Starmer et Macron à la tête d'un nouveau plan de paix en Ukraine: "Nous devons faire le pont entre les différentes parties"
Les dirigeants britanniques et français ont rassemblé dimanche leurs alliés à Londres pour décider d'un plan de paix. Une fois dessiné, ils le présenteront aux Américains, dont ils estiment le soutien militaire indispensable.

- Publié le 02-03-2025 à 19h51

Deux jours après le déchaînement public vendredi du président américain Donald J. Trump et de son vice-président JD Vance contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le sommet organisé ce dimanche à Londres et intitulé "garantir notre avenir" tombait à pic. Les dirigeants occidentaux se devaient de montrer une unité retrouvée, alors que Moscou ne cesse de se féliciter de la claque reçue par leur ennemi en poste à Kiev.
Ce n'est pas une surprise si lors de sa première prise de parole le Premier ministre britannique Keir Starmer a rappelé au président ukrainien, assis à sa gauche: "Nous sommes tous avec vous, avec l'Ukraine, aussi longtemps qu'il le faudra." Il a ensuite indiqué que cette réunion visait à décider de "comment nous pouvons instaurer ensemble une paix juste et durable" et de comment soutenir l'Ukraine "parce que même si la Russie parle de paix, elle poursuit son agression sans relâche". Avant de prévenir: "Il s'agit d'un moment unique pour la sécurité de l'Europe" et que "l'obtention d'un bon résultat pour l'Ukraine n'est pas seulement une question de bien ou de mal ; elle est vitale pour la sécurité de chaque nation ici et de beaucoup d'autres aussi".
Lors d'un entretien sur la BBC dimanche matin, le dirigeant britannique avait expliqué être tombé d'accord avec le président français Emmanuel Macron sur la nécessité de travailler "avec l'Ukraine sur un plan visant à arrêter les combats. Nous discuterons ensuite de ce plan avec les Etats-Unis". Après le sommet, il a indiqué que plusieurs autres dirigeants avaient déclaré vouloir rejoindre "la coalition d'États volontaires", notamment via une hausse de leurs dépenses militaires. Il a néanmoins rappelé que ce format réduit visait à "passer à une manière plus rapide et plus agile d'aller de l'avant", avec notamment le dessin d'une frontière entre l'Ukraine et la Russie, et l'organisation d'un plan post-conflit.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a précisé à sa sortie du sommet que "nous devons mettre l'Ukraine en position de force, lui donner les moyens de se fortifier et de se protéger, de la survie économique à la résistance militaire. Il s'agit essentiellement de transformer l'Ukraine en un porc-épic d'acier indigeste pour les envahisseurs potentiel". Une image utilisée par l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson il y a tout juste une semaine.
Keir Starmer a ensuite admis que "l'Europe devra faire le gros du travail, cet effort doit être fortement soutenu par les États-Unis pour que la paix sur notre continent soit assurée". Il a insisté que l'ensemble de cette stratégie était soutenue par Donald Trump, avec qui il avait discuté samedi soir. Lors de sa rencontre avec Donald Trump à la Maison blanche jeudi, Keir Starmer n'avait pas obtenu le moindre engagement de la part de son hôte quant à une assurance sécuritaire en Ukraine. Le président américain avait néanmoins assuré: "Si les Britanniques ont besoin d'aide, je serai toujours là pour eux." Un moindre mal, même s'il avait ensuite provoqué son invité en lui demandant tout sourire: "Pourriez-vous vous occuper de la Russie tout seul?"
Cela ne l'avait pas empêché de "relever ses manches" après le clash de vendredi, "de prendre le téléphone, parler au président Trump, parler au président Zelensky, puis l'inviter à une réunion approfondie hier (samedi, Ndlr). Et ensuite appeler le président Macron, puis le président Trump, parce que ma réaction a été: "Nous devons faire le pont entre les différentes parties." Il a tenu à assurer que les Etats-Unis n'étaient pas devenus "un allié non fiable".
Le format du sommet laissait penser qu'il serait moins propice aux grandes décisions qu'aux grandes déclarations, d'une importance non-négligeable en diplomatie. L'Otan y était représentée par son secrétaire-général Mark Rutte et les premiers ministres canadien Justin Trudeau et norvégien Jonas Gahr Store, tout comme le ministre des Affaires étrangères turc. Même chose pour l'Union européenne, avec la présence du président du Conseil Antonio Costa en plus de sa collègue von der Leyen. Cette dernière a d'ailleurs rappelé que les Etats membres se réuniraient le 6 mars et qu'elle réclamait "un réarmement de l'Europe". En revanche, les Pays Baltes, pourtant en première ligne face à la menace militaire russe, avaient mal vécu leur omission. Keir Starmer s'en est excusé lors d'une discussion vidéo organisée avec leurs responsables politiques dimanche en fin de matinée.
Peut-être les deux alliés franco-britanniques visaient-ils à neutraliser ceux qui pourraient enrayer leur action? En l'occurrence les membres de l'UE qui n'avaient pas ouvertement soutenu Volodymyr Zelensky depuis vendredi soir: le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui avait soutenu Donald Trump et sous-entendu que son invité était un "homme faible", le Premier ministre slovaque Robert Fico, qui a refusé samedi de soutenir militairement et financièrement l'Ukraine, et les premiers ministres grecs et maltais, demeurés silencieux.
Le premier obstacle au plan de paix franco-britannique ne viendra pourtant peut-être pas d'eux. Dimanche, Mike Waltz, le conseiller à la sécurité nationale du président Trump, a de nouveau évoqué la démission de Volodymyr Zelensky: "Nous avons besoin d'un dirigeant qui peut traiter avec nous, traiter avec les Russes à un moment et mettre fin à cette guerre. Soit il (le président Zelensky) revient à la raison et revient à la table des négociations avec gratitude, soit quelqu'un d'autre doit diriger le pays pour le faire." Reçu par le roi Charles III dimanche soir, celui-ci sait sa position plus risquée que jamais.
