Quand des adultes adoptent le "style kiddy" : "Le phénomène est devenu collectif et assumé"
Depuis quelques années, un engouement se développe auprès des adultes pour les objets, vêtements et accessoires à l'esthétique enfantine. Que ce soit dans la mode, la décoration ou les loisirs, le "style kiddy" s'invite de plus en plus dans le quotidien des grands. Mais s'agit-il juste d'une tendance ou cela reflète-t-il une quête psychologique ? Anne-Françoise Meulemans, médecin psychothérapeute et coordinatrice de CentreEmergences, nous explique le phénomène.

- Publié le 08-07-2025 à 12h35
- Mis à jour le 04-08-2025 à 11h31

Sur la plateforme TikTok, les Sonny Angels, des figurines avec une tête d'ange déguisées en légume ou en animal, les Legami, des stylos-billes en tête d'animaux ou encore les Labubu, des sortes de créatures en peluche, font un carton. Popularisés par des adultes sur les réseaux sociaux, ces objets "enfantins" sont très recherchés. Mais pourquoi un tel intérêt envers ces accessoires, qui en soi n'ont aucune utilité si ce n'est leur esthétique ?
Que ce soit des vêtements, des accessoires, des comportements voire un mode de vie, ce phénomène de retour à l'enfance apparaît en Belgique depuis quelques années. Anne-Françoise Meulemans a pu remarquer certaines attitudes ou certains looks kiddy, par exemple en s'habillant dans le thème Disney. "Si chaque époque a connu des individus attachés à des objets de leur enfance, ce qui frappe aujourd'hui, c'est que le phénomène est devenu collectif et assumé, tant chez les jeunes adultes que chez les adultes confirmés", précise-t-elle.
Pour la spécialiste, cette tendance trouve son origine au Japon, qui reflète le style esthétique japonais, kawaii, basé sur tout ce qui est mignon. Dans certains pays germaniques, on oserait aussi davantage s'approprier une garde-robe plus enfantine, en affirmant son style et en assumant vouloir casser les codes.
Une manière d'affirmer son identité
La psychothérapeute souligne que la société s'ouvre progressivement à ces nouvelles formes d'expression. "Le fait de s'habiller comme une princesse Walt Disney alors qu'on est professeure en école supérieure, c'était inimaginable, il y a vingt ans. Maintenant, on voit cela se produire, il y a une reconnaissance identitaire par la société, un pas vers l'acceptation". Elle nuance toutefois qu'il existe des différences de rigidité entre le Japon et la Belgique.
Adopter des codes enfantins peut aussi s'expliquer par cette peur de grandir. "Certaines personnes n'ont pas l'impression d'appartenir au monde des adultes alors que leur âge dit le contraire. Ils ne se retrouvent pas dans cette vision linéaire et dans les définitions", explique Anne-Françoise Meulemans. Une attitude qui peut se comprendre, selon elle, puisque les cours de développement personnel demandent de développer son enfant intérieur et de le réécouter. "C'est important de garder une connexion avec les différentes étapes traversées, de garder du lien avec des périodes qui ont chacune leur richesse", affirme-t-elle.
Selon la spécialiste, retomber dans l'enfance permet de retrouver un endroit sécurisé et rassurant. En effet, elle explique qu'avec les instabilités géopolitiques et le climat actuel, beaucoup ont besoin de s'échapper de leur quotidien et de ne pas rentrer uniquement dans la boucle métro-boulot-dodo. "Le fait de se raccrocher à des périodes qui incarnent plutôt la sécurité, la nostalgie, une sorte de paradis de sécurité oubliée, le fait de se raccrocher à des objets fétiches de cette époque, c'est une manière sans doute d'amener de la réassurance dans leur quotidien aussi", explique-t-elle.
Adopter des accessoires à l'esthétique enfantine n'a pas d'impact négatif en soi. "Chacun et libre de faire ce qu'il veut, il est fréquent que certains portent un regard critique sur ce type de choix, mais il s'agit d'une réaction courante face à toute différence", explique la psychothérapeute. Elle précise que dans certains cas, le recours à des objets ou à des attitudes d'inspiration enfantine peut être lié à des fragilités émotionnelles ou à des traumatismes, ce qui peut demander l'aide d'un accompagnement psychologique. Toutefois, la majorité du temps, ce type de comportement relève davantage du jeu ou d'une manière d'affirmer son identité, sans qu'il soit nécessairement question de souffrance psychique.
