Les antidépresseurs, "nouvel accessoire tendance" chez les jeunes : "Je suis assez surprise de voir cette appétence"
Sur les réseaux sociaux, principalement sur TikTok, les antidépresseurs sont au cœur d'une tendance plutôt controversée et inquiétante. Certains jeunes banaliseraient leur consommation.

- Publié le 08-11-2025 à 10h10

Depuis quelque temps, le hashtag #antidepressants, soit antidépresseurs en français, a dépassé 1,3 milliard de vues sur TikTok. Les personnes concernées sont les jeunes influenceurs de la génération Y et Z, qui présentent les antidépresseurs comme des symboles d'empowerment et de "bien-être moderne", via des hashtags tels que #livelaughlexapro ou #lexaprogirl (des noms commerciaux d'antidépresseurs, NDLR), rapporte The Wall Street Journal. Selon le média américain, ces médicaments sont devenus "le nouvel accessoire tendance", notamment auprès des membres de la Gen Z (personnes nées environ entre 1997 et 2012).
Cette tendance pourrait notamment s'expliquer par la banalisation de la prise de médicaments pour améliorer la santé mentale, normalisée dans la pop culture dans des séries, des musiques, ou par des créateurs de contenus. Pour Hanna Ballout, médecin généraliste, les réseaux sociaux permettent de déstigmatiser certains sujets et de discuter de thèmes qui étaient autrefois tabous. "Le fait de vivre une dépression ou d'avoir des symptômes anxieux, c'était quelque chose qu'on ne disait pas toujours", affirme la médecin. Elle alerte, toutefois, sur les différents risques liés, comme celui de romantiser les maladies mentales ou celui de ne plus percevoir les signaux de gravité "parce qu'on se rend compte qu'on appartient à cet effet de mode".
La santé mentale au cœur des discussions entre jeunes générations
Les sujets autour de la santé mentale se sont davantage normalisés au fil des années. Les générations précédentes en discutaient moins, notamment "parce que le vocabulaire autour de la santé mentale s'est assez enrichi", explique l'experte. Aujourd'hui, on exprime plus facilement ses émotions, et le corps peut également faire passer certains signaux d'alerte. "À la lecture du hashtag, je suis assez surprise de voir cette appétence à en consommer chez les jeunes, d'autant qu'il existe encore une grande stigmatisation de l'usage d'antidépresseurs dans la génération précédente, chez les quiquagénaires", s'interroge Hanna Ballout.
Si les jeunes sont de plus en plus nombreux à être intéressés ou à souhaiter prendre des anxiolytiques, la médecin rappelle qu'en Belgique, il faut une prescription pour ce type de médicaments. "En tant que médecin, on sera plus vigilant si on en prescrit à des mineurs puisque l'on est conscient que l'on doit aussi impliquer des acteurs supplémentaires, dont les parents", précise-t-elle. En effet, le cerveau des jeunes est encore en développement et il est important de les protéger des effets secondaires. C'est pourquoi la médecin rappelle qu'il existe d'autres soins pour améliorer la santé mentale, comme des moyens thérapeutiques, suivre une psychothérapie et mettre en place des mesures au quotidien comme "une activité sportive, avoir certains rituels, dormir en suffisance, avoir des activités qui sont réconfortantes ou qui apportent du plaisir, si nous ne sommes pas dans des signaux d'alerte grave", conseille la spécialiste.
Hanna Ballout ajoute également qu'il ne faut pas tomber dans la banalisation de la prise d'antidépresseurs populaires sur les réseaux sociaux. "On sait que les jeunes vont moins bien, que les troubles de santé mentale sont bien présents, que les prestataires comme les psychologues continuent à avoir une charge de travail croissante. Mais sur les réseaux sociaux, il y a aussi beaucoup d'autres messages qui passent qui peuvent augmenter les symptômes anxieux ou la tristesse", conclut-elle. Pour la médecin, il est important de ne pas rester seul dans ce genre de situation et de consulter un spécialiste de santé.
