Dimanche, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre britannique Boris Johnson ont demandé aux négociateurs de fournir "un effort supplémentaire". De quelle durée, l’effort ? À cette question, plus personne ne se risque à donner une réponse précise qui serait ensuite démentie par les faits.

"Les prochains jours sont importants", a indiqué le négociateur en chef de l’Union, Michel Barnier, aux ambassadeurs des Vingt-sept, ce lundi matin à Bruxelles, sans spécifier le nombre de jours. Trois ? Quatre ? Sept ? Plus ?

Une échéance est fixée et connue: la fin, le 31 décembre 2020 à minuit, de la période de transition post-Brexit, à l’issue de laquelle le Royaume-Uni quittera l’union douanière et le marché intérieur et cessera d’appliquer la législation de l’Union européenne. C’est dans dix-sept jours.
Or, il faut d’ici là que l’éventuel accord détaillé sur 700 pages passe sous le regard scrutateur des juristes, soit traduit dans les vingt-trois langues de l’UE, puis examiné par le Parlement britannique, les États membres et le Parlement européen qui doivent le ratifier pour qu’il entre en vigueur le 1er janvier.

La patience du Parlement européen est mise à très rude épreuve

Il fait peu de doute que le Parlement britannique, où Boris Johnson dispose d'une confortable majorité, ratifiera l'accord, si accord il y a, fût-ce en toute dernière minute.
Au Parlement européen, même si les groupes politiques s’interdisent d’affirmer déjà qu’il est trop tard, on commence à penser que c’est désormais mission impossible. Il faut s’attendre à ce que les députés européens refusent de procéder à une ratification à la hussarde, après n'avoir eu quelques jours pour étudier l'accord, alors que ce genre de processus s'étale généralement sur un minimum de deux mois.
A bonnes sources, La Libre a appris que plusieurs groupes envisagent de fixer à dimanche prochain la date limite au-delà de laquelle le Parlement estimera qu'il n'est plus possible de ratifier un accord avant la fin de l'année, même si un doute entoure la fermeté de cette position. On devrait en savoir plus lors des débats que le Parlement européen consacrera ce vendredi aux négociations et à l'adoption des mesures de contingences proposées par la Commission.

Circule l’idée, peu prisée par la Commission et le Parlement, qu’un accord approuvé tardivement pourrait entrer en vigueur provisoirement, avant d’être ratifié, avec l'accord des deux parties. Du côté de l'Union, le Conseil pourrait décider seul d'emprunter cette voie, mais ce serait au prix du déclenchement d'un conflit institutionnel avec le Parlement européen, qui serait furieux d'être ainsi marginalisé.
Par ailleurs, mettre l'Union et le Royaume-Uni d’accord sur les modalités de cette entrée en vigueur provisoire prendrait quand même du temps, épingle une source européenne. 

Peut-être au final n'y aura-t-il d'autre possibilité que d'en passer par une courte période de chaos provoqué par un no deal, si l’accord n’est pas finalisé à temps. À moins que les deux parties conviennent d’étendre la période de transition, ce que l’une et l’autre ont catégoriquement exclu. Jusqu’ici.