Avec son mouvement de jeunesse patriotique, la Russie envoie des enfants ukrainiens en Corée du Nord
Moscou collabore avec Pyongyang pour mener à bien sa stratégie de russification des zones ukrainiennes occupées.

- Publié le 15-01-2026 à 16h30

Le chef russe de l'occupation de Marioupol, Anton Koltsov, a annoncé fièrement le 6 janvier dernier qu'une centaine d'écoliers originaires de la ville ukrainienne venaient de passer les vacances du Nouvel An à Saint-Pétersbourg. Au programme : un "riche programme éducatif", incluant une leçon sur la "récupération" de leur ville par l'armée russe.
Cette excursion illustre une stratégie plus vaste : la russification systématique des territoires occupés. L'objectif est d'éliminer toutes les formes de l'identité nationale ukrainienne au profit d'une assimilation forcée. Au cœur de cette manœuvre propagandiste : le "Mouvement des Premiers".
Mouvement de jeunesse propagandiste
Créé en 2022 par le Kremlin, ce mouvement de jeunesse promeut des valeurs comme "le patriotisme", "la famille forte" et "la dignité". Colonies de vacances, excursions culturelles, cours de sport… Sous couvert d'activités culturelles et éducatives, les enfants sont exposés à une rhétorique anti-occidentale constante.
D'abord actif sur le territoire russe, le Mouvement des Premiers étend de plus en plus sa présence sur les territoires ukrainiens envahis. En ciblant les enfants, Moscou cherche à imposer durablement l'identité russe des zones occupées. Une stratégie suffisamment préoccupante pour que l'Union européenne impose des sanctions financières aux membres de l'organisation dès 2024.
Camp d'été en Corée du Nord
Les dernières révélations, qui sont troublantes, concernent les destinations de ces programmes "éducatifs". En septembre dernier, un garçon ukrainien de 12 ans, originaire de Makiivka (oblast de Donetsk), a raconté aux médias avoir été envoyé dans un camp d'été international situé à… Songdowon, en Corée du Nord. Avec d'autres enfants inscrits au Mouvement des Premiers, il y a notamment nettoyé des monuments dédiés aux dirigeants nord-coréens.
Selon l'ONG Regional Center for Human Rights, il existe 165 "camps de rééducation" pour enfants ukrainiens enlevés, en Ukraine occupée, Russie, Biélorussie et Corée du Nord.
Cette information, relayée par le média audiovisuel ukrainien Suspilne, confirme les accusations de déportation temporaire d'enfants ukrainiens. En décembre 2025, en effet, des avocats ont signalé qu'au moins deux enfants ukrainiens avaient été transférés dans ce camp nord-coréen.
20 000 enfants déplacés de force
Plusieurs chiffres révèlent l'ampleur du phénomène. Selon l'ONG ukrainienne Regional Center for Human Rights, il existe 165 "camps de rééducation" pour enfants ukrainiens enlevés, en Ukraine occupée, Russie, Biélorussie et Corée du Nord.
Ces déportations ont conduit la Cour pénale internationale à émettre, en mars 2023, un mandat d'arrêt contre Vladimir Poutine pour "déportation illégale" d'enfants des zones occupées vers la Russie. Le gouvernement ukrainien, lui, estime que 20 000 enfants ukrainiens ont été déplacés de force depuis le 24 février 2022, et que 2 218 autres sont portés disparus.
