En Israël, le chef du renseignement intérieur bientôt démis de ses fonctions ?
Évoquant un "manque de confiance", le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé dimanche vouloir limoger le chef du Shin Bet, Ronen Bar.
- Publié le 17-03-2025 à 19h00

Bras de fer au plus haut du pouvoir israélien. Dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a annoncé son intention de présenter cette semaine au gouvernement un projet de résolution visant à limoger le directeur du Shin Bet (renseignement intérieur) Ronen Bar. En cause, le "manque de confiance" persistant entre les deux hommes, dont les relations étaient notoirement tendues avant même l'attaque du 7-Octobre. "À tout moment, mais surtout au cours d'une guerre aussi existentielle, le Premier ministre doit avoir une confiance totale dans le directeur du [Shin Bet]. Malheureusement, la situation est inverse", a fait valoir le chef de gouvernement.
Pour sa part, M. Bar a assuré que l'attente de M. Netanyahou en matière de "loyauté personnelle" allait à l'encontre de "l'intérêt public". "Le devoir de loyauté du Shin Bet est avant tout envers les citoyens israéliens. C'est ce qui sous-tend toutes mes actions et décisions", a-t-il déclaré. L'officier a ajouté vouloir continuer à exercer ses fonctions jusqu'au retour des otages israéliens retenus par le Hamas et après avoir mené à bien plusieurs enquêtes "sensibles" – sans doute celles liées au cabinet du Premier ministre – et formé son successeur.
Calcul politique
Ouvertement houleux, les rapports entre les deux hommes ont franchi un nouveau stade après la publication par le renseignement israélien, le 4 mars, d'un rapport d'enquête interne sur les failles sécuritaires ayant conduit aux massacres du 7-Octobre. Si l'agence y reconnaît ses torts dans la collecte de renseignements ayant précédé l'attaque, elle critique également l'exécutif (et donc Benjamin Netanyahou), en indiquant qu'une "politique (israélienne) de calme a permis au Hamas de bâtir un impressionnant arsenal militaire".
Le Premier ministre n'a pour sa part toujours pas reconnu sa responsabilité dans l'attentat et la montée en puissance du Hamas, bien qu'il soit à la tête du gouvernement israélien depuis près de 17 ans. Au contraire, il a plusieurs fois rejeté les appels à la création d'une commission d'enquête officielle et cherché à rejeter la responsabilité sur l'armée et les agences de sécurité. "Mener une enquête pour découvrir la vérité est de la plus haute importance au sein du Shin Bet. Le public a le droit de savoir ce qui a conduit au massacre et à l'effondrement de la sécurité d'Israël", faisait valoir pour sa part M. Bar dimanche.
Difficile dès lors de ne pas voir dans ce limogeage la résultante d'un calcul politique et la volonté de se débarrasser d'un élément encombrant au sein du dispositif gouvernemental. Au cours des précédents mois, plusieurs hauts responsables de la sécurité, ouvertement hostiles à la politique de M. Netanyahou, dont l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, ont été licenciés ou forcés de démissionner. La plupart ont par la suite été remplacés par des fidèles du Premier ministre, comme le successeur de M. Gallant, Israël Katz. Une évolution qui n'est pas sans rappeler le système de purge mis en place par l'administration américaine de Donald Trump, fidèle allié de Tel-Aviv, dans les plus hautes sphères de l'État depuis plusieurs mois.
D'aucuns craignent que le scénario ne se répète une nouvelle fois, Benjamin Netanyahou souhaitant avoir la mainmise sur la nomination du prochain chef du Shin Bet. Selon plusieurs médias hébraïques, le chef du Likoud (droite) pourrait ne choisir aucun des officiers adjoints de M. Bar, comme le veut la coutume, mais plutôt se tourner vers un fonctionnaire de la Défense extérieur à l'organisation, ou bien un ancien haut responsable du Shin Bet. Au-delà des avantages politiques, nommer un loyaliste à ce poste clé lui permettrait également de ralentir certaines des enquêtes judiciaires à son encontre.
Protection judiciaire éphémère
Accueillie avec enthousiasme par ses alliés d'extrême droite, l'annonce du Premier ministre a par ailleurs suscité une vive levée de boucliers de la part de l'opposition. "La démocratie israélienne est en train de s'effondrer", a rapidement alerté Ami Ayalon, ancien chef du Shin Bet, cité par le New York Times. Si Ronen Bar est démis de ses fonctions, ce serait "un pas de plus vers la transformation d'Israël en un État qui privilégie la loyauté personnelle envers le dirigeant par-dessus tout", a-t-il poursuivi.
Dans une lettre adressée à Benjamin Netanyahou dans la nuit de dimanche à lundi, le procureur général israélien Gali Baharav-Miara a averti le Premier ministre qu'il ne pouvait pas licencier le haut responsable car "il y a des raisons de penser que cette décision est illégale et qu'elle souffre d'un conflit d'intérêts". Bête noire du gouvernement Netanyahou, la magistrate prend régulièrement position contre les dérives autoritaires de la coalition au pouvoir et apparaît désormais comme sa principale figure d'opposition. Elle est pourtant, elle aussi, sur un siège éjectable – un vote de défiance du gouvernement visant à la révoquer de son poste étant prévu le 23 mars.

