Le chef du renseignement militaire israélien démissionne en évoquant la "terrible douleur" du 7 octobre
Le général Aharon Haliva est première figure de haut rang à assumer sa responsabilité dans la tragédie.

- Publié le 22-04-2024 à 19h12

La démission du chef du renseignement militaire, le général Aharon Haliva, marque le premier acte de l'acceptation par l'establishment sécuritaire israélien de sa part de responsabilité de l'incursion meurtrière du Hamas le 7 octobre. L'officier dit assumer la responsabilité de son département pour n'avoir pas pu fournir au commandement de l'armée et aux décideurs politiques les renseignements à même d'empêcher cette tragédie.
"Le 7 octobre 2023, le Hamas a mené une attaque surprise meurtrière contre l'État d'Israël […] le service du renseignement placé sous mon commandement n'a pas rempli la mission qui nous a été confiée", indique le patron de la Direction du renseignement militaire (Aman) dans sa lettre de démission, proposée en coordination avec le chef d'état-major et publiée ce 22 avril par l'armée israélienne. "Je porte avec moi ce jour noir. Jour après jour, nuit après nuit. Je porterai pour toujours cette terrible douleur", ajoute l'officier de haut rang, qui quittera ses fonctions et accédera à la retraite après 38 ans de carrière militaire, dès que son successeur sera nommé.
D'ici là, il promet encore de faire de son mieux pour atteindre autant d'objectifs de guerre que possible. En particulier, ceux de rétablir la domination militaire israélienne dans le nord et le sud de la bande de Gaza et dissuader de nouvelles menaces de l'Iran et d'autres ennemis étrangers.
Premier examen de conscience
Dès le 17 octobre, dix jours après la tragédie, le général Haliva avait déjà indiqué "porter l'entière responsabilité de la défaillance" de ses services, qui n'ont pas pu prévenir et déjouer l'attaque du Hamas, dans un courrier évoqué par le quotidien Jerusalem Post. La conduite de l'opération militaire de Tsahal, commencée le jour même dans la bande de Gaza, reportera les conséquences de ce premier examen de conscience.
La démission du général Halevi devrait en appeler d'autres dans la mesure où il apparaît que les manquements et dysfonctionnements observés sur l'ensemble de la chaîne de responsabilité, tant au niveau du commandement militaire qu'à l'échelon du pouvoir de tutelle politique, ont conduit aux massacres du 7 octobre. Ce jour-là, des commandos de quelque deux mille militants du groupe islamiste palestinien venus de la bande de Gaza avaient tué 1170 personnes, dont plus de 800 civils, et enlevé 250 autres lors d'une incursion massive inédite dans le sud d'Israël.
Pression militaire et politique
Des milliers d'Israéliens continuent d'ailleurs de manifester pour exiger la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahou, accusé de se maintenir au pouvoir en prolongeant la guerre contre le Hamas, sans considération pour la centaine d'otages qui seraient encore détenus et en vie, afin d'échapper à ses responsabilités dans la catastrophe et la conduite de l'opération.
Le chef de l'opposition Yaïr Lapid s'est empressé lundi d'exploiter la démission du général Haliva, dans un post sur le réseau X: "La retraite du chef de l'Aman est justifiée et honorable. Il aurait été approprié que le Premier ministre Netanyahou en fasse de même".
Benjamin Netanyahou a promis dimanche que "dans les prochains jours, la pression militaire et politique sur le Hamas" allait s'accroître tandis que le chef d'État-major de l'armée, Herzi Halevi, a indiqué avoir "approuvé les prochaines étapes de la guerre". Parmi celles-ci, l'opération tant redoutée par les organisations humanitaires à Rafah, dernier centre urbain dans le sud du territoire palestinien, où se sont accumulés plus d'un million d'habitants venus des zones plus au nord, et que Tsahal considère comme l'ultime bastion du Hamas.
