Edouard Philippe et son parti Horizons veulent se profiler pour l'Élysée : "Ils veulent le voir tomber"
L'ancien Premier ministre de Macron veut faire de sa réélection un tremplin présidentiel.

- Publié le 12-03-2026 à 13h11
- Mis à jour le 12-03-2026 à 14h22

Personne n'a oublié la petite phrase d'un autre ex-Premier ministre français, socialiste celui-ci, qui lorgnait avec insistance la présidence française en 2002. A la veille du scrutin présidentiel, celui qui avait été le Premier ministre de la cohabitation avec Jacques Chirac avait lancé, "ce sera l'Élysée ou l'île de Ré", en référence à son lieu de vilégiature préféré. Éjecté au premier tour par Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac, Lionel Jospin a tenu promesse et s'est effacé de la scène politique.
Un quart de siècle plus tard, c'est un autre ex-Premier ministre, de centre-droit, Édouard Philippe, qui, à la veille de municipales lors desquelles il vise une prolongation d'un mandat acquis depuis 2010, pourrait lancer: "La route vers l'Élysée passera par Le Havre ou s'effacera".
Rendez-vous le 12 avril
Car le "boss" du parti Horizons, qu'il a lancé dans sa ville du Havre en octobre 2021, bien avant le second mandat d'Emmanuel Macron, a fait de la présidentielle de 2027 le rendez-vous d'une vie.
Si tous ses lieutenants et tous les philippistes de l'Hexagone se montrent confiants pour leur chef de file, les sondages, eux, sont moins euphoriques.
Edouard Philippe, concurrencé par le député communiste Jean-Paul Lecoq et par une liste Rassemblement national, a en effet été donné perdant au second tour par un sondage OpinionWay, commandé à la fin du mois de février par l'observatoire "Hexagone", une structure financée par le milliardaire d'extrême droite, Pierre-Edouard Stérin.
"Comme par hasard", hausse les épaules une députée proche du maire sortant, qui ajoute : "Ils veulent le voir tomber."
Qu'importe les interprétations, le sondage est sorti, les chiffres montrent une légère avance d'Édouard Philippe au premier tour avec 37 %, contre 35 % au communiste Jean-Paul Lecoq soutenu par le PS, les Ecologistes et Place publique. Derrière eux, le candidat d'extrême droite Franck Keller est largement en mesure de se maintenir au second tour avec 18 % des voix. La liste LFI menée par Charlotte Boulogne est, elle, créditée de 6 % des suffrages.
Le triangle de tous les dangers ?
Et c'est dans le cadre d'une triangulaire au second tour, une hypothèse donc plus que probable, que le candidat communiste l'emporterait de peu, avec 42 % contre 40 % à Édouard Philippe (soutenu par le centre et la droite). Franck Keller resterait à 18 %.
Si, au sein du parti, personne ne croit sérieusement à un accident au Havre, le sondage a redonné de l'allant aux opposants d'Édouard Philippe et il a imposé surtout un autre tempo au patron, empêché d'aller soutenir ses ouailles dans les autres villes où elles en auraient eu bien besoin comme à Tours et à Strasbourg où les Philippistes manquent d'horizon...
Une donne qui permet à certains adversaires de l'ancien Premier ministre, que l'on retrouve souvent dans le premier cercle du président de la République, qui regardent leur ancien camarade comme un renégat. Et comme un homme qui ne se montre "pas assez reconnaissant et prévenant" à l'égard d'Emmanuel Macron, ajoutant que "toutes les opérations municipales d'Horizons sont foireuses." Un ministre LR, cité par le journal Libération explique, lui : "Horizons, ça ne prend pas sur le terrain. Ce n'est pas bankable". "La preuve qu'on les gêne", explique la proche d'Edouard Philippe qui insiste sur l'engagement du maire, jusqu'au bout, pour Le Havre.
D'ailleurs, dans les discours qu'il égrène depuis le début de sa campagne, Monsieur de maire démontre une connaissance précise, pointilleuse de sa ville, jusqu'aux bancs publics qu'il évoque avec une précision méticuleuse. L'homme est comme ça.
Mais tout le monde sait, ici, sur les bords de la Manche, sur les quais de ce grand port transatlantique historique que le capitaine lorgne d'autres horizons. S'il l'emporte au second tour le 22 mars, une salle est déjà réservée à Paris le 12 avril pour le lancement de sa campagne pour la présidentielle. C'est un secret de polichinelle, tout est prêt ou presque. Les initiés parlent d'un projet de société "massif" qui devrait être dévoilé petit-à-petit jusqu'à l'été.
Maire à temps plein
L'opposition havraise n'ignore évidemment rien de cette appétance élyséenne. Sur les tracts de Jean-Paul Lecoq, le candidat communiste, on peut lire, en deuxième position des "cinq bonnes raisons" de voter pour sa liste, la promesse qu'il sera, lui, un "maire à temps plein"...