Orgueil et préjugés : l'armée israélienne reconnaît ses fautes dans l'attaque du 7 octobre
Tsahal a publié jeudi les résultats de son enquête interne sur l'opération meurtrière du Hamas le 7 octobre 2023.
- Publié le 28-02-2025 à 18h41
- Mis à jour le 02-03-2025 à 12h08

L'armée la plus puissante et sophistiquée du Moyen-Orient a mésinterprété les objectifs du Hamas palestinien, a sous-estimé ses capacités militaires et stratégiques et était sous-préparée face à l'éventualité d'une attaque d'ampleur sur son territoire. Ce sont les principales conclusions d'une enquête menée par l'armée israélienne après le chaos du 7-Octobre, dont un résumé a été rendu public jeudi.
Comprenant 77 investigations distinctes sur plusieurs localités, le rapport met en lumière les multiples échecs militaires survenus avant et après l'attaque la plus meurtrière de l'histoire d'Israël. Dans une vidéo diffusée après la publication des résultats, le chef d'état-major de Tsahal Herzi Halevi a déclaré en assumer l'entière responsabilité. Fin janvier, le lieutenant avait annoncé sa démission à la tête de l'armée, effective le 6 mars prochain, pour les mêmes raisons.
Près de 1 200 Israéliens ont péri ce jour-là, dont 800 civils et 400 membres des forces de sécurité. En parallèle, 251 otages ont été emmenés dans la bande de Gaza par le Hamas et ses alliés, dont 59 sont toujours retenus prisonniers.
Un Hamas sous-estimé
La faille essentielle pourrait se résumer en une minimisation du potentiel de dangerosité et des moyens du Hamas par les hauts gradés israéliens. Le groupe armé a faussement été perçu comme uniquement intéressé par la gouvernance de l'enclave. Et son leader, Yahya Sinouar (tué le 16 octobre 2024 à Rafah, au sud de Gaza), comme un pragmatique ne cherchant pas une escalade majeure avec Israël et qui se contenterait de tirs de roquettes en direction du territoire israélien.
Pire encore, plusieurs informations et plans détaillant l'intention du Hamas de lancer une attaque d'envergure ont été portés à la connaissance du renseignement israélien au cours des dernières années mais avaient été jugées irréalistes et irréalisables. Selon le rapport, le "Boucher de Khan Younès" aurait pourtant commencé à planifier l'opération dès 2017 et achevé près de 85 % de son niveau de préparation en septembre 2022. Puis, en mai 2023, il a décidé que l'assaut aurait lieu le 7 octobre, jour de la fête juive de Sim'hat Torah célébrant la fin du cycle annuel de lecture de la Torah.
L'enquête dévoile également que Tsahal avait identifié cinq signes d'une activité inhabituelle du Hamas la nuit précédant l'opération. Dont notamment l'activation de plusieurs dizaines de cartes SIM israéliennes dans plusieurs zones de Gaza le vendredi à 21h, dont le Shin Bet a informé les officiers de renseignement du Commandement Sud. Après consultation auprès de ses homologues, le commandement de l'unité, le général Yaron Finkelamn, avait déclaré : "Rien d'anormal — cela s'est déjà produit plusieurs fois auparavant" sans conséquences.
Faible résistance d'Israël
De multiples renseignements évalués après l'attaque ont démontré que le Hamas était sur le point de lancer l'offensive à trois reprises auparavant, mais l'a retardée pour des raisons inconnues, a déclaré un officiel israélien anonymisé au Washington Post. Puis le 7-Octobre, plus de 5 000 personnes ont pénétré depuis l'enclave palestinienne en trois vagues successives, conduites par le Hamas ainsi que d'autres factions et des civils. En face, seuls 767 soldats israéliens étaient à leur poste lors de ce jour férié, tandis que près de 5 000 roquettes étaient lancées sur le territoire israélien.
Profitant de l'absence de résistance israélienne, les combattants palestiniens ont rapidement pu avancer vers des intersections clés d'autoroutes, en pick-up et à moto, avant de semer la terreur dans les localités frontalières pendant les trois premières heures de l'attaque. Ils ont su facilement prendre le dessus des troupes envoyées sur place, y compris certains officiers supérieurs, perturbant ainsi la chaîne de commandement et de contrôle militaire. Tsahal a mis plusieurs heures avant de reprendre le contrôle de la situation, et plusieurs jours pour sécuriser totalement la zone et éliminer les derniers combattants.
Le rapport formule par ailleurs plusieurs recommandations, dont la création d'unités spécifiques destinées à se préparer à de telles opérations, ainsi qu'une réforme du renseignement militaire. Et indique qu'une leçon essentielle est de ne plus laisser une menace se développer à ses frontières, ni de tenter de "gérer" un conflit avec un ennemi souhaitant la destruction d'Israël.

