En Israël, les familles d'otages demandent la fin de la guerre
Ce qu'on entend des officiels, c'est que tout ce qui nous sépare de nos proches, c'est la guerre", déclaraient plusieurs familles d'otages réunies devant la porte du grand campus qu'est le quartier général de l'armée israélienne en plein centre de Tel-Aviv, mardi soir. "Nous disons à Netanyahou et à son gouvernement : mettez fin à cette guerre, ramenez nos familles et sauvez des vies."
- Publié le 07-05-2024 à 21h44
- Mis à jour le 07-05-2024 à 21h04

La veille, beaucoup s'étaient spontanément retrouvées devant le quartier général du Forum qui les représente, dès l'annonce du Hamas qu'il acceptait un accord de trêve. Un rassemblement qui s'était rapidement propagé dans la rue, essaimant dans tout le pays. Mais leurs espoirs, faisant écho à des scènes de liesse dans Gaza, ont rapidement été douchés. Et les images de tanks dans Rafah n'ont fait que s'ajouter à leur angoisse. "Toutes les nouvelles opérations risquent un peu plus la vie de nos proches", rappelle Gil Dickmann, dont la cousine Carmel Gat est retenue dans le territoire palestinien.
Ce matin, les visages des bénévoles semblaient plus graves que d'habitude sur la place des Otages, l'esplanade devant le musée des Arts de Tel-Aviv, devenu lieu de pèlerinage. Aviva et Yaakov y sont presque tous les jours, sous un gazebo estampillé du nom de Nahal Oz. Ils parlent aux visiteurs de leur kibboutz, où 60 soldats israéliens et 12 habitants ont été tués le 7 octobre dernier, et sept pris en otages. Mais les retraités ne veulent pas se perdre dans les débats politiques. "Après tout, le Hamas n'a pas tiré en choisissant qui est de gauche, qui est de droite", rappelle Aviva. "Je déteste ce gouvernement mais il ne faut pas se voiler la face, nous sommes d'abord les victimes des jeux psychologiques du Hamas", enchérit Yaakov.
Un passant s'assied à côté d'Aviva avec une guitare. Il joue une chanson triste, qui parle de la Shoah, de la manière dont le 7 octobre rejoue une partition déjà écrite. C'est une semaine étrange en Israël. Lundi, le pays a commémoré l'Holocauste. La semaine prochaine, la Journée du souvenir pour les victimes des guerres et du terrorisme s'enchaînera avec la fête nationale. Ce mélange de traumatisme et de patriotisme se ressent partout, dans les rues, dans les médias mais surtout dans les conversations. La crise existentielle que vit Israël depuis maintenant sept mois est arrivée à un paroxysme.
Des familles à bout
L'épuisement des familles est palpable. Le fils d'Esther Buchshtav, Yogev, est encore retenu dans Gaza. "Je n'ai plus rien à dire, je n'ai plus d'air", a lâché sa mère à la radio publique Kan Reshet Bet, mardi après-midi, alors qu'on lui demandait ce qu'elle pensait de l'offensive à Rafah. L'animatrice, gênée, lui demande si elle veut dire quelque chose à son fils - on sait de témoignages d'otages relâchés qu'on les laisse parfois écouter la radio. "Juste que je l'aime", a lâché Esther dans un souffle.
Selon les études d'opinion, une courte majorité d'Israéliens met encore l'accord de trêve en priorité avant l'opération militaire. Mais la confusion règne sur les intentions du gouvernement. "Arrêtez d'en parler comme si ce n'était que Netanyahou", s'emporte Boaz Bismuth, député du Likoud proche du Premier ministre. "Il faut quand même rappeler que la décision de continuer l'opération à Rafah a été prise à l'unanimité par le cabinet de guerre. Nous sommes unis dans ce choix, dans la coalition comme dans l'opposition."
Un gouvernement sans perspectives claires
Yaïr Lapid, chef nominal de cette opposition désunie, a pourtant souligné les cafouillages du gouvernement, qui aurait "donné trois briefings avec trois positions différentes".
Comme pour le soutenir, le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a déclaré que la guerre ne s'arrêterait pas "tant que le Hamas n'est pas éliminé, ou que le premier otage rentre en Israël". La droite dure s'énerve de ce bal des déclarations. Journalistes et politiciens se demandant pourquoi les porte-parole de Tsahal ressassent l'idée d'une "opération limitée" si l'idée est d'intensifier la pression militaire.
"Tout le monde est d'accord sur le fait qu'il faut démanteler les quatre derniers bataillons du Hamas à Rafah, reconnaît le général à la retraite Israël Ziv, mais le problème, c'est qu'aucune vision n'est proposée pour le jour d'après, qu'il n'y a pas de débat sérieux autour de l'évidence que le futur, c'est soit le Fatah, soit le Hamas".
Ce général est un personnage complexe : sanctionné entre 2018 et 2020 par les Américains pour un trafic d'armes au Sud-Soudan (qu'il a toujours nié), il a redoré son blason après s'être précipité, de sa propre initiative, à la frontière avec Gaza dès les premières heures du 7 octobre. Aujourd'hui, il joue les contre-pouvoirs, porte-voix du malaise des militaires face à un exécutif émasculé. "Sans prendre de décisions, on reviendra tout simplement à un inacceptable statu quo. Et Benjamin Netanyahou, qui veut sauver sa carrière politique, refuse de trancher", martèle-t-il.
Une équipe israélienne s'est envolée pour Le Caire mardi soir, mais sans pouvoir de négociations. Cela semble bien peu pour espérer une évolution positive. "Même si le Hamas joue un jeu psychologique, il n'y a qu'un seul moyen de savoir s'il bluffe : il faut donner une réponse", commente le très diplomatique Daniel Shek, ancien ambassadeur en France actif dans le Forum des familles. "Celle-ci peut être plus ou moins froide, mais il ne faut pas juste dire un non catégorique." Et éteindre la flamme d'espoir qui vit encore dans le cœur des familles.