La saison touristique offre une parenthèse dans la crise au Liban
La saison s'annonce bonne, grâce notamment aux Libanais de la diaspora qui passent du temps dans le pays.
- Publié le 27-07-2022 à 14h12

Dans les souks de Jbeil (Byblos), une petite ville côtière au nord de Beyrouth, les vendeurs des boutiques de souvenirs sont aux aguets, prêts à démarcher les badauds qui ralentissent le pas devant des boîtes de backgammon, des cèdres miniatures, et d'autres breloques. Assis dans la ruelle à une table de son café-bar, où les jeunes font la fête le soir, Tony Khoury observe les passants en écoutant Fairouz, la diva libanaise. "La saison touristique a bien commencé, se félicite-t-il. On en a besoin, après les trois années noires que l'on a passées : Covid, dépôts bloqués dans les banques, crise économique… C'est comme une chaîne : si je fais un bon chiffre cet été, cela aura un impact positif sur ma famille, sur mes employés, et ainsi de suite."
Dès juin, le ministre sortant du Tourisme, Walid Nassar, a annoncé un été prometteur : plus d'un million de visiteurs attendus, dont les dépenses doivent, selon lui, se traduire par l'injection de plus de trois milliards de dollars dans l'économie. Un afflux espéré de devises dont le Liban manque cruellement. Néanmoins, cela reste loin des chiffres fastes d'avant la grave crise économique et financière, qui a éclaté à l'automne 2019 : le tourisme générait jusqu'alors des recettes de l'ordre de 10 milliards de dollars annuels.
D'après le ministre, 75 % des touristes cette saison sont des Libanais : le pays compte une vaste diaspora. De son café-bar, Tony Khoury confirme : "On voit des Libanais d'Europe, d'Amérique, d'Afrique. Ils viennent retrouver leur famille et profiter du pays." Des touristes égyptiens et irakiens se rendent aussi à Jbeil.
Derrière la carte postale, la crise reste visible
Alors que le soleil tape, des courageux montent les marches de la Citadelle. Elle surplombe le site antique, bordé par la Méditerranée. Deux trésors historiques qui font la réputation de Jbeil. Au port, les restaurants de poissons accueillent les premiers clients, à la mi-journée. L'hôtel attenant affiche complet pour la saison. Si la ville draine toute l'année des promeneurs, c'est sur l'été que comptent les acteurs du tourisme.
Pierre Abi Saad, un passionné de fossiles marins, les expose dans la boutique-musée familiale située dans le souk. Le lieu attire les curieux, et il possède aussi un magasin de souvenirs. Les dépenses touristiques sont, bien sûr, une manne attendue. Mais il trouve également stimulant "de voir ce retour de visiteurs. Les Libanais de la diaspora viennent en connaissant les problèmes : pas d'eau, pas d'électricité. C'est une marque d'amour. Le Liban n'est pas que crise. Il a une culture, une cuisine, des paysages riches".
Derrière les allures de carte postale, la crise reste toutefois visible : quelques mendiants demandent l'aumône dans la rue, une scène inimaginable avant 2019. Les restaurateurs soulignent leurs frais élevés pour l'alimentation en électricité privée, en gaz… "Le pays est plus pauvre, plus triste", se désole Rana (elle n'a donné que son prénom), revenue de Londres avec ses enfants pour les vacances. "Mes parents sont mon attache avec le Liban." Malgré sa "fatigue" face aux tourments de sa terre natale, Rana se sent une "responsabilité : la diaspora aide le Liban, en envoyant de l'argent durant l'année, en y séjournant". En 2020-2021, l'épidémie de coronavirus avait empêché de nombreux retours.
Venu à Jbeil avec son épouse et leur fils, Mahmoud (il n'a donné que son prénom), entrepreneur installé à Dubaï (Émirats arabes unis) depuis 2014, est soulagé d'échapper aux pics de chaleur dans le Golfe. "Ma femme est davantage nostalgique du Liban, je suis très pris par mon travail. Elle organise nos excursions ici, pour que notre fils connaisse le pays. Un jour, on reviendra y vivre." Le couple fera des achats (vêtements, papeterie…) avant de regagner Dubaï. Tandis que l'inflation est un défi pour les Libanais de l'intérieur, les prix sont très abordables pour ceux qui ont des devises. Leur injection devrait permettre, au moins temporairement, de freiner la descente aux enfers de la monnaie locale, avant un automne où beaucoup redoutent de voir la crise repartir de plus belle.