Accord Hamas-Israël: "L'échec de Benjamin Netanyahou"
Depuis les massacres perpétrés par le Hamas qui ont fait 1 200 morts le 7 octobre dernier, Tsahal pilonne la bande de Gaza. Des attaques qui, selon les déclarations du Hamas, ont tué près de 13 000 personnes. Tôt ce matin, le gouvernement israélien a approuvé un accord sur un échange d'otages et quatre jours de trêve à Gaza. Un accord salué par la communauté internationale. Un échec pour Benjamin Netanyahou.
- Publié le 22-11-2023 à 12h58
- Mis à jour le 22-11-2023 à 18h33

Tôt ce mercredi matin, et après cinq très longues semaines de négociations tendues, le gouvernement israélien a approuvé un accord prévoyant la libération de cinquante otages détenus par le Hamas en échange de la libération de prisonniers palestiniens et d'une trêve de quatre jours dans la bande de Gaza.
Depuis son officialisation, cet accord est largement salué par la communauté internationale. "Je suis très reconnaissante envers tous ceux qui ont travaillé sans relâche par la voie diplomatique ces dernières semaines […] La Commission européenne fera tout ce qui est en son pouvoir pour mettre à profit cette pause afin d'organiser un sursaut de l'aide humanitaire à Gaza", a notamment commenté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
L'accord, jugé nécessaire par toutes les parties, est toutefois redouté par l'armée israélienne clouée au sol. "Je crains que le Hamas utilise cette pause dans les combats dans l'objectif de se regrouper et de se ressourcer", estime le porte-parole de Tsahal, Jonathan Conricus. "Bien sûr nous préférerions continuer à mettre la pression sur le Hamas et continuer les combats, mais cette pause est acceptée pour une cause très importante (la libération d'otages : ndlr)."
Pour décrypter cet accord, La Libre a contacté Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU. En quelques questions, il clarifie l'impact militaire et politique de ces négociations sur la suite des événements au Moyen-Orient.
Un accord de trêve entre Israël et le Hamas a été acté cette nuit. Le moment est important mais assez périlleux. Quelles sont les difficultés qui pourraient encore mettre en péril sa mise en œuvre ?
Je pense que les difficultés se sont surtout manifestées cette nuit lors des discussions qui ont animé le cabinet de Monsieur Netanyahou. Au niveau de la mise en œuvre, la difficulté sera surtout de respecter correctement cette trêve. Cette halte impose à Israël ne pas bouger, de ne pas utiliser ses drones ni son aviation. C'est un handicap majeur pour la suite des opérations de son armée.
Cette trêve peut donc avoir un réel impact sur la suite des événements ?
Certainement. Au moins une partie du renseignement israélien sera forcée de s'interrompre. Ce qui va permettre au Hamas de bouger sans être vu et de modifier un certain nombre de paramètres dans son dispositif.
Pourquoi est-ce que cet accord a-t-il lieu maintenant ?
Il intervient à cause de la pression exercée par les Américains et les Français. Je rappelle que Monsieur Lecornu, le ministre français des Armées, vient de passer une semaine à négocier dans la région. Tout le monde a posé une pression énorme sur les épaules du gouvernement israélien, y compris la population israélienne en organisant les manifestations que l'on connaît.
Au lendemain des attentats perpétrés par le Hamas le 7 octobre, le Premier ministre israélien avait promis "d'anéantir" le mouvement islamiste. L'accord de la nuit dernière démontre-t-il qu'Israël ne parvient pas, malgré une puissance de feu sans pareil, à "anéantir" le Hamas ?
"Anéantir", ça ne veut rien dire. C'était un mauvais départ. Ça pourrait peut-être dire casser l'infrastructure et tuer un certain nombre des chefs du mouvement. D'accord, mais le Hamas – comme tous les mouvements terroristes – a intérêt à frapper et puis à disparaître. La grosse part de son dispositif ne s'oppose d'ailleurs pas à Tsahal. Il y a bien quelques commandos à droite à gauche, mais pas plus, puisque le Hamas a tout intérêt à se cacher. Et il va évidemment profiter de ces quatre jours de trêve pour camoufler son armement et mieux disparaître encore.
Cet accord n'est pas un désaveu pour l'armée israélienne qui, sans objectif clairement défini, fait ce qu'on lui demande : casser le dispositif et chercher les responsables. Ce n'est pas non plus un échec d'Israël. C'est l'échec de Monsieur Netanyahou.
Si l'accord est respecté, peut-il déboucher sur un processus politique plus long et une désescalade de la violence ?
Je crois que c'est la première marche à gravir dans la désescalade de la violence et elle se grimpe sous la pression de tous les amis d'Israël, en particulier les Américains et les Européens. Ces derniers indiquent maintenant à Israël qu'il faut avoir un but politique clair, c'est-à-dire la création d'un État palestinien. C'est un objectif qui est évidemment à l'opposé de la politique menée par le Premier ministre israélien.
Tout le monde le dit, Benjamin Netanyahou est mort politiquement. Mais Israël étant une démocratie, une question se pose : comment aboutir sur une négociation entre les Palestiniens (et non le Hamas) et Israël ? Parce que pour le moment, du côté de la Palestine, il y a le président Mahmoud Abbas qui est très affaibli et, du côté d'Israël, il y a Benjamin Netanyahou. Je pense que son gouvernement est incapable de négocier une telle solution.

