"C'est totalement imprévisible" : l'armée américaine va-t-elle débarquer en Iran ?
En reportant de cinq jours son ultimatum à l'Iran, Donald Trump s'est-il simplement donné le temps nécessaire pour préparer la suite de sa campagne militaire ?

- Publié le 27-03-2026 à 06h35
- Mis à jour le 27-03-2026 à 14h26

Tout en négociant avec Téhéran par l'intermédiaire du Pakistan, comme l'a officiellement confirmé ce jeudi l'envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, les États-Unis se préparent à d'autres options. Le Pentagone élaborerait ainsi des options militaires pour porter un "coup final" à l'Iran, pouvant inclure une offensive terrestre et une campagne massive de bombardements, a rapporté le site Axios, citant des responsables américains et des sources proches du dossier. L'envoi de troupes d'assaut au Moyen-Orient en serait le prélude.
Pour rappel, lundi 23 mars, le président américain Donald Trump a reporté de cinq jours son ultimatum lancé au régime iranien, après avoir menacé de détruire les centrales électriques du pays si le détroit d'Ormuz n'était pas rouvert. Ce délai a permis l'acheminement de quelque 7 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient, notamment des forces issues des 11e et 31e unités expéditionnaires des Marines et de la 82e Division aéroportée de l'armée de terre.
Ce déploiement a été rendu public, mercredi 25 mars, auprès d'élus du Congrès des États-Unis, où même certains Républicains commencent à exprimer des réserves – alors qu'ils se sont opposés jusqu'ici aux tentatives des Démocrates de "stopper la guerre illégale et inutile de Donald Trump".
"Nous voulons en savoir plus sur ce qui se passe", a déclaré Mike Rogers, le président républicain de la commission des forces armées de la Chambre des représentants. "Nous n'obtenons pas assez de réponses". Les élus américains restent confrontés à une ambiguïté de la Constitution américaine, qui stipule que le Congrès dispose du droit exclusif de "déclarer" la guerre, tandis que le président dispose du droit de décider de la commencer comme de la finir.
Les effectifs de l'armée américaine
Considérés comme des troupes d'élite, les Marines sont rompus aux débarquements et interventions en mer, appuyés par les forces navales et leur propre aviation. Le contingent envoyé au Moyen-Orient est composé de deux unités expéditionnaires des Marines (MEU). Combinées, elles forment un groupe d'assaut amphibie (Amphibious Ready Group ou ARG) fort d'environ 5000 hommes, selon le Wall Street Journal.
D'après la chaîne CNN, la 82e division aéroportée dépêche sa 1ère brigade depuis sa base de Caroline du Nord. Cette unité constitue sa force de réaction rapide (Immediate Response Force ou IRF). En août 2021, l'IRF avait ainsi été déployée en urgence à l'aéroport international de Kaboul, en Afghanistan, afin de couvrir les opérations d'évacuation, alors que la capitale afghane retombait aux mains des talibans.
Toutefois sa mobilisation n'est pas toujours synonyme d'intervention. La 82e division aéroportée avait procédé à un déploiement similaire en 2020, durant le premier mandat de Donald Trump, après l'assassinat du commandant iranien Qasem Soleimani.
Les objectifs en Iran
Quatre objectifs stratégiques terrestres sont évoqués, depuis une dizaine de jours. L'île de Kharg, déjà bombardée le 13 mars, abrite le plus grand terminal d'exportation de pétrole de l'Iran qui assure environ 90 % de ses exportations de brut, selon la banque américaine J.P. Morgan. Sa prise priverait le régime iranien d'importantes ressources et pourrait précipiter sa chute.
Les trois autres objectifs sont les sites nucléaires iraniens de Fordo, Ispahan et Natanz, tous trois à l'intérieur du pays. Il s'agirait, dans ce cas, de saisir les 450 kilos d'uranium enrichi en possession des Gardiens de la révolution, afin de priver l'Iran de tout potentiel de développer des armes nucléaires – ce qui constituerait le but premier de la guerre, selon les justifications avancées par la Maison-Blanche en début de conflit.
Bémol : ces trois sites sont composés de nombreux bâtiments, potentiellement difficiles à sécuriser. Une telle mission impliquerait d'y adjoindre des experts à même d'identifier les matières nucléaires. Elle serait à haut risque et, en cas d'échec ou de pertes humaines importantes, son coût politique serait désastreux pour Donald Trump, avant les élections de mi-mandat en novembre. De surcroît, selon les experts, l'Iran doit s'être préparé à une telle éventualité. Il n'y a en outre aucune certitude que l'uranium s'y trouve encore.
Quelle stratégie ?
Se pose à nouveau la question de la stratégie des États-Unis. Les exemples modernes d'intervention militaire se divisent en deux grandes catégories de campagnes, que résume sur son blog le colonel français en retraite, Michel Goya. La campagne de conquête classique, "où l'on envahit et occupe un territoire", et la campagne de coups, "où l'on attaque une multitude de points sans les occuper". S'y ajoute une alternative : le soutien à une rébellion locale.
La guerre d'Irak en 2003 a vu se succéder campagne de conquête et de coups. Le renversement du régime taliban en Afghanistan (2001), dans sa première phase, et celui du colonel Kadhafi en Libye (2011) relevaient de la troisième option. Dans ces trois cas, les résultats sont loin d'avoir été probants, débouchant sur des guerres civiles désastreuses. En Irak et en Afghanistan, les États-Unis ont dû maintenir une présence au sol sur la durée, durant deux décennies. C'est précisément le type de conflit dans lequel Donald Trump a promis à ses électeurs de ne pas s'engager.
Raids commandos
Durant son premier mandat et les treize premiers mois de celui-ci, le président américain a favorisé les "coups", généralement par les airs, circonscrits à des frappes ciblées. Depuis le 28 février, l'opération Epic Fury en est une version extensive, qui s'appuie sur la supériorité militaire américaine. Mais le régime iranien, bien qu'affaiblit, tient bon. Il frappe les alliés des États-Unis dans la région et le commerce dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 % des hydrocarbures mondiaux.
Pour y répondre, la stratégie américaine pourrait donc se compléter de "raids commando", qui visent à "détruire ou capturer des objectifs, des choses ou des individus", écrit Michel Goya, lui-même ancien marsouin, l'équivalent français des Marines. La nature des troupes américaines qui convergent vers le Moyen-Orient, ainsi que leurs effectifs somme toute limités, semble annoncer de telles actions.
L'US Central Command, en charge des forces américaines au Moyen-Orient, pourrait utiliser ces unités pour saisir des îles stratégiques, comme celle de Larak, au départ desquelles l'Iran menace la navigation civile dans le détroit d'Ormuz. "C'est totalement imprévisible", résume le colonel Goya. À l'aune de la guerre selon Donald Trump, pourrait-on ajouter.
