pour s'y rendre et pour participer à cette réunion du Board of Peace, elle devra s'en expliquer à son retour", a cinglé le ministre français des Affaires européennes, jeudi. Ces pays, et la gauche du Parlement européen, estiment par ailleurs que la présence de la commissaire contribue à légitimer une organisation que l'UE regarde avec un œil suspicieux.
L'Union et la plupart de ses États membres, dont la Belgique, avaient en effet indiqué, fin janvier, qu'ils ne rejoindraient pas le Conseil de la paix. Les Européens se posent notamment des questions quant au véritable objet de cet organe. "L'objectif de la paix on le partage tous, c'est clair. Mais ce à quoi on s'attendait, c'est que ce Conseil de la paix se concentre sur la situation à Gaza. C'est une proposition plus large, avec d'autres objectifs, dans un certain format, qui pose des questions juridiques", justifiait, le 22 janvier, une source européenne de haut rang.
L'Union s'inquiète de la gouvernance du Conseil de la paix, Donald Trump étant seul aux commandes. Elle s'émeut également de "la nature contributive" de la participation, fixée par le président américain à un milliard de dollars pour obtenir un siège permanent. Enfin, les Européens redoutent que ce Conseil de la paix ne concurrence et n'affaiblisse davantage les Nations unies.
Une participation de la Commission "pour voir"
Lundi, la porte-parole en chef de la Commission Paula Pinho, avait justifié le voyage de Mme Suica à Washington en ces termes : "Nous serons là cette fois, pour participer spécifiquement à la discussion sur Gaza, puis nous verrons pour la suite. Mais nous ne sommes pas membres du Board of Peace. Nous ne sommes pas là pour soutenir ou approuver l'approche du Board of Peace, mais nous sommes intéressés par la discussion sur Gaza". Jeudi, elle a insisté lors du point presse quotidien de la Commission qu'il est "important d'être à table pour ne pas être qu'un contributeur financer, mais un acteur" de la paix à Gaza et de la reconstruction de l'enclave palestinienne, très largement détruite par deux ans de conflit entre le Hamas et l'armée israélienne.
La Commission assure par ailleurs qu'elle est en contact avec les États membres à propos cette réunion. Quoi qu'il en soit, l'attitude européenne vis-à-vis de ce Conseil de paix se distingue par son absence de coordination.
Deux pays de l'UE, la Hongrie et la Bulgarie, sont membres du Conseil, mais seul le premier était représenté au niveau gouvernemental. La France, la Belgique, l'Espagne et d'autres jugent que l'UE devrait garder ces distances, et se comportent en conséquence. Quatorze autres États membres, dont l'Allemagne, Italie, la Grèce, la Pologne, la Roumanie, la République tchèque et la Slovaquie ont envoyé leur ministre des Affaires étrangères ou des diplomates en tant qu'observateurs.
La Commission tente, elle de ménager la chèvre et le chou. Si elle était représentée par Mme Suica, c'est à la présidente von der Leyen qu'avait été envoyée l'invitation. L'Allemande brillait par son absence. Et plutôt que de déléguer la cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas, ou un(e) autre vice-président(e), c'est une "simple" commissaire qui a été envoyée aux États-Unis.

