La Syrie bientôt débarrassée des sanctions drastiques américaines
Après le vote en ce sens du Sénat, le président Trump s'apprête à abroger la loi César.

- Publié le 19-12-2025 à 13h43
- Mis à jour le 19-12-2025 à 14h52

La levée des principales sanctions américaines contre la Syrie n'est plus qu'une question de jours. Le Sénat a voté mercredi à une écrasante majorité en faveur d'un vaste projet de loi sur le budget de la Défense pour 2026, incluant une disposition visant l'abrogation de la Loi César. Adoptée en décembre 2019, cette dernière regroupait les principales restrictions économiques et commerciales contre le gouvernement de Bachar al Assad, dont la répression contre la population syrienne s'appuyait alors largement sur la guerre civile.
Le vote des sénateurs américains ouvre la voie à sa promulgation par le président Donald Trump, qui devrait signer le texte dans les prochains jours, afin qu'il puisse être appliqué dès le 1er janvier 2026. Les sanctions drastiques de la loi César (Caesar Syria Civilian Protection Act) devraient donc être envoyées aux oubliettes, exactement six ans après leur adoption par la première Administration Trump.
Prolongation et suspensions
Ces restrictions américaines ont contribué depuis leur mise en œuvre en juin 2020 à mettre l'économie syrienne à genoux. En particulier, elles ont eu un impact profond sur le secteur énergétique et de la construction, tout en excluant la Syrie du système bancaire international et des transactions financières en dollars.
Le nom César avait été choisi en hommage au pseudonyme utilisé par un photographe employé dans un des centres de détention du régime baasiste qui, à la faveur de son exil clandestin en 2014, avait rendu publiques des milliers de photos attestant des tortures et traitements dégradants qui y étaient pratiqués. Un mois avant le retour du milliardaire conservateur à la Maison-Blanche, l'Administration Biden avait prolongé la loi César pour cinq ans, alors que le régime d'Assad venait de s'effondrer.
Ces derniers mois, la loi César avait fait l'objet de plusieurs levées temporaires. Le département d'État avait ainsi annoncé à l'occasion de la visite historique du président intérimaire syrien, le 10 novembre à la Maison-Blanche, une nouvelle suspension de trois mois, à charge pour le Congrès de les lever éventuellement pour de bon. La loi César avait été suspendue pour la première fois en mai, après la première rencontre entre Donald Trump et Ahmad al Charaa, à Riyad, sous l'impulsion du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.
Toute latitude pour rebâtir
Mais, malgré ces pauses dans son application, beaucoup étaient d'avis que seule une abrogation totale de la loi César était de nature à donner la confiance nécessaire aux acteurs financiers souhaitant participer au redressement économique de la Syrie. La levée définitive de cet important dispositif devrait donc donner toute latitude au nouveau régime syrien pour rebâtir l'économie du pays. La reconstruction est d'ailleurs l'un des préalables pour faire redémarrer la machine productive et attirer les investisseurs étrangers.
"Cela marquera une victoire pour les Syriens, la fin d'une période difficile et la libération du pays des sanctions qui l'ont paralysé pendant des décennies", a déclaré Mohammad Alaa Ghanem, le responsable des affaires politiques du Conseil sino-américaines, cité par l'agence de presse syrienne Sana. D'autres trains de sanctions ont contraint le régime des Assad au cours de ses cinq décennies d'existence.
L'abandon de l'arsenal répressif américain s'inscrit dans un mouvement plus global censé restaurer la sécurité et la stabilité de la Syrie. Début novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies avait quant à lui adopté une résolution qui radie le président intérimaire syrien, ainsi que son ministre de la Défense Anas Hassan al Khattab, de la liste des individus visés dans le cadre de la lutte contre les groupes djihadistes Al Qaïda et État islamique.
Pourtant, cette normalisation des relations entre les États-Unis et la Syrie ne s'opère pas sans contradictions. Alors que Donald Trump devrait acter l'abrogation de ces sanctions dans les prochains jours, il a décidé mercredi qu'aucun ressortissant syrien ne pourrait fouler le sol américain jusqu'à nouvel ordre, parmi d'autres ressortissants de six autres nationalités.