En autorisant la livraison de F-16 à l'Ukraine, Joe Biden anticipe un possible retour de Donald Trump
Les États-Unis ont mis du temps à valider l'envoi de leurs F-16 en Ukraine. Ils viennent de céder pour des raisons stratégiques et politiques.
- Publié le 26-08-2023 à 16h07
- Mis à jour le 27-08-2023 à 13h46

Les États-Unis ont longtemps freiné l'envoi de leurs F-16 européens en Ukraine pour des raisons de stratégie militaire , mais pas exclusivement. "Les Américains voulaient d'abord à tout prix éviter qu'un de leurs F-16 ne tombe aux mains des Russes ou ne soit abattu, commente le général français Jean-Claude Allard, chercheur associé à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Car cela aurait porté un coup à la crédibilité de l'industrie aéronautique militaire américaine."
"Mais il y a plus fondamental, poursuit-il. Avec cette démarche, les Américains s'engagent. Même s'il est donné par le Danemark ou les Pays-Bas, le F-16 reste un avion américain. La crainte des autorités était de voir l'un de ces appareils être utilisé pour attaquer directement le territoire internationalement reconnu de la Russie, et que les Russes ripostent ensuite contre les États-Unis". Moscou n'a pas tardé à jouer cette carte en évoquant "une escalade militaire" voire "un risque nucléaire". Il a toutefois été convenu entre les forces ukrainiennes et leurs soutiens qu'aucun équipement militaire occidental ne serait utilisé en dehors du territoire ukrainien.
Le coût de l'inaction
Le timing, lui, est évidemment lié à l'enlisement de la contre-offensive ukrainienne et à l'insistance de Volodymyr Zelensky. En interne, cette décision a probablement été influencée par l'approche des élections présidentielles américaines et la menace "Donald Trump". "Biden veut soutenir l'Ukraine, ajoute Jean-Claude Allard. La décision de livrer ces F-16 au pays engagera de facto le prochain président. Si celui-ci est moins prompt à soutenir le camp ukrainien, il ne pourra pas revenir sur cette décision."
Du point de vue européen, la question n'était, semble-t-il, plus tant de savoir quelles seraient les conséquences de son action auprès de la Russie, mais celles de son inaction pour l'Ukraine. "Si les Occidentaux avaient refusé, expliquait en début de semaine l'amiral français Pascal Ausseur, directeur général de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES), cela aurait donné l'impression que les Européens et les Américains faiblissaient dans leur soutien. Pour le rapport de force diplomatique qui se joue partout, et pour le terrain, c'est très important."

