Attaque contre l'Iran : Donald Trump impose un nouveau conflit à une population réticente
Avant l'attaque américaine et israélienne du samedi 28 février, une intervention militaire en Iran était très impopulaire dans l'opinion outre-Atlantique, à l'exception de la base trumpiste.
- Publié le 01-03-2026 à 09h03
- Mis à jour le 01-03-2026 à 14h54

Même lieu, même message, pays différent. Moins de deux mois après la capture de Nicolás Maduro au Vénézuela, des centaines de manifestants pacifistes se sont retrouvés ce samedi à Times Square pour dénoncer une nouvelle intervention militaire américaine, en Iran cette fois-ci, à l'appel de plusieurs groupes. Ils avaient troqué les pancartes de soutien à Caracas pour des panneaux sur lesquels on pouvait lire "Stoppez la guerre en Iran" ou encore "Pas touche à l'Iran".
"Personne ne hait les ayatollahs, les mollahs, autant que nous. Mais rien de tout cela ne justifie d'attaquer une nation et de tuer des innocents", souligne Mammad Mah, l'un des manifestants. Il est sans nouvelle de sa mère, qui vit à Téhéran, Internet étant coupé.
Comme le reste des États-Unis, il s'est réveillé samedi 28 février en découvrant que Donald Trump avait initié, avec Israël, une importante campagne militaire contre l'Iran. Lui qui avait pourtant promis lors de sa campagne présidentielle qu'il ne démarrerait pas de nouveaux conflits.
Du maire de New York Zohran Mamdani au Congrès, la nouvelle a provoqué de vives critiques de la part des Démocrates et certains Républicains, inquiets de voir les États-Unis embarqués dans un conflit "illégal", long et coûteux. "Tout ce que j'ai entendu de la part de ce gouvernement avant et après ces attaques confirme que c'est une guerre choisie sans finalité stratégique", s'est alarmé Jim Hines, le principal Démocrate siégeant à la commission de la Chambre des Représentants sur le renseignement.
La Constitution laissée au placard
Députés et sénateurs doivent se prononcer dans la semaine qui vient sur une résolution qui limiterait les pouvoirs de guerre du président, mais celle-ci ne sera probablement pas adoptée, les Républicains étant majoritaires dans les deux chambres. À quelques exceptions près, comme Thomas Massie, le député du Kentucky qui critique fréquemment le milliardaire, les parlementaires ont fait bloc derrière leur leader, même si celui-ci a court-circuité le Congrès, compétent pour les déclarations de guerre selon la Constitution.
Le sénateur de Caroline du Sud, Lindsey Graham, un faucon assumé, a chanté les louanges de Donald Trump toute la journée sur les réseaux sociaux et dans les médias. "Le plus grand bouleversement qu'ait connu le Moyen-Orient depuis mille ans est sur le point de se produire, a-t-il déclaré sur X. La fin du plus grand État parrain du terrorisme est proche". Un peu plus tard, il s'en est pris aux dirigeants français, allemands et britanniques, qui ont appelé à la désescalade dans un communiqué commun : "En Europe, l'invasion de l'Ukraine par la Russie suscite, à juste titre, une vive émotion. Mais face au sort du peuple iranien, qui souffre depuis si longtemps, l'Europe se montre pitoyable".
En dehors du Congrès, la réaction des partisans de Donald Trump est plus mitigée. Dans les rangs des critiques figure l'animateur ultra-conservateur Tucker Carlson, l'une des voix de l'aile isolationniste, hostile à Israël, qui voudrait que le président républicain se concentre sur les chantiers nationaux. Auprès du journaliste américain Jonathan Karl de la chaîne nationale ABC, il a dénoncé une attaque "dégoûtante et diabolique".
Un dilemme pour la galaxie MAGA
Dans une émission, Jack Posobiec, un influenceur important dans la galaxie MAGA ("Make America Great Again"), a mis en garde le gouvernement Trump contre la possibilité de perdre le soutien des jeunes qui se sont laissés tenter par le trumpisme en 2024 lors des prochains "midterms", les élections de mi-mandat de novembre où l'intégralité de la Chambre des Représentants et un tiers du Sénat seront en jeu. "Les jeunes électeurs ne veulent pas de guerres supplémentaires. Les moins de 40 ans ne voient pas Israël d'un bon œil car ils sont abreuvés d'images de Gaza sur TikTok. En vue des élections, le président Trump et ses équipes devront travailler sur cette partie de la coalition pour expliquer pourquoi cette opération militaire s'est produite."
Présentée par les administrations successives comme une menace, l'Iran occupe néanmoins une place singulière aux yeux du mouvement. Si une intervention contre la république islamique est impopulaire dans l'opinion américaine, ce n'est pas le cas chez les électeurs de Donald Trump. Si l'on en croit un récent sondage du site d'information politique Politico, 50 % d'entre eux soutiennent des frappes contre l'Iran, une proportion bien plus importante que n'importe quelle autre cible possible (Cuba, Chine, Colombie, Groënland…). La part des sondés favorables monte à 61 % quand ils s'identifient comme "MAGA".
Cela reflète en partie l'évolution des partisans trumpistes. Autrefois rebutés par les aventures militaires à l'étranger et le changement de régime, ils sont devenus plus ouverts à l'idée du recours à la force en fonction du pays visé et des conditions. Sans doute parce que leur leader l'est devenu aussi. "D'un côté, la base de Donald Trump veut qu'un maximum de ressources soit investi dans la remise en marche des États-Unis. De l'autre, elle est sensible à l'expression de la force américaine au plan international. Il y a une ambiguïté, observe Jean-Marc Coicaud, professeur de relations internationales à l'université Rutgers (New Jersey). Si une politique étrangère est conduite dans l'intérêt national, il n'y a pas de contradiction entre l'idée de mettre l'Amérique d'abord et d'intervenir militairement à l'étranger à leurs yeux."

