Le Pakistan tente une médiation pour mettre un terme au conflit en Iran
Islamabad mise sur ses bonnes relations avec Téhéran et Washington pour jouer les intermédiaires. Elle espère accueillir des pourparlers entre les deux pays sur son territoire dans les prochains jours.

- Publié le 28-03-2026 à 07h03
- Mis à jour le 28-03-2026 à 12h35

La guerre qui oppose l'Iran aux États-Unis et à Israël prendra-t-elle fin grâce au Pakistan ? Les dirigeants de cette puissance nucléaire travaillent dans ce sens, pour un résultat encore incertain. Le 22 mars, le chef de l'armée et homme le plus puissant du pays, le maréchal Asim Munir, s'est entretenu avec Donald Trump au téléphone. Les deux hommes semblent s'apprécier. Le président américain avait parlé de lui comme "son maréchal préféré" l'an dernier et l'a reçu plusieurs fois à la Maison-Blanche.
Le 23 mars, le premier ministre Shehbaz Sharif a ensuite eu le président iranien Masoud Pezeshkian en ligne. "Nous avons parlé de la situation préoccupante qui affecte le Golfe et nous sommes tombés d'accord sur le besoin urgent d'une désescalade", a déclaré le chef du gouvernement pakistanais. Le même jour, Trump annonçait un arrêt des bombardements américains sur les infrastructures énergétiques de l'Iran jusqu'au 27 mars. Jeudi soir, il a prolongé cette pause jusqu'au 6 avril.
Proximité avec l'entourage de Trump
Mardi, des diplomates américains ont enfin annoncé que Washington avait transmis, via le Pakistan, un agenda en quinze points à Téhéran parmi lesquels un allègement des sanctions, la réouverture du détroit d'Ormuz ainsi qu'une réduction de l'arsenal balistique et nucléaire iranien. "Sous réserve de l'accord des États-Unis et de l'Iran, le Pakistan est prêt à accueillir et à faciliter des pourparlers constructifs et concluants en vue d'un règlement global du conflit", avait déclaré peu après Shehbaz Sharif dans un message sur X que Donald Trump a reposté sur le réseau Truth Social en signe d'approbation.
Islamabad a quelques atouts pour jouer les intermédiaires. Il y a d'abord la proximité du régime avec des figures dans l'entourage de Trump. "Le Pakistan entretient des relations étroites avec la famille de l'émissaire pour le Moyen-Orient Steve Witkoff. Le pays a collaboré avec son fils Zach dans les cryptomonnaies en signant un protocole d'accord avec l'une de ses entreprises", a rappelé Michael Kugelman, chercheur à l'Atlantic Council de Washington.
De plus, le Pakistan n'accueille aucune base américaine. Il représente les intérêts diplomatiques iraniens à Washington où le régime des mollahs n'a pas d'ambassade. Signe de la bonne entente entre le Pakistan et l'Iran, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a dévoilé jeudi une liste de cinq pays qui bénéficient d'un droit de passage dans le détroit d'Ormuz. Le Pakistan en fait partie.
Sortir de l'isolement
En s'impliquant dans les efforts de paix, Islamabad poursuit deux objectifs. Sortir de son isolement régional d'abord. Depuis la guerre contre l'Inde en mai 2025 et tandis que les affrontements frontaliers avec l'Afghanistan se sont intensifiés ces six derniers mois, le Pakistan est pris en étau entre ses deux voisins. L'an dernier, New Delhi avait envoyé une délégation parlementaire parcourir le monde et faire du lobbying pour marginaliser son frère ennemi dans le concert des nations. Les démarches du Pakistan, ces derniers jours, actent l'échec de l'Inde dans cette quête.
L'armée pakistanaise est, ensuite, sans doute consciente de la pente dangereuse sur laquelle le conflit au Moyen-Orient risque de l'entraîner. Le gouvernement de Shehbaz Sharif a signé un accord de défense mutuelle avec l'Arabie saoudite en septembre. Le texte précise que "Toute agression contre l'un des deux pays sera considérée comme une agression contre les deux". Or le Pakistan est une puissance nucléaire et son programme a été financé par Riyad, un apport crucial durant les sanctions américaines à partir de 1990.
Un analyste proche du gouvernement saoudien avait confié à l'AFP, quelques jours après la signature, que le parapluie nucléaire pakistanais couvrait l'Arabie saoudite. Mercredi, l'agence Bloomberg a affirmé que Riyad et les Émirats songeaient à participer au conflit si leurs infrastructures vitales, notamment leurs usines de dessalement, étaient attaquées. Islamabad pourrait alors devoir entrer en guerre.
Le flou plane toutefois sur les responsables iraniens habilités à négocier. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères Ishaq Dar a tempéré les espoirs d'une trêve rapide jeudi : "Les médias spéculent sur des pourparlers de paix […]. En réalité, il s'agit de discussions indirectes entre les États-Unis et l'Iran via des messages transmis par le Pakistan." Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne, était allé dans ce sens en déclarant mercredi : "Le fait que des messages soient transmis par l'intermédiaire de pays amis, et que nous y répondions en faisant part de nos positions ou en émettant des avertissements, ne constitue ni une négociation ni un dialogue."
