Benjamin Netanyahou souhaite une "démilitarisation et déradicalisation" de la bande de Gaza
Lors de son discours devant le Congrès américain ce mercredi, le Premier ministre israélien a assuré ne pas vouloir "réoccuper" l'enclave palestinienne.
- Publié le 25-07-2024 à 19h15

C'est en terrain conquis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'est exprimé pour la quatrième fois -une première pour un dirigeant étranger- devant le Congrès américain à Washington ce mercredi 24 juillet. Dans l'hémicycle de la Chambre des représentants, le leader israélien a célébré l'amitié forte entre les deux pays, dans "les bons comme les mauvais moments", encouragé par les salves d'applaudissements de plusieurs centaines de représentants.
Dehors, des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le Congrès pour protester contre son discours et demander un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, ravagée par plus de neuf mois de guerre. Dans un contexte tendu pour son gouvernement, M. Netanyahou a appelé les États-Unis et Israël à rester "unis", alors que Washington demeure le premier allié et principal soutien militaire d'Israël.
Nouvelle aide militaire
Saluant les efforts de guerre des Forces armées israéliennes (ou FDI), Benjamin Netanyahou a exhorté le gouvernement américain à débloquer une nouvelle aide militaire pour permettre la libération des otages. Il a notamment salué la présence dans l'hémicycle de l'ancienne captive israélienne Noa Argamani ainsi que celle de proches d'autres Israéliens toujours retenus à Gaza. "Pour que les forces de la civilisation triomphent, l'Amérique et Israël doivent rester unis", a martelé le dirigeant, ajoutant que "nous ne nous protégeons pas seulement nous-mêmes. Nous vous protégeons". Alors que les États-Unis s'inquiètent de plus en plus du bilan humain de la guerre, il aussi a pointé du doigt les "mensonges" sur les pertes civiles, s'enorgueillissant d'"un des ratios les plus bas de pertes de non-combattants" par rapport aux combattants tués "dans l'histoire des guerres urbaines". Selon une estimation statistique des Nations unies publiée en mai, entre 56 et 60% des Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre sont des femmes et des enfants.
Tout en se livrant à une défense animée de ses forces, "Bibi" a également rappelé aux hauts fonctionnaires qu'" au Moyen-Orient, l'axe de la terreur de l'Iran défie les États-Unis, Israël et nos amis arabes. Il ne s'agit pas d'un choc de civilisations, mais d'un choc entre la barbarie et la civilisation". Il a aussi remercié plusieurs fois l'ancien président Donald Trump, en pleine course pour briguer un second mandat présidentiel, pour son rôle dans la mise en place des accords d'Abraham, statufiant la normalisation des relations diplomatiques entre Israël et quatre puissances arabes, dont les Émirats arabes unis. C'est notamment grâce à ces derniers et aux États-Unis qu'Israël a pu se défendre lors de l'envoi d'une centaine de missiles et de drones par la République islamique le 13 avril, a-t-il renchéri.
Les "idiots utiles" de l'Iran
Lors de son discours, Netanyahou a également raillé les manifestants présents devant le Congrès, assurant que "lorsque les tyrans de Téhéran qui pendent les homosexuels à des grues et assassinent les femmes qui ne se couvrent pas les cheveux vous applaudissent et vous financent, alors vous êtes officiellement devenus les idiots utiles de l'Iran". Dans la foule, certains protestataires portaient également des affiches qualifiant le dirigeant de "criminel de guerre". En mai, la Cour pénale internationale de La Haye (CPI) a demandé un mandat d'arrêt contre le chef du gouvernement israélien pour des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis dans la bande de Gaza. Le gouvernement israélien a par ailleurs été reconnu responsable d'apartheid dans les territoires palestiniens occupés par la Cour internationale de justice le 23 juillet.
Tandis que la session touchait à sa fin, certains protestataires ont retiré un drapeau américain d'un poteau au centre de la gare de Washington, près du Capitole, à la place duquel ils ont placé un drapeau palestinien, a constaté un journaliste de l'Agence France-Presse (AFP). D'autres drapeaux similaires auraient également été retirés, dont un brûlé, ainsi qu'une effigie du Premier ministre israélien. À Tel-Aviv, en Israël, des centaines de personnes ont également défilé mercredi soir dans les rues pour exiger un cessez-le-feu, brandissant des drapeaux israéliens et des affiches avec des photos d'otages toujours retenus dans la bande de Gaza.
"Une administration civile" à Gaza
Concernant sa "vision pour Gaza", le Premier ministre a affirmé qu'Israël ne souhaite pas "réoccuper" le territoire palestinien, comme il l'avait fait de 1967 à 2005. Netanyahou a défendu l'idée d'une "démilitarisation et déradicalisation" de la bande de Gaza pouvant conduire à "un avenir de sécurité et de paix" dans la région. Pour ce faire, "une administration civile dirigée par des Palestiniens qui ne cherchent pas à détruire Israël" doit être mise en place.
Pour autant, l'État hébreu devra "y maintenir un contrôle de sécurité prépondérant afin d'empêcher la résurgence de la violence et de faire en sorte que Gaza ne constitue plus jamais une menace" pour lui-même. Les forces israéliennes se sont retirées unilatéralement de la bande de Gaza en 2005, évacuant un territoire dont le Hamas a pris le contrôle deux ans plus tard. Le gouvernement israélien n'a par ailleurs jamais soutenu la création d'un État palestinien sur les territoires occupés.
