Plus de 80 000 personnes fuient Rafah dans le chaos : "la ville est surchargée"
L'armée israélienne a poursuivi son offensive à Rafah ce jeudi. Surchargée, la ville est désormais désertée par des dizaines de milliers de Palestiniens,
- Publié le 09-05-2024 à 17h59

Malgré la reprise des négociations autour d'une hypothétique trêve entre Israël et le Hamas au Caire, mercredi, l'armée israélienne a annoncé qu'elle poursuivrait ses opérations au sol à Rafah de manière "ciblée". Tsahal contrôle désormais le poste-frontière de Rafah, seul point de passage entre Gaza et l'Égypte, qui demeurait fermé ce jeudi. Point clé de l'entrée de l'aide humanitaire depuis Israël, le poste de Kerem Shalom aurait quant à lui été visé par des tirs de roquettes venus de Gaza selon Tel Aviv. De quoi inquiéter au plus au point les organisations humanitaires, qui redoutent carnage et famine dans le sud de l'enclave.
Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déjà prévenu mercredi soir qu'il ne restait que trois jours de carburant aux hôpitaux du sud de la bande de Gaza qui croulent sous les blessés. "Nous n'avons pas été en mesure de recevoir du carburant depuis plusieurs jours à Gaza, et quand nous en recevons, ce n'est une quantité minime qui ne nous permet pas d'accéder à tous les services ayant besoin de carburant" a confirmé Suze van Meegen, chef des opérations du Conseil norvégien pour les réfugiés en Palestine.
Un système médical dépassé
Or, le poste-frontière de Rafah constituait "la seule porte de sortie permettant à beaucoup de patients et de personnes malades d'aller recevoir des soins médicaux en Égypte", explique Hisham Mhanna, membre du Comité International de la Croix Rouge (CICR), présent sur place. "L'entièreté du service médical de Gaza a implosé". Selon l'OMS, seuls 33 % des 36 hôpitaux de Gaza et 30 % des centres de santé primaires sont effectivement et partiellement opérationnels. "Une équipe chirurgicale du CICR vit et travaille à l'European Gaza Hospital de Khan Younès" mais la majorité des autres centres médicaux palestiniens peinent à suivre le rythme.
À Rafah même, seuls deux hôpitaux de taille moyenne permettraient encore de fournir des soins de santé relatifs mais "ils ne peuvent pas fournir tous les soins nécessaires" à tous les réfugiés palestiniens présents dans la ville. "Avant, environ 300 000 personnes résidaient à Rafah, maintenant ils sont près d'1,3 million. La ville est surchargée", constate M. Mhanna.
Plus d'un million de déplacés ont en effet été poussés dans le sud de l'enclave depuis le début de la riposte israélienne à l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre. Un afflux important qui, couplé aux bombardements israéliens, fragilise encore plus l'accès des Palestiniens aux ressources essentielles à leur survie. Partout, l'accès à la nourriture reste un challenge et beaucoup de réfugiés demeurent déconnectés des infrastructures donnant accès à l'eau potable. "L'aide humanitaire a besoin de près 400 000 litres d'eau par jour, mais nous n'en recevons que 100 000", observe Suze van Meegen.
80 000 personnes ont déjà fui Rafah
Longtemps désignée comme "un lieu sûr", vers lequel les habitants du nord, puis du centre et du sud de la bande de Gaza ont été forcés de se rendre, Rafah est désormais en partie évacuée à son tour. Le 6 mai, les forces israéliennes ont ordonné à 100 000 personnes vivant dans les quartiers est de Rafah de la ville de quitter leurs abris de fortune pour ne pas se retrouver au cœur de l'offensive.
"Ces gens ne peuvent pas continuer à être déplacés pour toujours. Toutes ces familles ont changé au moins cinq fois de refuge depuis le début du conflit", dénonce Hisham Mhanna. Ce jeudi, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a déclaré qu'environ 80 000 personnes avaient déjà fui. "On voit beaucoup de Palestiniens partir à pied, en vélo ou en voiture avec leurs biens sur le dos. Ces gens savent qu'ils doivent partir, mais pour aller où ?". Et l'humanitaire de déplorer le "manque d'indications claires de l'armée israélienne : il n'y a pas de zones humanitaires où on soit sûrs d'être à l'abri des combats".
Beaucoup de réfugiés se dirigeaient jeudi vers Al-Mawasi, rectangle d'un kilomètre de large et quatorze kilomètres de long se trouvant entre l'ouest de Rafah et Khan Younès. La traversée est dangereuse, car "les gens doivent marcher sur des routes endommagées et passer dans des zones non déminées et susceptibles d'exploser", alerte le membre du CICR. Une fois arrivés sur place, beaucoup de ces déplacés ne savent pas s'ils auront accès à un refuge décent, de l'eau, de la nourriture en quantité suffisante ainsi qu'à une l'aide médicale adaptée. "Il est du devoir des forces d'occupation israéliennes de s'assurer que la population qu'elles déplacent ait tout simplement de quoi survivre", conclut Hisham Mhanna.
