Qui est Ahmet Altan, cet intellectuel remis en liberté en Turquie?
Ahmed Altan a été remis en liberté ce lundi, en même temps qu'un de ses codétenus, l'intellectuel Nazli Ilicak.
- Publié le 05-11-2019 à 22h26
- Mis à jour le 05-11-2019 à 22h27

Ahmed Altan a été remis en liberté ce lundi, en même temps qu'un de ses codétenus, l'intellectuel Nazli Ilicak. Un tribunal d'Istanbul a condamné lundi Ahmet Altan à dix ans et demi de prison et Mme Ilicak à près de neuf ans pour avoir aidé une "organisation terroriste" à fomenter la tentative de coup d'État de 2016, mais les juges ont ordonné leur remise en liberté sous contrôle judiciaire en raison du temps déjà passé derrière les barreaux depuis juillet 2016.
M. Altan et Mme Ilicak avaient été condamnés en 2018 à la prison à perpétuité pour participation au putsch, mais cette décision avait été cassée en juillet dernier. La cour avait estimé qu'ils n'auraient pas dû être jugés pour tentative de putsch, mais pour avoir aidé un "groupe terroriste", chef d'accusation passible d'une peine inférieure. Des condamnations surréalistes mais presque banales dans le contexte de répression liberticide entretenu par le régime du président turc Recep Tayyip Erdogan depuis quelques années.
Fils d'une figure majeure du parti communiste turc lui-même condamné à la prison à vie, Ahmet Altan a commencé sa carrière de journaliste en 1974. Mais c'est comme romancier qu'il s'est d'abord fait connaître, un premier livre vendu à 20 000 exemplaires, un deuxième condamné pour atteinte aux bonnes mœurs, qui a fait l'objet d'un autodafé, l'ont érigé en personnage phare du combat pour la liberté d'expression. Il devient ensuite rédacteur en chef du journal Milliyet, l'un des titres phares du pays. En 1995, il est licencié de ce poste sous la pression des militaires, pour avoir dénoncé la guerre menée par l'armée turque dans la région kurde. Condamné à 20 mois de prison avec sursis pour un article satirique, il est accusé de soutenir la création d'un Kurdistan indépendant. Une accusation qui reviendra lorsqu'il rédige, en 1999, une déclaration pour les droits de l'homme, les droits culturels des Kurdes et la démocratie en Turquie, avec deux autres écrivains turcs, Orhan Pamuk et Yachar Kemal. En 2008, c'est un article dédié aux victimes du génocide arménien qui le fait inculper, pour "insulte à la Nation turque". Intellectuel engagé et sans compromission, Ahmed Altan a été relâché sur une station-service près de la prison de Silivri, en bordure d'Istanbul.