La République islamique réprime à tout va, tant qu'elle le peut encore
Tandis que les Iraniens comptaient leurs morts par milliers, les États-Unis semblaient mettre la dernière main aux préparatifs en vue de la livraison de "l'aide" promise.

- Publié le 15-01-2026 à 06h34
- Mis à jour le 15-01-2026 à 06h35

La République islamique d'Iran vit des heures parmi les plus sombres de sa courte histoire. En témoignent les milliers de personnes tuées, blessées et arrêtées dans les rues lors de la violente vague de répression, toujours en cours, qui déferle sur le plus important mouvement de contestation de ces dernières années, affectant au moins 180 villes dans toutes les provinces du pays.
Malgré ce massacre orchestré depuis six jours à huis clos, suite à la coupure volontaire d'Internet, les autorités continuent d'afficher un double visage. Tour à tour implacable, menaçant et réprimant avec une violence, et plus amène, en témoignant (ou feignant) une certaine considération pour les revendications économiques avancées par les manifestants. Un double jeu méthodique déployé pour tenter de briser le mouvement, tant par la force que par la ruse. La férocité de la première facette peine toutefois à masquer la réalité d'un régime aux abois.
Depuis la fin de la semaine dernière, le bilan des tués ne cesse de s'alourdir. L'ONG de défense des droits de l'homme HRANA, basée aux États-Unis, a confirmé mercredi la mort de plus de 2000 personnes. Son homologue Iran Human Rights (IRH), établie à Oslo en Norvège, évoquait encore la veille 734 tués. Mais comme le précisait son directeur, Mahmoud Amiry-Moghaddam, à l'AFP, ce chiffre se fonde sur des informations provenant de "moins de la moitié des 31 provinces iraniennes et moins de 10 pour-cent des hôpitaux". D'après lui, "le nombre réel de tués se compte probablement en milliers".
Tirs aveuglants
Les centres médico-légaux où arrivent les corps inertes "empilent les corps" quartier par quartier, a indiqué une militante sur la BBC en persan, de sorte que les proches puissent retrouver leurs disparus en cherchant dans la pile correspondante. "Vous n'avez pas idée du niveau de violence qui a été utilisée", a-t-elle affirmé. Des hôpitaux, débordés par l'afflux de blessés, relatent de très nombreuses plaies dues à des tirs d'armes à feu. L'un d'eux situé à Téhéran a même précisé avoir admis des centaines de personnes atteintes aux yeux par des projectiles, évoquant la possibilité de tirs intentionnels visant à aveugler les contestataires.
Même les autorités, qui légitiment leur action dans un cadre de "sécurité nationale", sous-entendent la mort de milliers de personnes, jusqu'à 12 000 à l'échelle nationale, d'après un calcul fait par le site d'informations Iran International se basant sur des données fournies par plusieurs sources, notamment proches de la présidence et du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN). Et ce, alors que certains responsables iraniens estiment que les "terroristes" tués sont à blâmer tant pour la mort de manifestants que celle des forces de l'ordre.
"Il est inacceptable de qualifier les manifestants de terroristes pour justifier la violence à leur égard", a dit mardi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme. Völker Turk a rappelé que les Iraniens ont le droit de manifester pacifiquement, insistant sur le fait que "leurs griefs doivent être entendus et pris en compte, et ne doivent être instrumentalisés par personne".
Prolongements judiciaires
Alors que les Iraniens semblaient poursuivre le mouvement sous l'impulsion des appels américains à "prendre le contrôle de leurs institutions", la répression se prolonge aussi dans l'appareil judiciaire. Le guide suprême, Ali Khamenei, et les procureurs des tribunaux islamiques ont promis la peine de mort à tous ceux qui ont osé "faire la guerre contre Allah".
De son côté, le président iranien Massoud Pezechkian a encore semblé tendre la main aux manifestants, faisant valoir que si les revendications économiques des Iraniens avaient été vraiment rencontrées, ils ne seraient pas sortis dans les rues.
Le département d'État américain a rapporté sur son site en persan qu'un premier manifestant, nommé Erfan Soltani et âgé de 26 ans, devait être exécuté ce mercredi. Le premier d'une longue série, craignaient les organisations de promotion et défense des droits humains.
Comme il l'avait indiqué il y a plusieurs jours en cas de massacres dans les rues, Donald Trump a renouvelé ses menaces d'"action dure" contre l'Iran si les autorités de la République islamique commençaient à exécuter des opposants arrêtés. Tout en continuant d'inciter les Iraniens à poursuivre leur mouvement.
Par mesure de précaution si l'éventualité d'une intervention en Iran se précise, les États-Unis ont évacué mercredi certains personnels de leurs bases de la région, dont celle d'Al Udeid, au Qatar. Conscient de la volatilité du moment, le Premier ministre qatarien, Mohammed ben Abdelrahmane Al Thani a tenté la veille de calmer le jeu lors d'un appel téléphonique reçu du Secrétaire du CSSN, Ali Larijani.
La dernière fois que Washington avait procédé à des telles évacuations, c'était en juin dernier, juste avant les bombardements sur des sites nucléaires de l'Iran…